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CHAPITRE III

Umi» premier* secours à administrer dans les maladies et accidents qui menacent promptement la vie, et des moyens à employer dans quelques maladies et accidents journaliers qui ne réclament pas absolument les secours de Part.

Les accidents auxquels l'homme est exposé sont nombreux et d'une gravité fort variable; les indiquer tous serait dépasser de beaucoup les bornes de notre travail.

Nous nous arrêterons à en signaler les principaux. Avant d'aborder cette tâche, nous éprouvons la nécessité de faire connaître au lecteur ce que nous entendons par maladie, eu désignant les causes principales qui l'engendrent ; ce que nous appelons imminence morbide, ou prodrome des maladies, en signalant les caractères qui la distinguent; enfin à quels signes on reconnaît la convalescence, et quelle est la conduite à tenir pendant l'un et l'autre de ces deux derniers états.

Et d'abord, qu'entend-on par maladie? Nous ne reproduirons pas les discussions auxquelles on s'est livré à propos de cette définition : elles seraient tout à fait oiseuses pour nos lecteurs; mais nous dirons qu'on doit admettre que la maladie est toute modification, soit anatomique , soit physiologique, soit chimique, survenue, dans l'économie, accidentellement et en dehors de toute action organique régulière.

Le premier ordre de faits que nous examinerons dans la maladie, ainsi envisagée en général, est l'étude des causes ou 1 etiologie. Les seules causes des maladies que l'on puisse ou que l'on doive rechercher, sont les circonstances appréciables, soit individuelles, soit externes, qui semblent être le

point de départ de la maladie. Ces causes ont été désignées sous le nom de causes éloignées. On les a rangées en plusieurs catégories, et Ton a admis des causes internes, des causes principales, des causes accessoires, des causes physisiques, chimiques ou physiologiques. Nous croyons qu'on doit diviser les cause éloignées en trois catégories : 1°les causes prédisposantes; 2° les causes accidentelles; 3° les causes spéciales ou spécifiques.

1° Les causes prédisposantes, c'est-à-dire les influences qui, par une action presque toujours lente ou graduelle, amènent dans l'économie animaledes modifications presque inappréciables à nos moyens d'investigation, et préparent ainsi le développement des maladies auxquelles elles prédisposent . Ces causes prédisposantes sont générales, c'est-à-dire agissant à la fois sur un grand nombre d'individus : telles sont les influences atmosphériques, les saisons, les climats; ainsi la chaleur, les saisons et les climats chauds prédisposent aux congestions cérébrales, à la dyssenterie, aux maladies des entrailles et du foie et aux fièvres putrides. L'air frais, les saisons et les climats froids, prédisposent, au contraire, aux hémorrhagies du cerveau (apoplexie), aux inflammations du poumon, des plèvres, aux catarrhes et aux rhumatismes.

C'est encore aux causes prédisposantes générales que l'on doit rapporter l'influence des localités, qui ont souvent par elles-mêmes une part prépondérante. Certaines maladies, du reste, sont tellement liées aux influences des localités dans lesquelles elles se développent que certains changements dans les dispositions de ces dernières suffisent souvent pour faire disparaître ces maladies.

L'exemple le plus frappant de ce genre, et qui a été souvent observé, c'est la disparition des fièvres intermittentes habituelles dans un pays marécageux, par le seul fait du dessèchement des marais. Ces maladies, régnant ordinairement dans telle ou telle localité, aux dispositions de laquelle elles

semblent liées, ont reçu le nom de maladies endémiques ou d'endémies.

Enfin, parmi les causes prédisposantes générales, on a encore admis certaines influences morales agissant à la fois sur un grand nombre d'individus. Ainsi on a observé que les revers militaires facilitaient souvent le développement de maladies, qui, telles que le typhus et la dyssenterie, étaient, dans un même pays, dans un même moment et dans des conditions physiques analogues, plus rares et plus faibles chez les vainqueurs que chez les soldats vaincus. Les maladies mentales ou nerveuses sont également plus fréquentes à la suite des grandes commotions politiques , comme aussi il est constaté que les folies religieuses éclatent en plus grand nombre à la fin de chaque carême.

