‹ Le MaduréChapitre 119 sur 172 · ESPÉRANCES DÉÇUES · texte numérisé non relu

ESPÉRANCES DÉÇUES

à un ancien missionnaire, en reconnaissance des services qu'il en avait reçus. Depuis la suppression de la Compagnie, l'administration de l'église et du fief était passée aux prêtres goanais. Bien qu'il eût perdu beaucoup de son importance d'autrefois , Sarougany restait toujours le point central du Marava, et il y avait lieu d'espérer que, ce poste une fois conquis, on aurait peu de peine à se rendre maître des autres positions. L'église, pour le moment, était sans pasteur ; les chrétiens appelaient les missionnaires ; le P. Castanier répondit à leur appel.

Il avait à peine pris possession du lieu, que les prêtres schismatiques lui intentèrent un procès devant le juge de Maduré. Le Père établit sa défense sur le principe que nous avons signalé. Ses raisons furent admises par le tribunal ; une sentence favorable fut rendue, basée expressément sur le Bref Multa prœclare et sur les Bulles du Vicaire Apostolique, lequel, disait le juge, avait seul autorité, de la part du Pape, sur toutes les églises de son vicariat. C'était parler d'or ; et si ce principe avait était adopté, comme l'équité semblait le demander, c'eût été la fin du schisme (1852).

La conquête de Sarougany fit naître les plus belles espérances. Le P. Castanier l'annonça au R. P. Maillard : « Je viens vous dire que nous avons combattu et «vous inviter à vous réjouir avec nous de la victoire que nous avons remportée, victoire très importante en elle-même, et plus importante encore par le principe qu'elle consacre et par les conséquences qu'elle nous promet. » Les chrétiens fidèles au pape étaient dans

la jubilation. Les nouvelles églises, que les missionnaires avaient construites pour eux, n'avaient pu les consoler de la perte de leurs anciens sanctuaires. Ils venaient de recouvrer celui de Sarougany ; ne pouvaient-ils pas recouvrer de même ceux deTrichinopoly, d'Aour, etc.? Dans cette espérance, ils poussaient les Pères à lancer un nouveau procès. « Cependant nous hésitions, dit Mgr Canoz ; nous n'osions avancer sur un terrain si dangereux; mais les événements nous entraînèrent insensiblement. La confiance que nous inspirait le jugement de Maduré, les avantages immenses qui en résulteraient pour toute la Mission, nous rendirent plus faciles à céder. » Un procès fut intenté par les chrétiens de Trichinopoly; les missionnaires les soutinrent. On plaida devant les tribunaux de première et de seconde instance; de tribunal en tribunal on arriva jusqu'à la haute cour de Madras. L'issue ne pouvait être plus malheureuse. Sous le prétexte que les procès auraient dû être dirigés contre l'archevêque de Goa et non contre les prêtres goanais ses mandataires, la haute cour débouta les Pères de leur demande et cassa la sentence du juge de Maduré. Les missionnaires furent expulsés de Sarougany; les frais des procès restèrent à leur charge.

C'était une défaite plus déplorable encore dans ses résultats, qu'humiliante en elle-même. Tandis que les schismatiques triomphaient et exploitaient leur triomphe, la consternation et la démoralisation s'emparèrent des chrétiens. On vit alors combien ils restaient attachés à leurs anciennes églises, dont ils se croyaient privés sans retour. Impossible de décrire leur

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