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EN GRANDE PARURE

fit un choix. C’est ainsi que de toutes les coiffures offertes à son caprice, parmi les capotes, les casques, les bonnets, les toques, elle voulut le

Une jeune femme en tenue de soirée, avec béret. Lithographie originale d’Achille Devéria.

turban. Oh ! le plus singulier turban que nous puissions concevoir, une façon de calotte emboîtant le front, sur laquelle s’enroulaient sottement des torsades d’étoffe plus ou moins empruntées aux Osmanlis. L’Empire

avait pris cette chose vilaine du théâtre où les costumiers en avaient affublé la Roxelane de Bajazet; puis des dames l’avaient tentée, encore transformée, redressée plus haut et décorée d’une aigrette dite à l’orientale. Alors on la baptisa : on la nomma un bonnet turc, un ottoman, et même, après Y Ivanhoe de Walter Scott, une Rébecca à cause de l’héroïne. Le turban se mit à toutes sauces ; on le vit sur la tête de Corinne et sur celle de Mme Laetitia ; la duchesse de Dino, Mme de Rroglie, Mme la duchesse d’Orléans en portèrent. 11 est de ton pour les dîners, pour le théâtre, pour les réceptions officielles, rarement pour les courses en ville. Un jour, toutes les Françaises se prirent à abominer les Turcs en l’honneur des Grecs ; le turban ne résista point. On lui avait d’ailleurs depuis quelque temps donné un coadjuteur non moins disgracieux, la toque ; une chose bouffante, par moitié copiée sur le bonnet de cérémonie des officiers impériaux, par moitié inspirée d’une coiffure à créneaux regardée comme celle de Jeanne d’Arc. Tout aussitôt, bon nombre de douairières s’en étaient couronnées, pour l’amour du moyen âge, de la Pucelle d’Orléans, des ancêtres et de l’Histoire ! Aux unes elle alla passablement, aux autres bien, à la plupart très mal. Mme de Réarn, hile de Mme de Tourzel, en arbore une si démesurée et si imposante, que sur son corps fluet elle paraît la toque de Gessler juchée en haut d’un mât. Autant de têfes, autant de caprices. On a la toque en tourte, en soufflet, à créneaux, à plumes, à diadème, à gland un gland de soie qui tombe sur l’épaule de la patiente, — la toque a des nuances multiples, elle se fabrique de toutes étoffes, plutôt de velours. Mais de quelque façon qu’on la traite, elle reste désolante, revêche, à peine supportable sur la tête de bas-bleus très marqués, dont Ida Saint-Elme ou Mme de Duras ne sonl pas les moins drôles. La loque fut la tarte â la crème de ces quinze années, je pourrais dire de ces vingt ans, car elle poursuivit la royauté citoyenne et lui imposa sa loi. Possible? elle ne l’est que sur un minois de jeune hile, sur une frimousse mutine, quand on a chance d’oublier le pavillon en l’honneur de la marchandise qu’il recouvre. Mais rencontrez dessous la ligure hommasse de la duchesse d’Angoulême, le profil de pie de

Mme Haudebourt, le nez de perroquet de la veuve de la grande armée, ou les carnations groseille de Corinne, la toque est une monstruosité pure...

Pourtant on eut à peu près aux mêmes époques l'ineffable concurrence de chapeaux, de casques, de capotes, non celles que les émigrées reçurent de leurs devancières comme autant de schakos enrubannés, mais une floraison complète de mignardises venues de la duchesse de Berry, les fonds une lois baissés, et les visières relevées encadrant le visage, et l’emprisonnant de lu lies, de ruches, de rubans noués sous le menton. Ceci est de 1818. Un an ou deux après, le dessin de ces chapeaux se fait plus audacieux ; les passes s'en contournent, s’abattent sur les tempes, se redressent sur le front, se couvrent de marabouts très courts, joliment touffus et turbulents en haut du cimier, et donnant à la tête plus de valeur dans l’allure générale.