Les causes prédisposantes individuelles ou particulières sont celles qui n'agissent à la fois que sur un seul individu. Le médecin étudie, sous cette désignation, toutes les questions qui se rattachent à l'influence de l'hérédité, de 1 âge, du sexe, toutes questions qui, des plus importantes à connaître pour l'homme de l'art, ne sauraient intéresser nos lecteurs. Dans chacune de ces influences, on trouve des causes qui prédisposent à telle ou telle maladie. Ces diverses circonstances, au reste, ne sont pas les seules : il est des organes du corps humain, qui, par le seul fait de leur situation, de leur forme et de leur texture, sont disposés à certains déplacements ou à certaines maladies. Ainsi les intestins, très-mobiles dans la cavité du ventre, ont une grande tendance à s'échapper par certaines ouvertures naturelles ou accidentelles et à constituer les hernies (descentes). Les médecins ont encore été frappés de l'influence que pouvaient avoir sur la production des maladies certaines habitudes. Ainsi l'habitude de boire outre mesure des spiritueux, prédispose au cancer de l'estomac et à une variété de l'aliénation mentale désignée sous le nom de délire des buveurs, délire tremblant (delirinm tremens], maladie grave, parfois mortelle.

L'usage du tabac est l'origine d'affections très-péniMes. Ainsi l'habitude de fumer prédispose aux congestions cérébrales, et l'on peut avoir une idée du funeste effet que le tabac ainsi employé produit sur le système nerveux quand on observe les troubles qu'il détermine dans la santé d'un individu qui fume pour la première fois. Les effets sont bien plus marqués chez les individus qui mâchent le tabac; ils portent sur leur visage la trace de cette habitude, dans l'apparence semi-hébétée de leur regard, et, par beaucoup de côtés, se rapprochent des mangeurs d'opium. En outre le fumeur et le chiqueur sont forcés à une sécrétion considérable de salive qui, chez les individus d une santé délicate, peut devenir funeste. Nous avons vu plusieurs exemples très-tranchés de cette déplorable influence. Il n'est pas rare non plus d'observer chez les individus qui mâchent le tabac des troubles très-marqués et très-opiniàtres de la digestion, ce qui se conçoit, car la salive imprégnée de jus de tabac est avalée par eux en certaine quantité, et cette plante est un poison des plus actifs. Le priseur est soumis aux mêmes troubles de la digestion, car le tabac, porté par l'aspiration dans l'arrière-gorge, est entraîné jusque dans l'estomac par la déglutition.

On observe plus souvent chez les priseurs une variété de coryza (rhume de cerveau) suraigu et très-opiniàtre, et qui ne cède qu'à la cessation de l'habitude de priser.

Les habitudes sont, au reste, souvent liées aux diverses professions dont l'influence prédisposante a été étudiée. Ainsi, les cavaliers et les travailleurs qui déploient beaucoup de force, soulèvent des poids fort lourds, sont exposés aux hernies. Les hémorrhoïdes sont souvent observées chez les personnes qui reslent. longtemps assises. Les maladies du larynx sont communes chez les chanteurs, et les inflammations de poitrine paraissent plus ordinaires chez les boulangers, les fondeurs, appelés à subir des vicissitudes trèsgrandes de température. Les cérusiers, les broyeurs de

couleurs, les doreurs sur métaux et les autres ouvriers qui manient des substances délétères subissent un véritable empoisonnement.

L'étiolement et l'anémie sont le partage des ouvriers vivant dans un air mal renouvelé et loin de la lumière solaire.

Les habitations nécessaires à l'homme peuvent devenir pour lui une cause prédisposante de maladies. Les ruelles, les impasses et les bataillons carrés sont à coup sûr les endroits où le travailleur trouve les maladies les plus graves et la mort. Jusqu'à quand restera-t-ellc debout cette cruelle formule : « Etant donné un terrain, y faire tenir le plus grand nombre possible de locataires » ?

On nous objectera peut-être les droits de la propriété. Nous n'avons pas à discuter cette question ; nous dirons seulement que ces droits ne sauraient porter atteinte à d'autres droits plus sacrés et dont le respect est une condition vitale pour la population. Nos lois ont admis ce principe en restreignant les droits du propriétaire par des règlements, par des servitudes de police qui s'opposent à ce que, dans un but d'intérêt particulier, il compromette l'intérêt général.

