C. — Hyposensibilité
Myomes, fibromes. lipomes, nous y voyons figurer en bon rang les lymphomes et les sarcomes.
On sait l’exquise radiosensibilité des lymphocytes, cellules jeunes, éléments embryonnaires ; l'efficacité . de la radiothéraphie dans le traitement des lymphadénomes est actuellement universellement admise, et là, mieux que partout ailleurs, la radiothérapie est dans son domaine. Quant à la sensibilité des cellules sarcomateuses à l'égard des rayons X : dès 1902 —, alors que la découverte des rayons X par Ræœntgen ne remontait qu’à décembre 1895,— Coley et Pusey signalaient leur exquise sensibilité. Et, dès cette époque, dès le début de l'application des rayons X au traitement des tumeurs, alors même que la technique était fort défectueuse, des observations impressionnantes de radiothérapie de sarcomes et de lymphosarcomes étaient publiées : celles de Williams, de Becke, et surtout celle de E. Albert Weil et Bizard sur un cas de lyÿmpho-sarcome en cuirasse de la poitrine et du cou immobilisant entièrement le cou, cas présenté en 1904 à la Société de Dermatologie de Paris.
Il est bien certain toutefois que la valeur de la radiothérapie des sarcomes dépend beaucoup de leur localisation et pour E. Albert Weil: les sar- « comes du tissu cellulaire sous-cutané, ceux du « cou, du médiastin, et surtout la variété lympho-
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« sarcome sont les plus sensibles aux rayons X, ils « guérissent le plus souvent par ce seul moyen ».
Le traitement radiothérapique semblerait donc, en se basant sur ces conclusions, devoir passer au premier rang dans la thérapeutique des lymphosarcomes des paupières. Oui, mais la proximité du globe oculaire, organe essentiellement noble, semblait ungros écueil à l'emploi de cette thérapeutique. N'était-ce pas risquer que de vouloir traiter par les rayons X une tumeur maligne de la paupière, organe mince et fragile dont l’œil est tout proche ?
Il ne faut pas oublier, en effet, que les rayons X, malgré les perfectionnements apportés tant dans la technique radiothérapique, que dans l'appréciation des doses de rayons administrées, sont toujours une arme redoutable. La dose thérapeutique est très voisine de la dose nocive. La terrible radiodermite, depuis l’œdème léger avec sensation de cuisson, jusqu’à l’escharre atrocement douloureuse, est là qui guette la moindre défaillance de l'opérateur, dans la surveillance du malade ou du régime du tube rœntgénien, pour produire ses néfastes et trop souvent incurables effets.
Le cri d'alarme contre tout traitement radiothérapique des paupières avait été poussé à la suite de l'essai malencontreux d’un radiologue d’Outre-Rhin, qui, traitant un épithélioma des paupières par la radiothérapie, fit disparaître avec l’épithélioma les paupières elles-mêmes de son patient. |
Mais depuis, nombre d'épithéliomas ont été traités sans que l’on ait relevé la moindre radiodermite.
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Restait le voisinage de l'œil. Là aussi, les premiers essais ne furent pas couronnés de succès ; les pires méfaits furent attribués aux rayons, et la radiothérapie proscrite de la thérapeutique oculaire, au point même que Birch Hirschfeld n’hésitait pas à proclamer que l'œil devait être protégé par une feuille de plomb, chaque fois que l’on veut faire une radiographie du crâne. Néanmoins, tous ne se découragèrent pas, et, il faut, sur ce point, rendre hommage à M. le Professeur Rollet qui n’hésitait pas, dès 1912, à faire annexer à sa clinique ophthalmologique, un laboratoire de recherches radiologiques uniquement oculaires. Sous sa haute autorité, l'Ecole lyonnaise n'allait pas tarder à saper toutes les anciennes accusations portées contre la radiothérapie, et réhabiliter les rayons X, qui, à dose normale et convenablement appliqués, sont non seulement inoftensifs pour l'œil, mais encore constituent une des thérapeutiques les plus efficaces dans la plupart des affections de l'œil et de ses annexes. A ce sujet, les travaux de M. le Docteur Malot, chef du Service radiologique de la clinique ophtalmologique, et de ses assistants, les Docteurs Dumont (1913), Cochard (thèse de Lyon 1921), Ferré, Picot et Ramié (thèse de Lyon 1922), rapportent des faits suffisamment probants et des observations assez concluantes pour qu'il ne soit plus permis de douter de l'inocuité des radiations X vis à vis du globe oculaire et de leur efficacité dans le traitement des affections de l’œil et de ses annexes.
Rien ne s’opposait donc à essayer la radiothé-
rapie comme mode de traitement du lymphosarcome. Et même, vu l’exquise sensibilité des cellules sarcomateuses et des cellules lymphocytiformes, il est possible de recourir aux doses faibles toujours peu nocives. On évite ainsi non seulement les dangers de radiodermite, mais encore on évite en même temps les réactions parfois dangereuses dues à la résorption trop rapide des éléments néoplasiques.
La technique employée au laboratoire radiologique de la clinique ophthalmologique de Lyon dans le traitement du lymphosarcome des paupières est dérivée de la technique de Oudin ou à doses fractionnées : une série de 4 à 5 séances d'irradiations espacées de deux en deux jours. Chaque irradiation est réglée comme suit : débit de l’ampoule, 1 milliampère, voltage maximum du secondaire représenté par une étincelle de 19 à 21 centimètres ; filtrage des rayons par 1,5 à 2 millimètres d’aluminium. Durée de l’irradiation : 10 minutes. La dose totale administrée par série varie de 3 à 4 H.
Quand au manuel opératoire et aux moyens de protection pour le patient, ils ne diffèrent pas de ceux employés pour la radiothérapie oculaire, et longuement exposés déjà dans les travaux précédemment cités : ampoule enfermée dans une cupule opaque aux radiations X, tube en verre plombeux localisant le rayonnement qu'il dirige sur la lésion en un faisceau sensiblement parallèle, masque en plomb, protégeant la face et le cuir chevelu, percé d’un orifice correspondant exactement aux dimensions de la lésion.