Toujours les réactions extrêmes ! Sous l’Empereur les femmes avaient fait de leur tête un point sur un i, l’i très svelte qu’elles figuraient avec leurs robes collantes. Après 18:25 on échafaude en

haut de soi les monuments les plus majestueux et les cabriolets les plus fous. On n’ose plus dire des capotes, ce qui serait prendre la partie pour le tout ; on exprime le nom de son chapeau par un nom de carrosse entier. Entrevues chez Henri Monnier toutes ces excentricités sont d’un exquis mauvais ton ; on les sent bourgeoises, forcées, naïves, encore que d’aspect délicieux et galant : chez Lami, elles sont

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Janvif.h 1830.

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un ravissement de bonne compagnie. Le cabriolet est d’ailleurs la coiffure chère aux coquettes sur le retour. Mme la vicomtesse Raymond- Delaitre, contemporaine de Robespierre, dissimule sous le plus monumental cabriolet à voilette, des témoins féroces; de loin, elle est la jeunesse même, car elle en a conservé la taille et les pieds...

De préférence, la Restauration visa à la tète, et tout entière l’économie de la parure s’en ressentit ; il fallut ajouter par le milieu et par en bas une équivalence aux entassements de fleurs, de plumes, et d’étoffe nécessités par le chapeau ou la coiffure. Car les modistes ne sont pas seules coupables, il y a les « professeurs capillaires », Frédéric, Hippolyte, Plaisir, Leblond, Albin et Guillaume. L’un de ceux-là, Hippolyte, est plus qu’un artiste, assure la Mésangère, c’est un dieu! Sous son nom bourgeois de Moncheaux, Hippolyte, homme paisible, bon sujet du roi habite une boutique au numéro 1 du boulevard des Capucines ; il est le propagateur des turbans, l’inventeur du foulard écossais enroulé dans les cheveux. Parodiant les gens du Tiers, Hippolyte a voulu que la tête, laquelle n’était rien sous l’Empire, fût tout sous la monarchie. C’est presque de la politique qu’il fait en échafaudant des coques ou des torsades, en disposant des frisottis. Son fameux peigne Caroline, devenu le peigne à la girafe, a l’importance d’une charte octroyée, et ses chignons grecs notent l’hellénisme très pur des mondaines. A la veille du sacre, Hippolyte est envoyé à Londres pour s’y perfectionner dans le goût anglais ; il y trouva l’idée de son foulard, son chef-d’œuvre, la coiffure que la duchesse de Berry portera dans une pose accordée à sir Thomas Lawrence. Alors Hippolyte domine, il rêve son excelsior, il élève de saison en saison un étage nouveau sur ses précédents édifices. La coiffure de sa main est un monument divin bâti de peu de cheveux naturels, mais de postiches, de coussinets, de fds de laiton, de fourches savantes. Chaque coque a son armature, son épingle protectrice fichée dans les matelas et résistante comme un pilotis. C’est un rival, le sieur Blanehet, qui a imaginé l’épingle, mais Hippolyte la sait employer, ce qui est autrement avoir du mérite. En outre, — et tout le secret de la faveur est là — jamais

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ces adorables folies ne bronchent ; elles résistent aux pires assauts des contredanses, elles plient et ne rompent pas.

Elles ne rompent pas, mais elles arrachent la toison vraie ; il y faut suppléer de perruques. Sébastien Leblond, autre artiste, en déplore l’abus dans une brochure où il vante les cosmétiques réparateurs. Par cet

Portrait de Mmt Pradher en 1829. Lithographie originale de Vigneron.

