‹ Le MaduréChapitre 10 sur 172 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

P. Antoine Vico, alors professeur de théologie àCochin; il s'en ouvrit à lui-même, avec une liberté qu'autorisait une vieille amitié, dans une lettre qu'il lui écrivit le 12 juin 1610. « Vous me parlez du bien-aimé P. Em. Leytan, obligé de me quitter à cause de sa santé et de la difficulté qu'il avait à apprendre la haute langue, et vous ajoutez : Que la volonté de Dieu soit faite ! Oui, il faut bien que nous nous consolions par cette pensée, que telle était la volonté de Dieu. Mais savez-vous ce que vous auriez à faire, vous ? Ce serait de prier que cette divine volonté s'accomplît en vous ; ce serait d'obtenir de Dieu, à force d'instances, l'insigne faveur d'être envoyé dans cette mission. »

Cette invitation répondait au désir le plus ardent du P. Vico ; seulement le P. Provincial hésitait à priver le séminaire de Cochin d'un homme qui en était la colonne. Mais lorsqu'il eut vu de ses propres yeux la chrétienté du P. de Nobili, dont la ferveur le remplit d'admiration, à tel point qu'il ne pouvait s'empêcher de s'écrier, comme les apôtres à la vue des premiers fidèles : Et Jii receperunt Spiritum sanctum sicut et nos ; comprenant que le P. Robert ne pouvait suffire seul aux besoins d'un troupeau qui s'augmentait de jour en jour; que s'il n'était aidé il ne tarderait pas à succomber sous le poids du travail ; il se décida à accorder au P. Vico la faveur qu'il sollicitait. Celui-ci, au comble de ses vœux, partit aussitôt pour Maduré.

Le P. Laertio se trouvait encore dans cette ville quand l'heureux missionnaire atteignit le terme de son voyage (15 sept. 16 10). Il put voir les débuts du nouvel apôtre dans une carrière qu'il devait poursuivre

LArOSTOLAT DU V. DE NOBILI.

pendant près de trente ans ; voici comment il en parle dans une lettre au Général Aquaviva.

« Je me félicite beaucoup du choix que j'ai fait du P. Antoine Vico pour être le compagnon du P. Robert; c'est un homme dont la science et la prudence égalent le zèle ; ces qualités précieuses me rassurent sur cette œuvre si difficile et qui ne manque pas de contradicteurs. »

De son côté, le P. Vico écrivait, le 25 octobre de la même année : « Je partis de Cochin le 6 septembre, et le 15 du même mois j'arrivai à Maduré, où il me fut donné d'embrasser l'admirable missionnaire auquel j'ai le bonheur d'être uni en Notre-Seigneur depuis longtemps par les liens d'une étroite amitié. Compagnon de ses premiers travaux dans la carrière des études, confident dès lors de ses désirs enflammés pour le salut des âmes, j'avais continué d'entretenir avec lui les rapports les plus intimes. Mais quelles expressions pourraient rendre les sentiments qu'il m'inspire maintenant que j'ai le bonheur d'être associé à ses travaux ! Oui, mon T. R. Père, quelque avantageuse que fût l'opinion que j'avais conçue du mérite du P. Robert, elle n'était rien auprès delà réalité que je vois maintenant de mes yeux. Vous parlerai-je de cette science consommée qui expose, comme en se jouant, les questions les plus ardues de la théologie ; qui sait intéresser et charmer les savants, tout en se faisant comprendre des ignorants ? de cette éloquence féconde qui s'exprime, avec une étonnante richesse d'expressions, dans les divers idiomes si difficiles de ces contrées ? de cet art suave d'embellir les matières les plus abstraites et

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