DES MALADIES NERVEUSES
1 ° Des attaques d'èpUepsiè.
Lepilepsie est une maladie fort pénible. La superstition de nos pères l'envisageait comme un châtiment du Ciel. Quoique les attaques de cette maladie soient rarement accompagnées d'un danger présent, nous donnerons cependant quelques préceptes pour la conduite à tenir dans ces circonstances.
Nous voyons tous les jours, dans les rues, des infortunés être saisis d'un accès de cette maladie. La foule, toujours curieuse, entoure avec empressement la personne, ajoute à son malaise en la privant d'air, et lui administre des secours mal compris : on s'efforce de comprimer ses efforts convulsifs en lui étreignant vigoureusement la tête et le reste du corps ; on ouvre violemment les mains du patient dans lesquelles on frappe à coups redoublés, au point de lui luxer les phalanges d'un ou plusieurs doigts: toutes manœuvres qui nuisent à l'épileplique, et l'exposent à des douleurs musculaires subséquentes et fréquemment même à des entorses.
Les symptômes de cette maladie paraissent si effrayants que ceux qui ne sont pas habitués à l'observation de cette affection, ont peine à concevoir qu'elle n'exige pendant les accès que quelques précautions ou des moyens peu énergiques.
Le premier soin à donner dans cette maladie, c'est d'empêcher que le malade ne se fasse du mal en tombant, s'il est possible de pressentir le moment où l'attaque va se développer, et de le coucher le plus mollement qu'il sera possible, loin des corps durs et des endroits périlleux, puis de prévenir les accidents qui pourraient survenir au milieu des convulsions dont il est agité. On devra contenir le corps et les membres de manière à s'opposer aux chutes, aux contusions, aux déchirures ; on n'arrêtera pas cependant tout à fait les mouvements ; il faut, au contraire, leur laisser assez de liberté pour ne pas augmenter les efforts musculaires qui sont d'autant plus grands qu'on leur oppose plus d'obstacles. Lorsque les mâchoires sont le siège de spasmes, il est utile de les tenir immobiles par la compression soutenue, ou de placer entre les dents quelque corps résistant et mou, afin de prévenir leur fracture ou la section de la langue.
Quand l'accès est passé, le malade tombe ordinairement dans une sorte de sommeil, dans lequel il faut le laisser jusqu'à ce qu'il s'éveille de lui-même.
Les applications électriques nous paraissent être le remède le plus efficace contre l'épilepsie; si l'électricité ne guérit pas toujours cette affreuse maladie, au moins, dans tous les cas, elle en diminue considérablement les attaques.
2° Des convulsions et des attaques de nerfs.
Les convulsions ou mouvements involontaires, irréguliers et étendus à un plus ou moins grand nombre de muscles, tiennent à tant de causes différentes qu'il est difficile d'indiquer le traitement qui leur convient, puisqu'il doit varier suivant la cause que l'on a à combattre; ainsi, suivant qu'elles dépendent de plaies, de la lésion d'un nerf, de la présence d'un corps étranger dans une plaie, elles réclament des secours différents.
Toutefois, il est des convulsions qui, indépendantes de quelque lésion organique, proviennent de l'état d'irritabilité du cerveau, affecté directement par une émotion vive, le chagrin ou la terreur. Cette disposition convulsive demande à être combattue continuellement par les moyens d'hygiène, plutôt que dans les moments où ses effets se manifestent. Cependant, dans les moments de l'attaque, on devra suivre à peu près les préceptes que nous avons indiqués pour les accès d'épilepsie et d'hystérie. Comme, le plus souvent, ces convulsions se manifestent chez des personnes qui ont été exposées plus ou moins de temps à des causes débilitantes, l'inspiration par le nez d'odeurs très-fortes, quelques cuillerées d'eau distillée aromatique, quelques gouttes d'éther seront utiles.
3° De la migraine.
La migraine est caractérisée par une douleur vive siégeant dans un des côtés de la tête et revenant à des intervalles plus ou moins rapprochés. C'est une affection essentiellement nerveuse.
