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VIVRE ET HABITATION

au soir, de baigneurs, de blanchisseurs, de vaches et de buffles qui remuent la vase. C'est dans cette mare que votre cuisinier va, sans froncer le sourcil, puiser l'eau qu'il vous présente à votre dîner (').

L'habitation était à l'avenant. « Dans les bourgades, c'est une petite baraque en murs de terre, où vous ne pénétrez qu'en vous baissant profondément. La toiture, faite de feuilles de palmier, est juste assez haute pour vous permettre de vous tenir debout ; il n'y a pas de fenêtre. La cuisine se fait dans un coin de cette chaumière, ce qui vous procure l'agrément de la fumée, les cheminées étant presque inconnues dans ce pays. Une natte étendue sur le sol, parfois sur deux ais juxtaposés, sert de siège et de lit. Les rats, les chauves-souris, des insectes de toute sorte, parfois des serpents et des scorpions, partageront avec vous cette demeure (2). »

Voilà pour le vivre et l'habitation. Les détails que les premiers missionnaires donnent touchant leur ministère sont, aujourd'hui encore, pleins d'actualité.

1. Pour l'Indien l'eau est toujours de l'eau, quelle que soit sa couleur; elle n'est impure que lorsqu'elle est puisée par un paria. Le P. Bertrand et le P. Garnier, faisant route de Karikal à Tanjaour, s'arrêtèrent vers midi sous un bosquet de tamarins, auprès d'un e'tang. « Notre charmant cuisinier, raconte le P. Bertrand, n'eut rien de plus pressé que de descendre avec sa cruche dans cet étang. Là se vautraient quatre vaches et deux buffles, pendant que deux femmes, venues pour puiser de l'eau, commençaient par se rafraîchir et se laver. Notre homme s'avance dans l'eau, jette sa cruche qui surnage à la surface, se met à se laver les jambes, la tête, les épaules et tout le corps. Ses ablutions terminées, il reprend sa cruche et, sans bouger d'un pouce, il la plonge dans cette eau et vient nous la présenter pour étancher notre soif ; et tout cela avec l'air satisfait d'un homme qui a conscience d'accomplir un acte d'exquise politesse. »

2. Le lecteur peut comparer cette peinture avec celle que traçait le P. Balth. da Costa. (/ Par/., ch. 11.)

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