Lorsqu'il sera évident pour l'autorité comme pour les hygiénistes que l'encombrement du terrain par les maisons et des maisons par les individus, est une cause de maladies, d'abâtardissement pour toutes les classes et surtout pour la classe la plus nombreuse et la plus mal logée, la loi préviendra ce mal que nous ne savons assez faire connaître. Les gouvernants n'ignorent pas qu'il est de leur devoir de veiller à la santé du peuple qui paye l'impôt du sang; ils n'ignorent pas non plus que le peuple a tout au moins le droit d'être aussi bien traité par son pays qu'un troupeau par un éleveur intelligent, qui s'efforce, dans son propre intérêt, d'améliorer la race et de diminuer la mortalité. On a déjà beaucoup fait pour la salubrité publique, mais jusqu'à présent tout est à aire sur la question qui nous occupe.

Les aliments indispensables au maintien de l'existence de l'homme peuvent devenir pour lui la cause prédisposante de maladies, soit parce que leur quantité est habituellement insuffisante ou excessive, soit parce qu'à la suite d'un usage répété, leurs qualités impriment à l'économie animale des mouvements contraires à une nutrition régulière, et capables de modifier le jeu des organes d'une façon désavantageuse. Nous n'insisterons pas ici sur les effets du défaut ou de l'excès d'aliments, non plus que sur l'examen des différentes alimentations excitantes ou débilitantes. Nous ajouterons que les boissons ont une influence non moins évidente. Nous avons déjà signalé en passant l'effet des boissons alcooliques ; nous dirons de plus que les morts subites ne sont pas rares à la suite d'excès de ces boissons, et que, chez les ivrognes, les maladies, abstraction faite de l'organe malade, revêtent facilement une forme grave et se compliquent fréquemment de délire. Les boissons aqueuses, au contraire, prises en trop grande quantité, peuvent affadir l'estomac, comme l'on dit. La température de ces boissons n'est également pas sans importance; ainsi il est fort mauvais pour l'estomac de faire habituellement usage des boissons glacées.

Les vêtements t rop légers et laissant à nu certaines parties du corps, favorisent le développement des rhumatismes, des bronchites, des pleurésies, des pneumonies et des affections catarrhales. Des vêtements trop chauds, au contraire, entretiennent un état constant de stimulation et d'excitation qui laissent l'individu exposé à de nombreuses maladies.

D'autres fois, les vêtements agissent comme cause de maladies, en comprimant les organes dont ils gênent l'action, et qu'ils modifient dans leur forme ou leur position. L'usage des cravates trop serrées prédispose aux congestions du cerveau et à l'apoplexie.

Ce n'est pas impunément non plus que l'on exagère le sommeil ou la veille, la fatigue ou le repos; des maladies diverses peuvent résulter de cette exagération.

Les conditions morales dans lesquelles l'homme se trouve individuellement placé ont une grande influence sur le développement des maladies; aussi les auteurs ont noté la coïncidence des passions tristes avec les affections cancéreuses, et les émotions morales vives et répétées ont été signalées comme prédisposant aux maladies du système nerveux.

Le tempérament et la constitution doivent encore être étudiés comme causes prédisposantes. Il paraît raisonnable d'admettre, comme on l'a proposé, que le tempérament est l'expression de la prédominance d'un des systèmes de l'économie sur les autres.

Ainsi chez tel individu il semble que le système circulatoire soit surtout actif : de là la forme du tempérament dit sanguin; chez tel autre, les actes nerveux semblent prédominants : de là la forme dite tempérament nerveux ; et ainsi de même pour les tempéraments bilieux, lymphatique, etc. C'est donc une influence qui agit sur la totalité de l'individu. La constitution, au lieu d'être l'expression de la prédominance de tel ou tel système, comme le veulent quelques auteurs par un véritable abus de langage, est, au contraire, l'expression du plus ou moins de force de l'économie tout entière ; et c'est seulement sur les divers degrés d'énergie de cet ensemble des forces que doivent être basées les divisions que Ton peut admettre dans l'étude de la constitution : ainsi l'on doit dire une constitution forte, une constitution faible, moyenne, etc., et non une constitution bilieuse, sanguine ou lymphatique, etc.

A côté de ces deux influences, on doit en admettre encore une autre qui a été désignée sous le nom d'idiosyncrasie. C'est une disposition générale de l'individu qui détermine une tendance particulière plus ou moins marquée à contracter ou à éviter telle ou telle maladie. Le tempérament et la constitution concourent vraisemblablement, pour leur part, à développer cette susceptibilité particulière, mais on ne saurait démontrer celte relation.