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indiscret nous soupçonnons de précoces calvities ; à quarante ans peu de jolis hommes gardent leur toupet naturel ; grave chose pour eux qui inaugurent la pyramide dont le roi Louis-Philippe devait conserver la mode jusqu’à sa fin de vie. Rien de plus curieux encore que le sérieux avec lequel ces praticiens cultivent une chevelure et en écrivent des phrases académiques. Au fait, ils ont leur académie, où l’on n’entre qu’à l’élection, et les morceaux de réception n’en sont point de commode pratique. Dans l’année 182G, un concours est ouvert salle des Redoutes de la rue de Grenelle, et cinq concurrents candidats y doivent sur l’heure fournir divers arrangements : un de cour, un à turban, un en fleurs détachées, et le dernier uni et simple. La collecte est au profit des Gi ‘ccs, pour l’amour de Phidias, le maître des coiffures, ils eussent

pour bien peu dit le prince des perruquiers antiques. Mulot eut le prix et son maître tomba dans ses bras en versant de douces larmes. Aussi que les capricieuses princesses n’espèrent jamais lier de tels personnages à leurs volontés ! Il faut, lorsqu'ils consentent à faire œuvre d'artiste, qu’un élève leur ait préparé la tâche; le maître jette le dernier coup d’œil, et donne le coup de pouce. Hippolyte et Frédéric doivent à ce moyen la faculté d’accommoder par soirée jusqu’à 150 têtes de l’aristocratie.

Vis-à-vis des perruquiers, les illustres costumiers de la monarchie entendent ne point rester en arrière. Leur part est belle dans la décoration « de l'œuvre divine ». Trop longtemps la mode d’Empire s’est continuée, on y cherche remède, c’est rage d’en vouloir sortir. Par les Anglaises habitant Paris, et qui se sont remises aux corsets, le buste s’allonge, la taille redevient normale, et la duchesse de Rerry souhaite d’en donner l’exemple. Tantôt les coquettes raffolent de se serrer aux hanches ; dès 1819 pas un portrait de femme élégante où le buse soit oublié. Mme la duchesse d’Orléans, sa belle-sœur Mme Adélaïde, Mme Alexandre de Laborde, Mme du Cayla, Mme de Rroglie en ont. Au bal un certain clan de retardataires en voulut railler, comme on s’amusa des beaux fils affublés des pantalons introduits par M. de Guiche. Puis la Faculté fit entendre des oracles où la baleine

du nouveau compresseur était sévèrement traitée.- Epidaure parle, mais il parle sans cesse à propos et hors de propos ; on ne le veut entendre qu’à son caprice. Plus on blâme le corset, plus il prend de

Le corset. Lithographie par Lcoh Noël.

faveur, et celles-là même qui l’avaient dédaigné lui reviennent confuses et repentantes.

D’abord qu’on le lolcra, on lui lit une place modeste, on ne Posa prolonger, on ne lui permit guère que d’aller aux hanches, on évita de le serrer. Ce fut en 1810 et 1820. En 1821, il grandit, on le comprime d’un cran, il dessine encore la taille sans torture. En 1823, on lui

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demande tout ce qu’il peut donner ; Mme Zambonato en fabrique d’élastiques, tout fleuris de dentelles, de tulles, de broderies, qui sont les plus effroyables géhennes du monde. C’est tout juste si l’on n’en revient aux corps métalliques imaginés par les contemporaines de Gabrielle d’Estrées. La coquette de 1823 n’est plus seulement contenue, elle est guêpée, ce qui est trop. De loin, avec son énorme capote à passes rabaissées et son minuscule corselet, on dirait d’une libellule à la tête géante. Pour le coup l’esthétique souffre de la rupture d’équilibre assez pour qu’on y veuille tenter un rétablissement. Quel meilleur moyen trouveraiton que d’élargir le buse et d’amoindrir la coiffure? Mais il s’agit bien de cela ! En matière de toilette, les lignes disgracieuses se combattent par de plus vilaines; e’esf l’ordinaire loi. On s’avisa donc de bouillonner les manches étroites pour contre-balancer les masses d’en haut, et on suppléa aux hanches grêles par des tournures. Croyez que les parures du xvie siècle ne furent point étrangères à l’idée. De ce jour la manche à gigot était née, aux environs de 1823, née de ce besoin d’équilibre, et vraisemblablement de l’archéologie; or, en ce moment, tout procède de l’archéologie et de la littérature romantique, nous le savons, le meuble, l’habit, le ton. Ces étrangetés de costumes entrevues dans des peintures tentèrent les dessinateurs de la mode, Lecomte ou Garnerey. Ce fut le début, et par hasard les robes de mariées en eurent l'étrenne. Dans cette phase de modestie le gigot cherche seulement à établir au milieu du corps une rivalité et une transition entre les édifices de 1a. coiffure, et les jupes en cloche d’en bas. Pour leur donner une consistance on les double d’un mancheron empesé, fixé au corset, et qu’on change à sa guise. Ensuite on leur impose une armature en crinoline , on les amplifie et d’une annexe on tente la pièce principale. Plus la taille s’effilait, les hanches se matelassaient, les jupes s’écourtaient et se chargeaient de capitonnés lourds, plus le gigot prenait d’emphase et de majesté. Il s’ensuit qu’aux approches de 1830 la libellule d’autrefois a ajouté deux grosses ailes à son allure et encore amoindri son corps...

