CONCORDAT
caire de Jésus-Christ ne sacrifiait-il pas ses meilleurs auxiliaires ? Que deviendraient les vicaires apostoliques, et les missionnaires leurs collaborateurs, quand le Portugal s'aviserait de créer un évêché dans tel ou tel vicariat ? Qu'adviendrait-il des chrétientés, qui jadis étaient tombées dans une condition si misérable, lorsqu'elles étaient administrées par des prêtres indoportugais ?
A ces questions nous répondons : Sans doute, dans le cas où le Portugal aurait profité de la facilité que lui laissait le Saint-Siège, d'établir et de doter des évêchés dans l'Inde entière, le Vicaire de Jésus-Christ se serait vu dans la nécessité d'imposer aux missionnaires un sacrifice dont il n'est guère possible de mesurer l'étendue. Mais le Saint-Père connaissait l'esprit d'obéissance et d'abnégation de ses fidèles serviteurs. Il aurait ouvert ailleurs un autre champ à l'exercice de leur zèle; sur un ordre ou un simple désir de Sa Sainteté, ils s'y seraient transportés, heureux de faire en cela encore la volonté de Dieu.
Quant aux chrétiens, leur condition eût été bien à plaindre s'ils avaient dû retomber dans l'état où ils se trouvaient avant l'arrivée des missionnaires envoyés par le Saint-Père. Mais si le Portugal était sincère, c'est-à-dire, si en acceptant l'honneur du protectorat, il en assumait aussi les charges et les obligations ; — et Rome évidemment l'entendait ainsi, et elle en faisait une condition sine qua non de ses concessions ; — le Portugal était tenu de présenter pour évêques des hommes de science et de vertu, de leur fournir l'argent nécessaire pour établir et maintenir des séminaires
d'où sortiraient des prêtres pieux et instruits, pour fonder des écoles, des collèges, etc. Si ces conditions étaient remplies, le sort des chrétientés était assuré ; si elles ne l'étaient pas, Rome recouvrait sa liberté, et le Portugal ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même si les privilèges qui lui avaient été accordés, lui étaient retirés.
Mais tout ce que nous venons de dire n'est qu'une pure hypothèse. En réalité, Rome ne pouvait guère espérer que les conditions auxquelles s'obligeait le Portugal, seraient jamais remplies. En effet, le Vicaire Apostolique, se retirant avec ses missionnaires, aurait dû être remplacé par un évêque portugais amenant à sa suite un clergé portugais. Cet évêque et son clergé eussent hérité des œuvres que les missionnaires avaient établies,c'est-à-dire d'un collège qui réclame tout un corps de professeurs distingués, de nombreuses écoles dont il faut payer les maîtres, de communautés religieuses qu'il faut entretenir, d'un certain nombre d'orphelinats, d'hospices, de catéchuménats, etc. Pour maintenir tant d'établissements, les missionnaires ont les secours que l'Œuvre de la Propagation de la Foi et l'Œuvre de la Sainte-Enfance allouent aux missions catholiques. Mais l'Inde, divisée en évêchés portugais, desservie par un clergé portugais, cessait d'être un pays de missions ; le Portugal prenait sur lui-même de soutenir de ses propres deniers les œuvres qui auparavant vivaient des aumônes de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance. Or, il y avait plus qu'une très grande probabilité, il y avait une certitude morale que le Portugal, vu ses antécédents, vu l'esprit de ses
LA 4e CLAUSE.
o-ouvernants, vu le déplorable état de ses finances, ni ne voudrait, ni ne pourrait s'imposer de tels sacrifices; que, par conséquent, les obligations qu'il assumait ne seraient jamais remplies. Ce qu'il était facile de prévoir, arriva ; les six années laisséesau cabinetde Lisbonne pour l'exécution des clauses concordataires, s'écoulèrent ; Goa reçut un nouvel archevêque, ayant juridiction ordinaire sur le diocèse de Goa, extraordinaire sur les prêtres et les chrétiens ci-devant schismatiques, et ce fut tout. Le Portugal ne put se résoudre à débourser l'argent nécessaire pour la fondation d'un seul évêché. D'où nous concluons que Rome, tout en paraissant sacrifier ses missionnaires, avait tout simplement concédé au Portugal ce qui devait le mettre dans son tort. En poussant les concessions jusqu'aux limites du possible, elle n'avait pas seulement montré son grand désir d'en venir à un accommodement qui mît fin au schisme dans l'Inde ; elle avait de plus ôté au gouvernement portugais tout motif raisonnable de plainte à l'avenir. Mais si le troisième article du concordat était au fond assez inoffensif, parce qu'il était inexécutable, il n'en était pas de même du dernier. Cet article stipulait que le nouvel archevêque de Goa recevrait, sous sa juridiction extraordinaire, les églises et les territoires où l'autorité du Vicaire Apostolique n'était pas reconnue à l'époque où fut signé l'accord entre Rome et le Portugal. L'archevêque de Goa étant nommé (il fut nommé en 1862), cette clause devait recevoir son exécution immédiate ; or ceci aurait entraîné des conséquences déplorables pour ce qui regarde le Maduré. Ce point demande à être éclairci.
La position des missionnaires du Maduré, si on la compare à celle où l'on se trouvait dans les vicariats voisins, était tout à fait exceptionnelle. Dans les vicariats de Coïmbatour et du Maïssour il n'y avait pas un seul prêtre goanais ; partant le schisme y était inconnu. Pondichéry n'avait que deux prêtres schismatiques, occupant des postes insignifiants. Le Maduré, au contraire, ayant été envahi par les prêtres goanais qui, à l'arrivée des missionnaires envoyés parle Saint-Siège, se mirent en révolte contre l'autorité légitime, ceux-ci s'étaient trouvés en face d'un parti schismatique contre lequel la lutte s'imposait de toute nécessité.
Ils luttèrent donc, au nom de Dieu et de son Vicaire sur la terre. La guerre fut longue, meurtrière pour un grand nombre ; les défenseurs de l'unité eurent leurs revers; mais, en fin de compte, ils firent de précieuses conquêtes. Rome, cependant, soutenait leur courage, leur adressait des lettres de félicitations, les exhortait à persévérer dans la lutte, témoin la lettre suivante du cardinal Barnabo, Préfet de la Propagande.
« Il m'a été extrêmement agréable d'apprendre que le Seigneur a bien voulu récompenser les fatigues apostoliques et le zèle infatigable du P. Castanier par le retour à l'autorité légitime de nombreuses églises dans le Marava. Aussi, tout en rendant à l'Auteur de tout bien les actions de grâces qui lui sont dues, je ne saurais omettre de témoigner à Votre Révérence, au P. Castanier et à ses collaborateurs, ' ma particulière satisfaction. En même temps, je les exhorte à poursuivre leur œuvre, mettant toute leur ardeur à cultiver le champ que le Père de famille leur a confié, sans