ÉTRENNES A TERPSICHORE ET A TH ALI E
assurés d’un revenez-y aux fredaines de leur jeunesse. Mme de Bazancourt y lit d’une « voix touchante » le Charles et Claire écrit par Mmc de Rémusat en l’honneur de ses amis éloignés d’elle. En d’autres maisons les travestis reprennent faveur. 11 y a, le 13 février 1819, un bal costumé chez Mme de Labriche, folie très jeune et très enthousiaste. Au milieu des flonflons, un aide de camp du roi force les quadrilles et demande MM. de Béthisy et de Chabot. M. de Béthisy est là-bas, ce seigneur affreusement grotesque, affublé d’une perruque vilaine et de vestes ridicules. Les masques tombent, ou chuchote, et tout à coup plusieurs dames défaillent. Le duc de Berry vient d’être assassiné à l’Opéra ! Alors voici une étrange bousculade, on se presse à l'entour de l’aide de camp, l’orchestre de Baudoin se tait; l’effet dramatique est d’une puissance douloureuse au milieu des phrases banales et des accoutrements tout à coup détestés.
M. de Mortemart, en femme, coiffé d'une toque, la poitrine décolletée, interroge sérieusement l’officier, et porte à son comble la terreur. Certains ultras ont comme une joie inavouée, la joie d’avoir été bons prophètes : « Je l’avais bien dil ! » s’écrie un affreux bonhomme, habillé en Marocain, et dont la face noircie a de grandes rides déteintes. Pour une fois qu’on se risque à de pareilles amusettes, on a cette gêne d’être risibles, et de recevoir la pire nouvelle (pii se puisse sous des oripeaux, dont, par misère, on n’a aucun moyen de se dévêtir à l’instant !
Ce goût du déguisement avait tenté de bonne heure la société restaurée. Wellington reçoit à l’Elysée, où il habite, en habit de caractère, sans masque, et ses invitations rassemblent au palais ci-devant impérial le monde mi-parti de France et d’Europe qui compose en ce moment le liigh-life parisien. A son exemple, plusieurs maisons du
Costume de bal, 1829.
LA. RESTAURATION
faubourg s’ouvrent à des soirées travesties ; on a un bal gothique aux environs du Palais-Bourbon, chez une favorite de la duchesse de Berry; une marquise, esprit fort d’avant la Révolution, ressuscite pour une nuit la cour du roi Henri. 11 se produit dans ces fêtes costumées un mélange de théâtre et de mondanités dont les termes se confondent. On quitte une pièce représentée sur le théâtre d’un salon pour se joindre aux quadrilles, et l’on conserve son habit du rôle. Mme de Puibusque a marqué de la froideur tout à l’heure en interprétant le personnage d’une comédie, mais elle valse sous son diadème couvert de plumes, ce qui lui attire ce mot très mordant de M. Decazes : « Tiens ! une glace panachée ! »
Le théâtre mondain a son temple modeste au Marais, à l’hôtel Mole, oasis moderne et gaie en ce coin vieillot et lugubre,- les acteurs s’en nomment eux-mêmes la troupe du roman comique, et c’est M. de Bélhisy qui tient les emplois marqués, Mme Molé les amoureuses, Charles de Rémusat les jeunes premiers, et Mme de Vintimille les soubrettes. On donne du Molière, mais du Molière expurgé pour la circonstance. Lorsque M. de L. — on a un peu honte de le nommer, — retranche le mot sein et le remplace par corps , la partie jeunesse a des protestations indignées. Se croit-on en vérité dans le salon de Mme de Duras, ou chez Mme la dauphine? « Ce qu’il y a de plus drôle, dit Charles de Rémusat, c’est que je fais très bien la cour à Mmc *** et que je l’embrasse sur le théâtre. Vive la scène pour rapprocher les distances ! » Alors de proche en proche la passion de se produire en public a gagné les intimités fermées du faubourg. La classe des beaux lils, vivants, viveurs, la plus rare mais la plus audacieuse, a forcé les retenues et les guinderies. Un garçon infiniment titré fait â ravir les imitations de Potier, l’artiste à la mode, et comme les portes sont bien closes, ce ne sont pas les douairières qui rient le moins. En fait, le grand monde a les pareilles faiblesses toujours : une femme se sait plus sûrement regardée et fêtée pour avoir débité sa tirade aux feux de la rampe, que pour s’être condamnée la soirée durant â la tapisserie, — on disait le tableau, — parmi les conversations ronronnantes et niaises.
I«dl à la cour. Groupe exécutant la figure « à droite sur les cotés ». D’après Eugène Lami.