C'est encore à celte disposition particulière que l'on doit rapporter les effets spéciaux produits chez certaines personnes par l'ingestion de telle ou telle substance. Ainsi, il est des individus qui ne peuvent pas manger des moules, même en très-petite quantité, quelle que soit l'époque de l'année, sans être couverts de plaques rouges et gonflées analogues à celles que détermine la piqûre des orties, d'où le nom d'urticaire donné à cette éruption. Le gonflement est souvent trèsconsidérable; il occupe toute la surface du corps et peut s'accompagner d'un assoupissement assez effrayant au premier abord .

Comme on le voit, l'idiosyncrasie est limitée à une maladie ou à un symptôme en particulier. A côté de cette influence, les faits conduisent à placer une autre disposition individuelle prédisposant aux maladies ou mieux à telle ou telle maladie : c'est l'aptitude morbide. Ainsi, des causes accidentelles peu intenses, dont l'application n'a pas été longtemps prolongée et qui semblent peu capables d'action, peuvent, quand elles s'adressent à certains sujets, produire facilement la maladie qu'elles n'auraient pas déterminée à tout autre moment, à cause de l'insuffisance de leur puissance. Enfin on observe, au contraire, des individus qui sont réfractaires à l'influence de telle cause morbide. On dit alors qu'il y sl immunité en faveur de ces personnes.

Nous désirons que le lecteur se pénètre bien du rôle que jouent, dans la production de la maladie, les influences individuelles. Toute maladie doit être considérée comme la résultante de deux forces, si l'on peut s'exprimer ainsi, forces qui tantôt agissent dans une même direction, tantôt au contraire agissent en sens opposé. Ces deux forces sont : l'influence de la cause morbide, d'une part, et l'influence de l'individualité, d'autre part . On peut encore considérer la maladie comme le résulat de la lutte entre ces causes morbides et l'économie individuelle qu'elles attaquent. Ainsi, des causes de maladies frappent un individu et le trouvent préparé, prédis-

posé à suivre l'impulsion donnée, la maladie se produit sans peine (sauf le cas d une maladie par cause spécifique) ou peut déterminer la forme ou la nature de la maladie produite : c'est là le rôle de l'aptitude ou celui de l'idiosyncrasie. D'autres fois, les causes des maladies, même celles des maladies spécifiques, agissent sur un individu et le trouvent dans des dispositions peu favorables au développement de l'état morbide; l'influence individuelle devient alors la plus forte et modère l'impulsion morbide, d'où une maladie légère propor- (ionnellement à la cause et à son intensité.

Enfin l'influence individuelle peut neutraliser pleinement et détruire les causes; l'équilibre qui constitue la santé est alors maintenu ; c'est alors qu'il y a immunité. En un mot, il arrive à la maladie, par rapport à l'individu, ce qui arrive à une plante par rapport au terrain dans lequel elle est placée. Dans un bon terrain, elle prospère et le couvre par son accroissement; dans un terrain peu favorable, elle languit et n'atteint qu'un développement imparfait, inégal, qui porte ici sur les feuilles, là sur les fleurs seulement; enfin, certains terrains sont incompatibles avec son existence, elle meurt. L'individualité avec ses influences (aptitude, idiosyncrasie, immunité) est à la maladie ce que le terrain est à la plante : elle permet son développement, en modifie la forme et souvent la nature, ou enfin en empêche l'apparition.

Un point bien important dans l'étude des causes des maladies et qu'il n'est pas facile de bien établir dans son esprit au premier abord, c'est la différence que l'on doit reconnaître entre les causes prédisposantes et la prédisposition. La prédisposition est l'effet des causes prédisposantes. Toutes les circonstances d'hérédité, de tempérament, de sexe, etc., etc., sont des causes prédisposantes; le résultat de leur action collective est le développement d'un état de l'économie qui n'est pas toujours appréciable pour nous, d'un état qui n'est plus la santé, qui n'est pas la maladie, mais qui est en quel-

<jiie sorle pour celle dernière ce que le germe est pour le végétal. Vienne une circonstance qui frappe accidentellement l'économie, la maladie se développera, tandis que sans l'intervention de cette circonstance, souvent insuffisante par elle-même, 1 équilibre de la santé n'aurait pas été troublé d'une façon appréciable. La prédisposition n'est pas non plus l'idiosyncrasie : cette dernière est une cause prédisposante ; la prédisposition est toujours un effet des causes que nous venons de passer en revue, et parmi lesquelles l'idiosyncrasie figure pour sa part. Enfin, nous ajouterons que la prédisposition est souvent le résultat de plusieurs causes prédisposantes combinées.

