CHAPITRE I
de longues heures au milieu des maçons, exposé aux rayons d'un soleil de feu. Un européen, eût-il une constitution de fer, ne brave pas impunément les ardeurs de cet astre dans le sud de l'Inde. Le Père fut d'abord atteint d'une forte dyssenterie, qui fut arrêtée par les remèdes violents d'un médecin inexpérimenté. On crut à une guérison; il n'en était rien. Un érysipèle envahit le visage qui se gonfla démesurément. L'enflure, augmentant de plus en plus, gagna les yeux. Privé de la vue, le Père gardait encore toute son activité ; il continuait à recevoir et à dicter des lettres d'affaires, plaisantait sur son état, supportait ses souffrances avec une patience admirable. Il était soigné par trois médecins qui se contredisaient dans leurs ordonnances. « Ils me tueront avec leurs remèdes, disait le malade ; mais qu'y faire ? Nous avons une règle qui nous oblige de leur obéir. » Le mal ne fit que s'aggraver. Le transport au cerveau se manifesta par d'affreuses douleurs de tête, accompagnées de délire. « C'est fini; je n'ai plus rien; je veux partir », disait le
mourant. — « Et où voulez-vous aller? » demandait le
P. Tassis, qui veillait auprès de lui. « Je veux quitter le monde ; tout est prêt. » Il mourut le 5 juillet 1843, à une heure et quelques minutes de l'après-midi. Le P. Martin était mort dans sa quarante-unième année; le P. Garnier n'avait que trente-huit ans.
Cette mort fut une immense douleur pour les chrétiens ; pour les Frères du défunt, tant ceux de la Mission que ceux qu'il avait laissés en France, elle fut comme un coup de foudre. Le P. Bertrand, redevenu Supérieur par intérim, écrivait au P. Provincial de