ET RENNES A TERPSICIIORE ET A TII A LIE
Je dis leur langage dans ce titre, car telle est encore la païenne façon de désigner la danse et la comédie de salon, ce que la partie frivole de l’aristocratie restaurée estime une obligation de classe et une nécessité. « Comment vous marierez-vous, demande à son fils Mme de Pierres, si vous avez pour ces plaisirs permis l’indifférence d’un prélat? Je ne sais, mais voici qui me paraît une manière d’être singulière. Feu Monsieur votre père m’a distinguée dans les danses de M. le prince de Conti au Temple... un logis de prêtres! Nous eussions dansé à la sacristie ! » De fait, il est à peine croyable combien les jolis cœurs, tous les beauxlils de la société nouvelle, paraissent dans le principe se soucier peu de Terpsicbore. On les voit retenus par les conversations, arrêtés aux salles de jeu, honteux, on dirait, de paraître jeunes. Parfois ceci allait si loin que certains maîtres de maison proscrivaient le tapis vert,
LA RESTAURATION
comme lit un jour M. le marquis de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre. Les « beautés » eurent chez lui l’étonnement de trouver les deux sexes égaux en nombre, ce qui ne s’était point vu depuis dix ou quinze ans, depuis les officiers de Sa Majesté l’Empereur et Roi, galants et braves, sevrés de valses, et novices sur bien des histoires, lesquels dansaient comme ils se battaient, en héros.
Certes, il y a nombre de salons parisiens alors, une infinité de maisons où l’on reçoit, où l’on donne à dîner, où l’on fait de la musique et où l’on valse. Mais combien sont rares les réunions franchement gaies, ailleurs qu’à la Chaussée-d’Antin où, pire misère ! les gens sont le plus souvent de la seconde qualité. En majorité, les réunions du faubourg Saint-Germain se terminent par des parlottes sévères, rivées à des discussions politiques, laissant à peine une éclaircie joyeuse aux jeunes filles. Imaginez, dans un diminutif, quelques-unes de ces palabres encyclopédiques rappelant Catherine II, Potemkin et Diderot, à ceci près que la religion, la congrégation, les encycliques des papes remplacent les discussions de pure philosophie. Charles de Rémusat, un peu nouveau jeu pour ces stations, les réputé dédaigneusement « une pantomime d’hommes et de femmes qui se promènent » et qui bavardent. Trop souvent, cette représentation péripatéticienne a lieu en des salles revêches et sombres, meublées en retard. « 11 faut, c’est une Muse qui le proclame, Delphine Gay, il faut qu’un salon soit un parterre, où les mobiliers figurent des bosquets fleuris. » Le luxe des décorations intérieures a seul rendu autrefois les réceptions troublantes et capiteuses. Aujourd’hui, c’est tristesse de l’avouer, les plus grands personnages ont une volonté de s’entourer de choses disparates et pauvres. Chez eux on se pense à l’église, et, si l’on parle, on a l’air de confesser une faute au tribunal de la pénitence.
Ceux entre les grands seigneurs qui ont souci de continuer les fêtes impériales sont, la plupart du temps, personnages d’une classe intermédiaire, les Pourtalès, boulevard de la Madeleine, les Gaumont, Mmc d’IIoudetot — toujours! — laquelle continue son bureau d’esprit et scs ruelles. Chez Mmc d’Houdetot se groupent de vieux galantins