CHAPITRE I
« Une partie de notre existence se passe à courir d'une chrétienté à une autre, sans poste fixe : c'est presque la vie du Juif errant. Nous restons huit, dix jours dans chaque chrétienté, exerçant tour à tour l'office de curé, de médecin, déjuge de paix, etc. Dès que nous approchons d'un village, les chrétiens viennent à notre rencontre, avec son de tambour, de fifre et autres instruments. Au lieu des cloches, qui font défaut, on frappe avec un morceau de bois une plaque ronde de cuivre qui rend un son éclatant. Le missionnaire est conduit à l'église (quand les schismatiques n'en possèdent pas la clef), où il commence à exercer ses différentes fonctions. »
Celle de juge de paix n'est pas la moins intéressante. Des informations prises sur l'état de la chrétienté, il conste d'ordinaire que certains de ses membres se sont conduits d'une manière peu édifiante. Le catéchiste ne manque pas de les signaler, et les autres chrétiens appuient son témoignage. Les coupables sont amenés devant le Père. Celui-ci prend possession de son modeste tribunal, un simple siège, placé à l'entrée de l'église ou du presbytère. Les principaux d'entre les chrétiens se tiennent debout à ses côtés. Les accusés attendent en silence. Ce seront, pour donner un exemple, deux époux qui font mauvais ménage ensemble. Le fait est attesté par tous les chrétiens ; impossible de le nier. Le mari est interpellé. « Comment a-t-il pu se comporter comme il a fait? Causer pareil scandale ! Est-ce ainsi que doit vivre un chrétien ! » Le mari veut s'excuser ; ce n'est pas à lui qu'est la faute; il a affaire à une femme du plus vilain caractère.