‹ Le MaduréChapitre 99 sur 172 · LE P. BERTRAND · texte numérisé non relu

LE P. BERTRAND

schisme se présentèrent devant lui, firent encore valoir leur droit de premiers occupants, dépeignirent les nouveaux missionnaires comme des perturbateurs de l'ordre public, et obtinrent un décret général qui déclarait que, les sanctuaires étant la propriété des prêtres de Goa, il était interdit aux missionnaires français d'y mettre le pied. «Ainsi, dit le P. Bertrand, le collecteur, d'un seul trait de plume, nous expulsait de plus de cinquante églises qui étaient actuellement en notre possession par la libre volonté des chrétiens, auxquels ces églises appartenaient » (1839).

« Ce fut pour nous comme un coup de foudre, continue le même Père ; nos chrétiens en furent consternés. Heureusement j'avais avec moi M. Mehay, aussi habile que courageux dans la lutte. Il fallait à tout prix remonter le moral de nos chrétiens. Nous nous mettons en campagne ; nous parcourons le pays avec des visages rayonnants et des airs de vainqueurs ; nous tournons en ridicule le triomphe des schismatiques ; nous improvisons des fêtes que nous célébrons avec magnificence, et cela dans les villages mêmes dont les églises viennent de nous être enlevées. En face et à deux pas de l'église, nous élevions un pandel, c'est-àdire, une construction formée de bambous et de feuilles de palmier; nous revêtions de toiles ce sanctuaire improvisé ; nous l'ornions de draperies, de guirlandes, de fleurs, de ce que nous avions déplus brillant. Nous avions ainsi une église qui paraissait cent fois plus belle que l'ancienne. C'était là que nous célébrions nos fêtes au milieu du concours des fidèles. En vain les schismatiques furieux faisaient venir les pions de la

police ; ceux-ci déclaraient que nous étions inattaquables. Cette ruse de guerre eut un plein succès. »

III. — Nous avons décrit les premiers combats que nos Pères livrèrent au Schisme goanais, et l'opiniâtre résistance qu'ils rencontrèrent. Nous voudrions maintenant donner une idée de leur genre de vie et du ministère qu'ils exerçaient auprès des chrétiens. Autant que possible, nous les laisserons parler eux-mêmes.

« Notre nourriture, dit l'un d'eux, est le riz assaisonné d'une décoction de poivre. Nous y joignons du lait quand on nous en donne, parfois un poulet, ou plutôt une poule assez maigre. Voilà à peu près tout. Nous n'avons du pain que dans des cas extraordinaires; mais quel pain! Ces jours-ci on m'en a présenté un qui avait soutenu les feux du soleil de l'Inde durant un voyage de près d'une semaine. N'essayez pas de le rompre ; ce serait peine perdue. Prenez une hachette; réduisez votre . pain en miettes ; faites ramollir ces miettes dans l'eau chaude ; versez ensuite un peu de thé ou de lait ; vous avez un festin exquis ! Quant au vin, il n'en est pas question; nous en avons déterminé pour le Saint Sacrifice une telle ration, qu'une seule bouteille nous suffit pour vingt ou trente messes.

« Notre régime, ajoute gaiement le même Père, a bien ses avantages. D'abord il ne charge pas l'estomac ; puis il nous épargne les péchés de gourmandise; enfin, il nous fait gagner du temps : cinq minutes tout au plus, et votre dîner est expédié. »

Un autre donne de l'eau, qui faisait le breuvage des missionnaires, la description qui suit: « Figurez-vous un étang chauffé par un soleil brûlant, rempli, du matin

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