I VOYAGE EN EUROPE
dans cette maison de Vais près Le Puy, où la Province de Lyon avait son scolasticat, qui comptait, en 1851, quatre-vingt-cinq étudiants. La communauté entière se composait de 132 membres, et avait à sa tête l'aimable P. Joseph Bon. Nous aimons, disons-nous, à voir Mgr Canoz au sein de cette grande famille, et cette ardente jeunesse se pressant autour de l'évêque missionnaire. Avec quelle avidité elle écoutait ses récits ! Il avait tant de choses à raconter sur cette Mission renaissante, sur les missionnaires qui l'avaient rétablie au prix de leur vie, sur leurs travaux et leurs souffrances dont il avait eu sa bonne part, sur la belle mort de ces généreux apôtres, sur l'héritage qu'ils avaient légué à leurs successeurs et qu'ils ne suffisaient pas à recueillir : tant de païens, en effet, à éclairer ; tant d'hérétiques à retirer de l'erreur ; tant de schismatiques à ramener au bercail ! Dieu sait les germes de vocations aux missions indiennes qui furent alors déposés au fond des cœurs.
Mgr Canoz revit Rome au mois de juillet 1852. Une dernière fois il reçut la bénédiction du Saint-Père pour lui et pour sa Mission. Il venait de s'embarquer pour le Maduré, lorsque un décret du Général de la Compagnie, daté du ier septembre 1852, détacha la province de Toulouse de celle de Lyon. Ce premier partage en amena un autre : celui des Missions que la province de Lyon avait jusqu'alors entretenues. Lyon garda le Liban et l'Algérie; le Maduré et Madagascar furent attribués à la nouvelle province de Toulouse.
Dans les premiers mois de 1853, Mgr Canoz se retrouvait au milieu des siens. Avec quel bonheur le
Le Maduré. — I.
père revoyait ses enfants et les enfants leur père ! « Enfin me voici rendu à mon poste après environ deux ans d'absence! J'ai trouvé ici (à Trichinopoly) une nombreuse réunion de Pères qui m'attendaient avec impatience. Quelle joie de nous revoir, de nous embrasser, de nous entretenir de la Compagnie, des Supérieurs, de nos Frères, de leurs œuvres, de leurs épreuves ! » C'est ainsi que l'évêque annonçait son retour au R. P. Maillard, devenu premier Provincial de Toulouse.
II. Les épreuves, en effet, n'avaient pas manqué aux missionnaires durant l'absence du Vicaire Apostolique, particulièrement dans les districts du sud et du centre. Celle que nous allons raconter avait commencé avant le départ de Sa Grandeur pour l'Europe.
Nous avons suivi Mgr Canoz dans sa visite des chrétientés de la côte. Nous l'avons vu prodiguera ces populations les témoignages de son indulgente charité ; accueillir avec amour les pécheurs repentants ; et, où le désordre et les troubles avaient régné, rétablir la tranquillité et la paix. Cette heureuse paix ne devait pas durer longtemps. Le semeur de discorde se trouva être encore le chef des Paravers, le fils et le trop digne successeur de celui dont une mort subite avait terminé la vie scandaleuse. Lors de la visite de l'évêque, cet homme s'était tenu sur la réserve; il n'en avait pas moins vu de mauvais œil les ovations faites au Vicaire Apostolique. Blessé dans son orgueil, comme si ce triomphe eût été pour lui une défaite, il avait amassé dans son cœur des trésors de colère et de rancune. Il lui fallait