‹ Le Lymphome des PaupièresChapitre 12 sur 17 · SAN · texte numérisé non relu

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Au bout de quelques jours, le 21 juillet 1914, on a constaté la diminution très notable de l’œdème des paupières et la photographie du malade montre que les yeux qui étaient complètement clos au moment où a été commencé le traitement se présente pour l’œil droit avec une lumière de 5 à 6 millim. en hauteur et une lumière voisine de la normale en longueur. La réparation, à peu près complète pour l'œil droit, est un peu moins marquée sur l'œil gauche qui était plus gravement atteint (Fig. 2).

Le 13 août 1914, le malade est renvoyé du service en raison de la désaffectation de la clinique ophtalmologique (Mobilisation et guerre).

Examen histologique. — Le fragment de tumeur coupé est coloré par les procédés habituels et, monté à un faible grossissement, montre un certain nombre de lobes arrondis séparés par des travées conjonctives et même fibreuses plus ou moins épaisses, enserrant complètement les lobules. Chaque lobule plus ou moins large, de forme ovalaire ou arrondie, est criblé de petits vaisseaux, les uns embryonnaires, d’autres à double paroi, en sorte que les cellules qui les composent forment une zone périphérique plus colorée que le centre. Ce dernier aspect se montre dans les lobules les plus volumineux. Au contraire, dans les lobules plus jeunes, on observe l'aspect inverse.

A un plus fort grossissement, on constate que les lobules sont formés en majorité par de petites cellules rondes très colorées, dont le protoplasma semble absent, et ressemblant donc aux lymphocytes. A côté de ces cellules, on en trouve d’autres dont le protoplasma est plus abondant, plus volumineux et de forme un peu variée.

Enfin, on rencontre des cellules à gros noyau clair avec des nucléoles arrondis et qui ressemblent à des cellules sarcomateuses. On peut d’ailleurs les différencier d’avec certaines cellules endothéliales des vaisseaux qui ont un aspect allongé régulièrement.

La trame conjonctive des lobules de la tumeur est extrémement ténue et régulière. On constate même à limmersion la figure du tissu aréolaire prenant attache sur les vaisseaux. On constate la présence de quelques mono-

dpt \ nucléaires. Il semble donc, en définitive, qu’on se trouve en présence d’une tumeur à petites cellules lymphocytiformes prédominantes avec quelques cellules d'aspect sarcomateux, plongées dans un tissu aréolaire très net, permettant de ranger cette tumeur dans la catégorie des lymphomes ou lymphosarcomes.

OBSERVATION II (Redslob).

Lymphome de la paupière supérieure droite.

Il s’agit d'une malade de 52 ans, porteuse d’une tumeur palpébrale apparue six mois auparavant, en avril 1921, sans aucune Cause apparente, en tous cas sans traumatisme préalable. L’affection avait débuté par une légère rougeur absolument indolore au bord libre de la paupière supérieure droite. Peu à peu, il se développa une saillie apparente qui, dans la suite, prit l'aspect d’un orgelet. Un traitement à l’eau boriquée et à la pommade jaune, conseillé par un pharmacien, resta sans résultat. En juillet, la malade eut recours aux soins d’un oculiste, qui, croyant avoir à faire à un chalazion, incisa la tumeur ; il n’en sortit que du sang.

En octobre, la tumeur avait la grosseur d’un noyau de pêche et pendait comme une masse flasque au-devant de la paupière inférieure. Elle était d’une teinte rouge bleutée et d’une consistance élastique. Elle occupait les trois quarts internes du bord de la paupière. Le quart externe avait conservé l’aspect habituel. Sa surface était bosselée, mais recouverte d'épiderme normal, adhérent au néoplasme, sauf en un point où l’on remarquait une exulcération dont le fond semblait fourni par du tissu de granulation. Le reste de la paupière n'était pas apparemment envahi par la tumeur. La peau avait pourtant une couleur livide et était sillonnée par de nombreux vaisseaux dilatés Et violacés. La conjonctive palpébrale était saine, sauf au voisinage du bord libre. Les mouvements de la paupière étaient un peu gênés par le poids et le volume de la tumeur. Le globe était intact, l’acuité visuelle normale. Pas de USSR Cane lO ne Le

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Examen histologique de la tumeur. — A un faible grossissement, la tumeur paraît massive, constituée tout entière par des cellules toutes pareilles tassées les unes contre les autres. La masse est parcourue par des axes conjonctivovasculaires qui dessinent par place des seppas incomplets. En examinant les choses de plus près, on constate que de ces axes principaux partent quelques fins prolongements collogènes qui donnent à la tumeur une ébauche d'aspect alvéolaire.

Les cellules fondamentales de la tumeur présentent un protoplasme très réduit, à limites tout à fait indistinctes dans les parties centrales de la coupe. Les cellules des parties périphériques sont dissociées, sans doute à la suite d’une demi-dessication. Les noyaux, arrondis ou légèrement ovoides, sont relativement très volumineux et arrivent presque en contact les uns des autres. Ils sont extrêmement clairs, leur membrane, très distincte, ne contient qu’une très fine poussière de chromatine ainsi qu'un ou deux nucléoles. Les mitoses sont excessivement nombreuses, dirigées dans tous les sens. Il s’agit donc d’une tumeur rapidement proliférante et d’allure histologique extrêmement maligne.