2° Les causes accidentelles. — Toutes les circonstances que nous venons d'énumérer, qu'elles soient extérieures au malade, ou qu'elles dépendent de modifications internes, tant dans l'ordre physique ou physiologique que dans l'ordre moral, peuvent devenir causes accidentelles de la maladie ; seulement, si la prolongation de leur influence n'est plus nécessaire, leur force, leur intensité est plus grande; elles agissent plus directement, et leur effet est plus immédiat et plus rapide. On les a divisées en deux catégories distinctes. Ou bien elles seront insuffisantes à produire par elles seules la maladie observée, et elles demandent pour la déterminer l'existence de cet état antérieur que nous avons signalé sous le nom de prédisposition : elles sont dites alors causes occasionnelles. Leur valeur est souvent douteuse, et c'est seulement comme une sorte de présomption qu'on admet leur influence : comme, par exemple, lorsqu'on cherche à expliquer par l'influence du froid humide l'apparition d'une attaque de goutte, qui serait probablement survenue sans cette cause, insuffisante, du reste, à produire par elle seule la maladie. C'est donc seulement avec une certaine restriction que l'on admettra la valeur de ces causes. D'autres fois, les causes accidentelles ont une valeur plus réelle, leur action est plus immédiate ; le lien qui

les rattache à la maladie produite est plus facile à saisir. Ainsi un individu est mouillé, le corps étant en sueur, ou dans la même circonstance il boit un liquide très-froid ; puis , quelques heures après, une fluxion de poitrine se déclare; la cause ici a une action plus directe. Ces causes sont celles que certains auteurs ont appelées suffisantes ou déterminantes. Parmi elles aussi figurent les causes toutes chirurgicales, telles que les coups, les blessures, les chutes qui déterminent les contusions, les plaies et les fractures. On voit par ces exemples ce qu'on doit entendre par causes accidentelles ; nous n'insisterons pas sur ce point et nous passerons à l'examen des causes spéciales ou spécifiques.

3° Les causes spéciales sont assez variées On doit ranger parmi elles les gaz impropres à la respiration et les gaz délétères qui produisent l'asphyxie; les émanations qui proviennent des substances végétales et animales ; les vapeurs métalliques, celles du mercure, du plomb, de l'arsenic en particulier; les corps vulnérants de toute espèce, les acides et les alcalis concentrés, les sels corrosifs, les substances narcotiques, rubéfiantes et vésicantes, les venins que la nature a donnés à divers animaux comme des moyens d'attaque et de défense. Il faut encore joindre aux causes spécifiques les principes contagieux ; ces derniers, en même temps qu'ils produisent une série déterminée de phénomènes morbides, se multiplient en quelque sorte dans le corps malade, qui devient à son tour un foyer de contagion.

On entend par contagion la transmission d'une maladie à un ou à plusieurs individus, et opérée par un individu déjà atteint de la même affection, abstraction faite de la manière dont cette transmission s'opère, des conditions qui la rendent plus ou moins facile, et de l'origine première de la maladie.

Ainsi, lorsqu'une personne visite un malade atteint de la petite vérole et contracte la maladie après ce contact, on dit que la variole s'est développée par contagion ; c'est par la

contagion que se développent la syphilis, la vaccine : mais le contact direct pour l'une et l'inoculation pour l'autre sont indispensables.

Là encore le lecteur retrouvera le rôle de l'aptitude, de l'immunité et de la prédisposition. Tout fait de contagion est la conséquence de deux conditions nécessaires : l'une qui appartient à la maladie, l'autre qui appartient au malade chez lequel s'opère la contagion. Ce caractère d'une transmission possible d individu à individu est propre à certaines maladies seulement, et certaines n'acquièrent cette propriété que d une façon tout accidentelle. Ensuite tous les individus soumis à une affection essentiellement et habituellement contagieuse n'en sont pas nécessairement atteints; ils peuvent résister complètement, c'est l'immunité; ou bien ceux qui sont attaqués ne le sont pas nécessairement dans une circonstance identique et à un degré toujours semblable. En un mot, il faut encore ici une certaine concordance entre l'individu et la maladie, et, bien que celle-ci suive le plus habituellement le contact, elle n'est pas cependant un fait entièrement fatal et inévitable, et cela même pour les maladies virulentes.

