MORT DES PP. GARNIER ET DU RANQUET
Lyon ces lignes qui semblent dictées par le sentiment de la crainte : « Qu'est-ce que Dieu demande de nous par de tels coups ? Nous ne pouvons nous empêcher de voir dans cette mort un trait de sévérité et de colère. C'est pourquoi nous vous conjurons et nous conjurons, les larmes aux yeux, tous nos chers Pères et Frères de prier et de faire prier beaucoup pour nous, afin que nous devenions tels que Dieu nous veut, et que sa miséricorde succède enfin à sa justice. »
La lettre où nous lisons ces lignes, était adressée au P. Louis Maillard qui gouvernait alors la province de Lyon. Lorsque ce Père vénéré apprit la mort du P. Garnier, il leva les yeux au ciel, se jeta ensuite sur son prie-Dieu qu'il arrosa de ses larmes. Quelques moments après, son Socius entra dans sa chambre et, le voyant si affligé, il demanda ce qui était arrivé. « Ah! dit le Révérend Père, je viens d'apprendre la mort de notre P. Garnier. Que Dieu soit béni ! mais il me semble qu'avec ce cher Père la mission du Maduré descend dans la tombe. »
Quatre mois après la mort du P. Garnier, Dieu appelait à lui un autre des premiers missionnaires : le P. Louis du Ranquet, d'une famille bénie qui a donné cinq enfants à la Compagnie de Jésus. Tous furent messagers de la Bonne Nouvelle dans les pays des infidèles : deux dans les Missions de l'Amérique du Nord, les trois autres au Maduré.
Le P. Louis du Ranquet fut un ouvrier aussi laborieux que modeste, travaillant sans bruit, mais travaillant toujours, faisant le bien sans éclat, mais le faisant solidement. C'est ainsi que parle de lui le P. Saint-Cyr.
Qu'on ajoute à cela une régularité parfaite, une, obéissance filiale aux moindres désirs de ses Supérieurs, un dévouement sans borne, une sainte haine de lui-même, qui lui faisait ajouter aux privations de la vie de missionnaire, la pratique des pénitences en usage parmi les Saints. Il livra à la mort un corps déjà usé par les fatigues de six années d'apostolat et par une mortification volontaire. Comme le P. Martin, il mourut d'une attaque de choléra, à Strivegondam, village situé à l'est de Palamcottah. La Providence lui envoya le P. Jacques Wilmet pour l'assister dans ses derniers moments. Il fit ses préparatifs pour son dernier voyage avec un calme et une sérénité parfaite. Après s'être confessé et avoir reçu l'Extrême-Onction, il pria son compagnon de lui donner son crucifix, de lui changer son scapulaire, de vouloir bien écrire à son père en France, de récompenser deux ou trois personnes qui l'avaient servi dans sa maladie, et il ajouta : « Quand il en sera temps, je vous avertirai de me donner une dernière absolution et l'indulgence in articulo mortis. » C'était le 7 novembre 1843. Vers une heure après minuit, il appelle le Père. « Le moment est venu », dit-il ; il reçut la dernière absolution, et ne tarda pas à s'endormir dans le Seigneur.
Des quatre Pères qui inaugurèrent la Nouvelle Mission du Maduré, il ne restait plus, à la fin de 1843, que le P. Jos. Bertrand, dont la santé, tant à cause de ses travaux excessifs, que par les effets du poison que les schismatiques lui avaient administré, se trouva tellement compromise que les médecins jugèrent nécessaire son retour en Europe. Il y avait, d'ailleurs,