‹ Le MaduréChapitre 118 sur 172 · MARIE AUXILIATRICE · texte numérisé non relu

MARIE AUXILIATRICE

ne se tinrent pas pour battus. N'avaient-ils pas tout un bataillon de témoins prêts à déposer en leur faveur? On les accusait d'avoir, sans provocation aucune, attaqué et maltraité les catholiques, de s'être emparés de leurs drapeaux et de leurs croix d'argent ; ne pouvaient-ils pas nier ces faits et retourner contre les catholiques l'accusation d'agression? C'est, en effet, ce qu'ils firent, avec une audace et un ensemble qui laissèrent le juge en suspens. Il n'y avait qu'un moyen de confondre ces imposteurs : c'était de montrer entre leurs mains les objets volés. Mais où les trouver ? C'est alors que Marie daigna encore venir en aide à ses serviteurs.

Le 24 mai, fête de Notre-Dame Auxiliatrice, le P. Laurent et son Supérieur, bien qu'éloignés l'un de l'autre, se sentirent tous les deux inspirés de faire encore appel à leur céleste Protectrice, pour qu'elle voulût bien les mettre sur la voie des objets dérobés. Or, ce jour-là même, à 9 heures du soir, un chrétien se présenta au P. Laurent et lui dit : « Les deux croix d'argent et les drapeaux sont cachés dans telle maison ; cherchez bien et vous les trouverez. » Le Père avertit la police ; des perquisitions furent faites dans la maison indiquée ; on fouilla jusque dans la toiture, et c'est là qu'on retrouva les drapeaux et les croix. Le magistrat rendit sur-le-champ une sentence foudroyante contre les schismatiques,et les Pères offrirent leurs plus vives actions de grâces à Marie Immaculée.

Tandis que les missionnaires du sud se défendaient contre les attaques du schisme, ceux du centre avaient cru pouvoir prendre l'offensive.

Les anciennes églises, dans tous les principaux centres, étaient restées au pouvoir des prêtres schismatiques ; et les magistrats anglais, se basant, comme nous l'avons dit, sur le droit du premier occupant, les avaient confirmés dans cette possession. L'idée vint au P. Clément Castanier de s'enquérir de la jurisprudence que les Anglais pratiquaient à l'égard des sectes religieuses qui fourmillent dans l'Inde. Il découvrit que les procès ou querelles qui venaient à surgir entre personnes d'une même secte, étaient jugés et décidés conformément aux principes et aux lois qui régissent cette secte. L'application de cette règle aux querelles entre les missionnairesetles prêtres schismatiques était àl'avantage des premiers. Les uns et les autres se disaient catholiques; tous les catholiques doivent reconnaître l'autorité du pape; or le pape attribuait aux missionnaires toutes les églises de la Mission. La conclusion était toute simple ; et, à moins d'admettre que la Religion catholique seule ne saurait se réclamer d'un principe qui, en tout autre cas, est considéré comme décisif, un magistrat ne pouvait pas, ce semble, ne point l'admettre. Les hommes les plus experts étant de cet avis, on résolut de faire une tentative.

Parmi les anciens sanctuaires occupés par les schismatiques, les chrétiens et les missionnaires regrettaient particulièrement celui de Sarougany, au centre du Marava. Il avait été construit au siècle dernier par le P. Rossi ; c'était comme un lieu de pèlerinage vénéré dans toute la contrée. En outre, Sarougany était une sorte de petite principauté qu'un seigneur du Marava avait, dit-on, donnée en fief

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