Ces dernières ont leur manière particulière de se transmettre : l'inoculation, c'est-à-dire la déposition du virus sur le derme dénudé, soit accidentellement, soit à dessein, comme dans la vaccination. La variole, la vaccine, la syphilis se développent par ce mode de transmission; mais la variole et la morve peuvent se transmettre également par le simple contact.

C'est parmi les causes spéciales que se trouvent celles que l'on appelle endémies, épidémies, constitutions médicales. Ces diverses dénominations se rapportent à des faits généraux sur lesquels nous devons peu nous étendre, car ils demanderaient des développements trop médicaux.

La constitution médicale n'est à tout prendre qu'un pre-

mier degré de l'influence générale qui, portée plus loin, détermine les épidémies. Les traits principaux qui constituent une épidémie sont qu'elle frappe à la fois un grand nombre d'individus et qu'elle les frappe d'une maladie identique par son siège et par sa forme. Elle existe également dans la maladie endémique. Quelle est donc la différence? Elle consiste tout entière en ceci, que l'endémie ou la maladie endémique revient périodiquement ou même règne d'une façon continue dans une localité, aux conditions matérielles de laquelle elle semble liée, tandis que l'épidémie a pour caractère d'être accidentelle dans le pays dont elle décime les habitants.

On désigne sous la dénomination d'imminence morbide ou de celle de prodromes des maladies, les phénomènes qui se présentent depuis l'instant où les fonctions ne s'exercent plus comme dans l'état naturel, jusqu'à celui ou la maladie commence. Dans la rigueur métaphysique des termes, cetle définition ne serait pas juste ; car, dès que les fonctions sont troublées, il y a maladie, mais il n'y a pas encore maladie déterminée, et c'est là tout ce que l'on entend par ces mots ; or il est conforme aux leçons de l'expérience de désigner par un nom particulier cet état intermédiaire à la santé et à la maladie, qui n'est ni Tune ni l'autre, mais qui va le devenir incessamment. Nous disions que les prodromes sont les troubles fonctionnels qui précèdent l'explosion d'une maladie, troubles fonctionnels qui n'en déterminent pas l'espèce.

Toutes les maladies n'ont point des prodromes, beaucoup de maladies chroniques par exemple.

Les prodromes n'ont le plus souvent aucune analogie avec la maladie qui débute, et ne peuvent pas conduire à en soupçonner le genre ; car ceux de beaucoup de maladies très-diverses ont entre eux beaucoup de ressemblance, et ceux delà même affection ne sont pas toujours semblables.

Néanmoins, dans un cas d'épidémie, le début du mal peut

être annoncé par des symptômes uniformes chez la grande majorité des malades.

La durée des prodromes est généralement variable ; elle peu! être d'un jour, d'une semaine L'aspect des prodromes ne peut donner une idée juste de la gravité de l'affection qui va surgir. En général cependant, plus ils sont intenses, plus la maladie qui va suivre sera grave.

N'oublions pas de dire que les prodromes d'une maladie peuvent exister sans que celle-ci se montre à leur suite.

Voici quelques phénomènes précurseurs des maladies aigués: la démarche n'a pas l'assurance ordinaire; les traits présentent une altération légère, qui n'est, le plus souvent, appréciable que pour les personnes familières ; le visage est ou pale, ou alternativement pale et animé; le moindre exercice cause de la fatigue; des douleurs légères, fugaces, variables par leur siège et leur nature, se font sentir dans diverses parties du corps, et spécialement à la tète ; souvent il y a des troubles passagers dans la vue et dans l'ouïe : des éblouissements, des tintements d'oreilles; la sensibilité morale est augmentée ou diminuée; les pressentiments sinistres, l'inaptitude au travail, le dérangement du sommeil, l'insomnie ou l'assoupissement dans un faible degré d'intensité, sont des phénomènes fréquents dans le prodrome des maladies. L'appétit est ordinairement diminué, rarement augmenté, ou perverti; la bouche est souvent pâteuse ou amère; la soif augmentée, l'haleine forte, la digestion lente et laborieuse et les selles moins régulières. Le moindre effort produit de l'essoufflement; il y a par intervalles, des soupirs, des plaintes, des bâillements, des pandiculations, et quelquefois un éternument répété. Les palpitations, les défaillances, la sensibilité au froid extérieur, l'inégale distribution de la chaleur, la sécheresse de la peau ou les sueurs passagères, la couleur plus pâle ou plus foncée de l'urine, l'inertie des organes génitaux, annoncent aussi quelquefois l'invasion prochaine d'une maladie plus ou moins grave.

