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DES PASSIONS

Les idées acquises, conservées par la mémoire, jugées par comparaison, grandies par l'imagination, pourraient laisser l'esprit dans un état d'indifférence complète, et le calme qui en résulterait serait, sans doute, un bonheur pour l'homme ; du moins, certains philosophes anciens, les stoïciens, ont-ils considéré cette absence d'émotion comme le souverain bien. Mais nos sensations n'en restent pas là d'ordinaire, et nous allons bien plus loin.

Les sentiments qu'éprouve le cœur humain sont une source de jouissances et de douleurs; mais, entre les premiers degrés de l'affection qui détruit et remplace l'indifférence, et les passions qui entraînent l'homme dans les écarts les plus extrêmes, il y a bien des nuances.

L'influence immense des passions sur l'économie animale ne saurait être contestée; ces agents tout-puissants, dont les effets sont encore désignés sous le nom d'influence du moral sur le physique, produisent les plus grands maux et les plus grands vices. Ils exercent les plus grands ravages dans le corps humain, ou réparent les plus profonds désordres. Des millions d'exemples attestent que les passions ont produit, non-seulement toutes les maladies, mais même la mort ; et des faits, moins nombreux à la vérité, ne permettent pas de douter qu'elles n'aient retiré plus d'un malheureux des portes du trépas.

Une joie vive et subite peut causer la syncope et la mort ; il en est de même d'une mauvaise nouvelle. La peine, la douleur, le chagrin, l'affliction, la tristesse, l'abattement, le découragement, le désespoir, quoique agissant plus lentement, n'en sont pas moins funestes ; ils minent la vie peu à peu en paralysant l'appétit, la digestion, et, par suite, en altérant les autres fonctions.

Un accès de colère peut déterminer une congestion céré-

brale, l'apoplexie et la mort. L'ambition, la fierté, la vanité, l'orgueil produisent souvent la monomanie et la folie. La haine, l'envie, la jalousie, le désir de la vengeance agissent comme le chagrin, et déterminent la perte de l'appétit, l'amaigrissement, les palpitations et les affections du cœur. L'avare, en se refusant le nécessaire abrège ses jours misérablement. L'égoïste, en s'isolant des autres, ne trouve plus de secours au besoin.

Mais, de toutes les passions, la plus permanente et la plus ignoble, c'est l'ivrognerie : elle déforme le physique et abrutit l'intelligence. Celui qui perd la raison tous les soirs, finira bientôt par ne plus la recouvrer.

Prises modérément , les boissons stimulantes en général activent la circulation, réveillent le cerveau, donnent aux sens une vivacité remarquable, éclairent les idées, enfantent d'heureuses saillies, inspirent des conceptions riantes. Bacchus pourrait disputer à Apollon le sceptre des beauxarts; plus d'un peintre, plus d'un poêle, doivent au vin leurs chefs-d'œuvre. L'abus des boissons stimulantes produit des résultats opposés : elles plongent les organes dans une funeste inertie; et, pour ne parler ici que de l'innervation, l'ivrogne ne finit-il pas par devenir, pour ainsi dire, stupide? Les sens sont vainement sollicités par les objets extérieurs, la perception est lente ou même nulle; la mémoire, l'imagination, le jugement sont à jamais détruits, et les passions généreuses ne peuvent plus trouver accès dans ces cœurs abrutis.

Les règles de l'hygiène applicables à l'exercice des passions consistent toutes en ceci : faire que celles qu'on éprouve soient douces, agréables; éviter celles qui sont trop fortes, ménager leur succession trop brusque ; on cite beaucoup d'exemples de mort subite due à un changement trop prompt de la peine auplaisir. Enfin il faut éloigner les passions qui tendent à nous impressionner longtemps, et se soustraire surtout à leur influence pendant l'accomplissement de la digestion.

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