On a cherché à en combattre les accès par des moyens trèsdivers, tels que l'application de compresses trempées dans l'eau froide, l'eau de Cologne, l'eau vinaigrée ou l'éther; mais, de tous les remèdes que nous venons d'énumérer, la décoction concentr ée de café (une once de café pour quatre onces d'eau), dans laquelle on exprime le suc d'un citron, est incontestablement le remède par excellence. Le malade prend ce café en une fois; il peut répéter cette dose dans le courant de la journée si la douleur n'avait pas complètement cessé. De plus le malade doit, durant l'accès, fuir le bruit, la lumière, les odeurs fortes et le mouvement. Si le malade était constipé, il prendrait un lavement purgatif composé d'un demi-litre d'eau tiède dans laquelle on fait dissoudre une once de sel anglais.
4° Syncope [défaillance, évanouissement).
Le mot syncope est consacré, depuis Galien, pour désigner un état morbide caractérisé par la perte complète et plus ou moins subite du sentiment et du mouvement, avec suspension des battements du cœur et des mouvements respiratoires. On dit qu'il y a lipothymie, lorsque, la respiration et la circulation continuant, le sentiment et le mouvement sont seulement diminués, sans être pourtant entièrement abolis.
La syncope survient quelquefois brusquement, sans prodromes. La perte du sentiment et du mouvement, la suspension de la circulation, de la respiration et des sens, sont alors soudaines. Dans la plupart des cas, cependant, la syncope est annoncée par un état de malaise et d'anxiété; il y a des vertiges et des tintements d'oreilles, la vue s'obscurcit, les idées sont obtuses; il y a des bâillements et parfois des nausées et des efforts de vomissement. En même temps, la face pâlit, les lèvres se décolorent, les extrémités se refroidissent; une sueur visqueuse couvre souvent une partie du corps; quelquefois l'urine et les matières fécales s'échappent involontairement, et de petites contractions convulsives agitent les muscles de la face; à ce degré, ce n'est encore que la lipothymie. Mais bientôt tout rapport avec le monde extérieur cesse ; le sentiment et le mouvement sont entièrement abolis; le cœur ne bat plus, et les mouvements respiratoires n'ont plus lieu : c'est la syncope confirmée; on croirait alors que les individus ont cessé de vivre. Cette mort apparente ne diffère, comme on l'a dit, de la mort réelle que par la persistance de certaines fonctions intérieures, telles que l'absorption, les sécrétions et la nutrition, qui, quoique moins actives, continuent néanmoins de s'exercer encore.
La syncope n'a, dans la plupart des cas, aucune autre gravité ; cependant elle constitue un état fâcheux lorsqu'elle
se prolonge beaucoup et qu'elle revient à de courts intervalles.
La syncope est due à une interruption de l'activité cérébrale, causée par certaines émotions morales; par la vue du sang; par une douleur vive, une digestion difficile; par un trouble de la circulation ou une perte sanguine trop considérable.
Le traitement de la syncope consiste à réveiller l'action du cœur et à favoriser l'afflux du sang vers le cerveau. C'est pour remplir cette dernière indication qu'il faut coucher le malade horizontalement, mettre la tète sur un plan plus déclive et même élever les bras.
On ramènera la circulation en débarrassant la poitrine de toutes les entraves, de tous les vêtements qui peuvent la comprimer; on favorisera l'accès d'un air frais dans la pièce où le malade se trouve ; on excitera certaines parties de la peau et des membranes muqueuses : c'est ainsi qu'on projettera avec force, sur la face, spécialement autour des orbites, de l'eau très-froide; ou bien on placera sous les narines du vinaigre aromatique, de l'ammoniac ou de l'eau de Cologne, ou des substances fétides. En même temps on mettra dans la bouche quelques gouttes d'un liquide stimulant, comme le sont l'acétate d'ammoniaque, l'essence de menthe, ou seulement du sel de cuisine. Si la syncope se prolonge, on fera des frictions excitantes, irritantes même, sur les tempes, sur les régions précordiales et épîgastriques. On donnera un lavement avec du sel ou du vinaigre. Lorsque le malade a repris ses sens, il faut attendre quelques instants avant de lui imprimer des mouvements, de peur que la syncope ne se reproduise. C'est alors qu'il est bon de faire avaler au malade un verre d'eau froide, qui est un puissant analeptique.