Ce sont à grands traits les parties saillantes de l’esthétique coquette;

mais la mode eut d’autres caprices et certaines fort jolies rencontres qu’il serait long d’écrire en leur détail. On eut la blouse , une robe-surtout légère et très ample, bouffante sur la poitrine, serrée d’une ceinture à la taille, et devenue presque la seule parure négligée des merveilleuses entre 1822 et 1830. La blouse comporte le pantalon de

L\ blouse de soie. (Portrait de Mme Aubry-Lecomte.) Lithographie originale par Aubry-Lecomte.

percale, tombant sur la chaussure, brodé et festonné à outrance, et coquettement montré par un geste gracieux que toutes connaissent bien. Après avoir raillé la blouse et l’avoir ridiculisée au théâtre des Variétés, en un mot, lancée par la meilleure réclame, on lui lit une fortune durable. Sincèrement la Restauration ne sut rien trouver de plus délicieux ni de plus artistique en fait de toilette. Longtemps la blouse corrigea les

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intempérances du gigot et des tailles en gaine; il en fut d’elle comme du boa,, fourrure d’un extrême bon goût. D’où vient la blouse? D’un acteur, Lepeinlre aîné, qui l’a arborée dans le Soldat laboureur et en a donné l’idée à Mlle Leroy. D’où vient le boa? D’un serpent dont une Cléopâtre s’entourait le col. D’où la ceinture d’orfcvrerie apparue en 1827? De Mlle Mars qui s’en est parée dans un rôle moyen âge, et l’a prise des patenôtres de la reine Louise de Lorraine. Ces « délicatesses » naissent ainsi, par surprise, mais une seule personne de France leur peut donner la consécration, Marie-Caroline, ducbesse de Berry. Un jour, Dubois-Drabonnet l’a peinte en ceinture dorée, ramenant d’un ravissant mouvement son boa sur ses épaules, il n’en a point fallu davantage. L’une et l’autre coquetterie prévalurent, rivales toutes deux du béret, du peigne à la girafe et du corset triomphant.

L’esquisse rapide est cruelle ; je voudrais nombrer mois pas mois la transformation, dire les goûts si divers d’une année à l’autre, expliquer bien des soubresauts el des incohérences. Un temps la redingote prime, après on en eut souhaité perdre le souvenir. Le cachemire aussi, fort en honneur au début, [tassa vers la fin du régime à l'état de pure contenance, rival bien juste des ombrelles ou des ridicules portés sur le bras. Sous le règne de Charles X, une élégante notée marque un effroi du châle; en revanche, elle a pour l’hiver des pelisses en rotondes fourrées, pour l’été des pèlerines prises d’un costume de Mme Pradher dans son rôle de la Vieille. La belle distinguée porte des caleçons descendant assez bas, pour que sons sa jupe un peu de broderie s’en puisse apercevoir dans les pirouettes d’une valse. Ses cothurnes sont lacés en X. En fait de bijoux courants, elle ne sait qu’imaginer; un jour, c’est la passion des orfèvreries en acier poli, œuvre d’Henriet, qui les exporte jusqu’en Asie; le lendemain, il n’est de recherche que de colliers d’or, de « croix de ma mère », de charivaris en breloques d’argent. Chaque saison on remonte autrement ses pierres, chez Lesage, rue d’Anjou, ou chez Bapst- Menière, quai des Orfèvres. Renaud vend en 1819 le sac à la Jeanne d’Arc, tout de velours blanc semé de pointes d’acier, qui passe pour une vieillerie l’année suivante. Rarement garde-t-on le même fournisseur d’une