Le résultat de l’examen histologique laissant entrevoir une influence efficace de la Rôntgenthérapie, la tumeur palpébrale fut soumise le 7 octobre à l’action des rayons X. Le 17 octobre, c’est-à-dire dix jours après cette unique séance, la tumeur avait déjà nettement diminué. Le 28 octobre, la tumeur avait complètement disparu. La paupière avait récupéré son état normal.

Les dernières nouvelles de la malade datent de mai 1922. La paupière est restée normale, l’état général et le moral excellents.

OBSERVATION III (Fromaget).

Lymphome orbito-palpébral bilatéral.

Homme de 70 ans, cultivateur, ne présente rien à relever dans ses antécédents héréditaires ou familiaux ou person-

nels.

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En octobre 1916, le malade remarque une certaine tendance au larmoiement, aussi bien à droite qu’à gauche. Ce n’est qu’en août 1917 qu'il constate à gauche un léger gonflement diffus de la paupière supérieure. Il existe en même temps une certaine paresse dans les mouvements d’élévation de la paupière supérieure gauche.

Le mois suivant, en mai 1917, les mêmes phénomènes apparaissent à droite. A partir de ce moment, l'affection progresse rapidement ; la tuméfaction des paupières supérieures s’accentue ainsi que l’impotence des paupières supérieures. Le malade est hospitalisé en octobre 1917.

Le sujet, à cette date, se présente dans une attitude très particulière : il marche la tête fortement rejetée en arrière, le front plissé dans un violent effort du frontal pour ouvrir les yeux, dont, malgré tout, la fente palpébrale demeure fermée à droite entièrement, à gauche aux trois-quarts.

On est immédiatement frappé par l'existence d’une tuméfaction considérable des deux paupières supérieures, qui, rouges, déplissées, tendues, recouvrent les globes oculaires. La consistance de ces tuméfactions orbito-palpébrales est assez ferme, élastique, le doigt la perçoit sans rencontrer de nodosités, ni de points particulièrement ramollis. Elles sont absolument indolores. Les paupières inférieures sont indemnes.

Au point de vue fonctionne], le malade est condamné à un ptosis bilatéral complet à droite, très marqué à gauche, et de ce fait, la vision est extrêmement difficile ;: mais au point de vue oculaire, aucune lésion n’est à relever en particulier.

A distance, nous ne trouvons aucune réaction ganglionnaire : la région parotidienne, l’angle de la mâchoire, la région sous-maxillaire, la nuque sont indemnes, de même que toutes les régions ganglionnaires cliniquement explorables.

L'état général est parfait. Aucune hypertrophie du foie ni de la rate.

L'examen cytologique du sang ne révèle, le 3 novembre, aucune modification de la formule hémato-leucocytaire.

Le 6 novembre, une biopsie est pratiquée. — L'examen

histologique montre que les tumeurs sont constituées par des cellules rondes pourvues d’un noyau volumineux entouré d’une mince bande protoplasmique. Ces cellules étroitement tassées les unes contre les autres laissent apparaître, en quelques points seulement, un réticulum grêle à peine visible dont les filaments originels prennent leur point d'appui sur des travées de tissu conjonctif plus ou moins large qui parcourent les préparations en divers sens.

Le diagnostic de l'affection présentée par le malade est dès lors facile et nous paraît des plus certains. L'examen histo-pathologique, l'étude négative de la formule hématoleucocytaire joints aux symptômes purement cliniques nous permettent de conclure à la présence d’un lymphome bilatéral, sans modification des cellules sanguines ou des organes hématopoïétiques. Histologiquement, il s’agit d’un lymphome aleucémique.

Le pronostic de l'affection était sombre, étant donné la marche extrêmement rapide de la maladie durant les dernières semaines. Il y avait à craindre la généralisation dela néoplasie lymphoïde aux autres groupes ganglionnaires.

C’est dans ces conditions que l’on résolut de recourir à la radiothérapie. Le malade ne reçut que deux applications à 45 jours d'intervalle. Le 6° jour qui suivit la première application, il se produit une véritable fonte des tuméfactions orbitaires. Le 10° jour, la palpation la plus attentive ne révèle aucune trace de lymphadénome orbito-palpébral : seul persiste à droite, un ptosis assez marqué. Le malade revu en 1919, c’est-à-dire 3 ans plus tard, montre que l’amélioration s’est totalement maintenue.

OBSERVATION IV (Bronner).

Lymphome bilatéral avec pseudo-leucémie.

Homme grand, cinquante-deux ans, à l’aspect robuste. Depuis quelques mois, gonflement dur de la paupière inférieure gauche. La peau est normale, pas de ganglions ni d’autres

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