‹ Le MaduréChapitre 106 sur 172 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

n'avait autour de lui que ses chrétiens qu'il devait lui-même consoler. Le surlendemain de l'Ascension, 30 mai, un peu après midi, la dernière crise se déclara. Dans son délire, le mourant appelait ses Frères ; il croyait les voir auprès de lui. Puis, revenant à luimême et retrouvant toute sa lucidité d'esprit, il avait la douleur d'apprendre qu'ils n'étaient pas encore arrivés. « Eh bien ! à la volonté de Dieu ! Dieu seul me suffit. » Ainsi parfaitement résigné, plein de confiance en la miséricorde divine, il rendit son âme à Dieu.

Les restes du P. Martin furent transportés au village de Rasakembiram, un peu au sud-est d'Ideicatour. On lui éleva un monument modeste, qui devint bientôt célèbre dans toute la contrée par le concours des pèlerins,et les faveurs extraordinaires dont ils s'estimaient redevables à l'intercession du serviteur de Dieu. Les visiteurs affluèrent, surtout de cette ville de Tuticorin où le P. Martin avait tant combattu et tant souffert.

Le P. Garnier ne pouvait se consoler de cette perte. Cinq mois après il écrivait de Trichinopoly : « Mon pauvre Père Martin est mort ! Quel coup pour notre Mission! Quel coup pour moi qui l'aimais tant! Je suis religieux, mais j'ai un cœur. La perte de mes proches ne m'a jamais fait une plaie plus profonde. J'en ai comme une maladie de langueur. » Le P. Garnier ne devait pas tarder à rejoindre son ami.

En 1841 il fut transféré de Trichinopoly à Maduré. Dans l'espace d'un an il y bâtit une belle église et un presbytère, autour desquels un millier de chrétiens vinrent s'établir. Au mois d'août 1842, il fut nommé

LE P. GARNIKR SUPÉRIEUR.

Supérieur de toute la Mission. Son administration ne dura pas même une année ; mais dans ce court espace de temps il sut dilater les cœurs, inspirer la confiance, imprimer un élan général.

Le P. Garnier disait du P. Martin : « Ce Père péchait en un point : il avait un zèle qui ne connaissait pas de bornes; il s'est sacrifié. » Ce reproche,qui honore le P. Martin, le P. Garnier lui-même le méritait peutêtre encore davantage. Moins que tout autre il savait se ménager. Doué d'une forte constitution, excellent cavalier, il voyageait en plein soleil, quelles qu'en fussent les ardeurs. La nourriture était le moindre de ses soucis ; il ne s'inquiétait pas davantage de son logement. Quelles qu'eussent été les fatigues du jour, il ne songeait à prendre du repos la nuit, que lorsqu'il avait complété la tâche qu'il s'était imposée et rempli tous ses exercices religieux. Même lorsqu'il avait un lit à sa disposition, il n'en profitait pas, trouvant la terre assez douce pour les quelques heures de sommeil qu'il s'accordait. Excès ! dira-t-on. Nous n'y contredirons pas ; mais ces excès sont familiers aux Saints ; c'est l'amour divin qui les inspire ; sans diminuer la récompense, ils en hâtent l'heure.

Après avoir visité, en sa qualité de Supérieur, - la partie nord et nord-ouest de la Mission, il s'arrêta quelques jours à Dindigul. Là il eut un pressentiment de sa fin prochaine ; il s'en ouvrit à un Père qui était arrivé depuis peu dans l'Inde. De Dindigul il se rendit à Maduré , où des ouvriers étaient occupés à la construction de la nouvelle église. Il fallait surveiller et hâter les travaux ; dans ce but le P. Garnier passait

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