saison à l’autre. On a pour ses robes Leroy. Durocher ou l'inimitable Yictorine. Une personne de la haute société 11e se risque point chez Barde an Musée de la Mode, parce que ceci est un bazar, une façon de

Jeune dame dans son cabinet. Croquis original d’Achille Devéria pour une lithographie.

Bon Marché réservé aux coquettes de la seconde classe. On a pour broder ses robes Paye ou Legoux; pour lamer un habit de cérémonie MUeVilaire; pour ses habits d’amazone M Laronx. M1’8 Maréchal ou Perrot fils ont les plumes chères, les marabouts, les fleurs ; M Lebrun ou MT Zambonato guêpent les plus rebelles dondons. Les gants s’achè-

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tent chez le juif Meyer, gantier du roi Charles X, chez Walker le Prussien, ou chez Roze, lequel fabrique pour cavaliers la culotte en peau de daim. Enfin il y a quelque part sur le boulevard, dans la maison des Bains chinois, aujourd’hui le Crédit Lyonnais, un magicien dont on ne se peut guère passer, Michiels le bottier, le seul artiste que l’on consente visiter encore au mépris des autres. Je ne dis là que les brevetés, les fournisseurs attitrés de la dauphine, de Mnie la duchesse de Berry ou des princesses étrangères, mais combien d’autres ont un instant le renom qui tombent devant les indifférences et le caprice! On le voit pour Leroy dont la nièce, en lui succédant, perd la meilleure part de sa clientèle, et se condamne aux façons de robes à moins d’un louis la pièce.

Le luxe des vêtements a son cérémonial rituel et sa langue particulière. Une dame passe une robe ou s'habille. Elle ne s’habille en réalité que pour le théâtre, le bal, ou la cour. Elle passe une robe Costume de ville. pour la sortie du matin, la promenade au bois, ou pour l’après-dîner, les visites aux magasins. Ainsi fait le fringant gentilhomme. Lui, passe une veste ou plutôt plusieurs vestes : une pour le cheval, taillée par un habilleur anglais ; une pour le déjeuner au boulevard, commandée chez Staub; une pour les visites, dessinée par Martin. Ce qu’il appelle s’habiller, c’est revêtir son uniforme de cour, défroque intermédiaire entre l’ancien costume brodé des marquis, et celui des membres de l’Institut. Ceci est la tenue de gala, et le grand jeu de coquetterie. On a, pour accompagner le frac de drap bleu brodé d’argent, une culotte de Casimir, des bas blancs , des souliers à boucles d’or , une épée à manche de nacre et le claque sous le bras . Dans les circonstances moindres, — les « hors de cour », — le noir est de ton, le noir complet, jusqu’aux bas qui sont de liloselle, et les boucles de soulier d’acier bruni. On danse sous cet habit de fantaisie dans les soirées ordinaires,

Costumes de ville: 181a; 1820; 1825; 1830. D’après La Mésangère.

jusqu’en 18:20 que le duc de Guiehe, joli garçon mais un tantinet cagneux, lit prendre la mode des pantalons. D’abord on se gaussa de la bizarrerie, on l’estima une folie pitoyable, mais l’anglomanie y ayant été fort habilement mêlée, on donna à ces braies tombantes le nom de Wellington, et l’on ne voulut plus rire. D’ailleurs d’Orsay en porta, et si d’Orsay en avait, c’est qu’il était exquis et raffiné d’en avoir. Bientôt les bals ne connurent plus de danseurs qui ne fussent « sans culottes ». L'ancienne observance fut pour les vieux seigneurs perclus, laudcitores temporis acti , arrêtés aux salons de jeu, et chassés des quadrilles. 11 y eut cette circonstance curieuse, c’est que la culotte se garda plus longtemps chez les gens du beau monde, où on la tenait pour l'uniforme de distinction. Lors du bal Rothschild à la Chaussée d’Antin, dans le mois de mars 1821, on se fut pensé revenu à cinq ou six ans en arrière, au beau temps des hauts-de-chausse arrêtés aux genoux, serrés d’un ruban et laissant au mollet ses valeurs ou ses décevances.