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Voilà le tableau laconique des phénomènes que présente l'imminence morbide. Quelle est la conduite à tenir lorsqu'elle existe?

Il faut garder un repos absolu, se mettre à la diète, boire quelque tisane rafraîchissante, et joindre à ce traitement simple, facile et peu dispendieux, des lavements émollients, à l'eau tiède ou à l'eau de son, préférables aux purgatifs, qui ne sont pas toujours sans danger.

Ces moyens sont souvent suffisants pour prévenir et faire avorter les maladies graves.

Si nonobstant ces précautions, l'imminence morbide persistait, il faudrait sans retard recourir aux conseils d'un médecin, car dans ces cas on est peut-être menacé d'une maladie des plus graves.

C'est alors que l'ouvrier doit consulter sa position de fortune, car s'il n'était pas en état de pouvoir obtenir chez lui les soins médicaux et hygiéniques que sa maladie pourrait réclamer, il ne doit pas hésiter un seul instant à se faire conduire dans un hôpital.

Nous avons dit précédemment que les établissements de ce genre, — et surtout les hôpitaux de Bruxelles, grâce au zèle infatigable et au dévouement sublime de leurs administrateurs, —donnaient toutes les garanties désirables pour la guérison.

Dans tous les cas, on évitera de recourir à des remèdes que pourraient conseiller d'officieux voisins ou que prônent quelques enthousiastes du camphre, des purgatifs ou des herbages; ces remèdes ne donnent que trop souvent lieu à de mortels accidents.

On ne saurait croire combien la mauvaise conduite et les imprudences commises au commencement des maladies, ont causé d'effets funestes. Telle maladie qui aurait été peu considérable, est devenue très-grave, pour s'être exposé, lorsqu'on en a ressenti les premières atteintes, à un air froid et humide, ou pour s'être livré à une trop grande agitation, ou pour avoir rempli son estomac d'aliments, malgré les signes

qui annonçaient qu'on devait se tenir chaudement, chercher la tranquillité et se priver de toute espèce de nourriture. Il en est de même des délais qu'on met fréquemment à appeler le médecin pour se conduire d'après ses conseils; ils ont coûté la vie à plus d'une personne, parce que, le mal ayant fait des progrès rapides, favorisés encore peut-être par un mauvais traitement, il n'a plus été au pouvoir de l'art de les arrêter.

On ne peut donc trop goûter l'avis que nous donnons, et nous invitons tous ceux qui aiment leur santé à le suivre ponctuellement.

La convalescence est un état intermédiaire entre la maladie et la santé. Ce n'est plus la maladie, mais ce n'est pas encore la santé. Les fonctions sont bien équilibrées, mais en même temps elles sont faibles, débiles, et il suffit souvent de peu de chose pour déranger leur stabilité.

Le caractère général de la convalescence est une énergie moins grande de l'organisme et des principaux actes physiologiques, ou, si l'on veut, une diminution de la force vitale qui, momentanément affaiblie par la maladie récente, n'est pas encore revenue à l'état normal.

La convalescence, après une maladie plus ou moins longue, exige certaines précautions dont l'oubli pourrait occasionner de mortelles rechutes. Ainsi, le convalescent ne doit pas s'exposer brusquement au grand air, surtout si le temps est frais ou pluvieux ; il doit se vêtir plus chaudement que la saison ne le comporte, sans néanmoins rien exagérer. Il exercera ses membres avec mesure et par degrés, ainsi que ses poumons et son estomac; il garantira ses pieds de l'humidité par une bonne chaussure.

11 ne fera pas d'exercice trop fatigant; il se préservera autant que possible des émanations de tout genre; il ne mangera qu'autant qu'il se sentira de l'appétit, et même il ne le satisfera pas entièrement ; il choisira, parmi les aliments les plus légers, ceux qu'il sait par expérience lui convenir mieux

que les autres. (Test un mauvais calcul que de manger par raison, comme disent certains malades, ou plutôt par déraison ; car, dit le proverbe, ce n'est pas ce qu'on mange qui nourrit, mais ce qu'on digère.

Ces quelques considérations préliminaires établies, nous allons aborder la matière du dernier chapitre de notre livre.

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