Le vêtement des hommes a ses maîtres, des personnages nommés Léger, Baron, Pied, Staub ou Martin, artistes consciencieux dont les opinions font loi. Eux aussi ont leur académie où plus tard le baron Charles Dupin et M. Adhémar ne dédaigneront pas de professer. Ensuite on eut Compaing, un scientifique, lequel fit servir la géométrie à la coupe nationale de l’habit, et en composa un livre imprimé chez Dondey-Dupré. Compaing y formule cette sentence : « Un costume fait « suivant les règles de l’art en 1828 doit élargir la poitrine et les « épaules, il doit donner à la taille une forme conique, et cette forme « doit être aussi celle des manches. » C’est en deux mots l’esthétique tout à l’heure étudiée par nous à propos de l'habillement féminin; nous y constatons une fois de plus l’éternelle loi somptuaire, à savoir que l’un des sexes tient toujours à l’autre dans les grandes lignes du vêtement. En 1825. les dames empruntent aux hommes l’échancrure en cœur de leur corsage, et ceux-ci prennent d’elles les manches élargies et la pince exagérée de la taille. Aux coiffures à la girafe ripostent les fameux toupets en pain de sucre adoptés par les lions et qui feront sur leur front je ne sais quel arrangement clownesque d’une irrésistible drôlerie.

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Puis, tout à la fin do la monarchie, au lieu déjà des amples pantalons à la Wellington ou à la cosaque, la mode viendra d’étroits fourreaux arrêtés aux chevilles, pareils à des maillots. Des chapeaux on ne saurait que médire. Ce sont des élégants de la Restauration qui ont définitivement établi le haut de forme en soie, l’insipide et grotesque couvre-chef inspiré par la marine de guerre. Eh ! oui ce gibus bourgeois, stupide, a cette origine héroïque ; le petit chapeau de Napoléon

n’était-il pas celui des muscadins du Directoire? De ce tuyau minable les beaux font un jouet ; ils le haussent, le baissent, l’amplifient ou le rétrécissent au caprice de l’année.

Il en est de gris, de noirs, de jaunes en paille, de violets en étoffe peinte. Le ton n’est pas de s’en savoir coiffer, mais de l’ôter élégamment, de Je tenir à sa main suivant certaines règles, et de s’en faire une contenance.

Eux aussi, les merveilleux de 1830, sont venus jusqu’à nous, plus rageusement cramponnés encore que les dames à leurs habitudes de jeunesse. Après soixante ans d’avatars, ce sont encore de beaux vieillards ou rasés comme des prêtres, ou portant de ces colliers de barbe que les dégringolades successives de la mode ont plus volontiers réservés aux Auvergnats. Ils gardent de ces façons une valeur de distinction singulière, elle ridicule que nos récentes coquetteries y attachent tombe devant elles. 11 y a, quelque part au monde, un duc de la famille de Talleyrand que le baron Gérard pourrait peindre aujourd’hui sans anachronisme; il ne l’eût point vu autre à la cour de Charles X. Si vous entendez quelqu’un d’entre ces hommes — et la plupart ont un

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adorable manière et bien perdue de raconter — c’est avec moins de diable-au-corps l’homme à l’oreille cassée d’ About, qui, dans une seconde incarnation, n’aurait rien oublié d’auparavant et vous dirai! une chose, une futilité, ressuscitant toute une époque, et mettant une note moderne sur beaucoup de légendes.

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