DIFFICULTÉ CAPITALE
s'arrêter aux considérations humaines et sans se préoccuper des éventualités futures. »
Cette lettre était adressée au R. P. Bruni qui, durant l'absence de Mgr Canoz, remplissait les fonctions de provicaire. Elle portait la date du 13 août 1859: deux ans et demi après la signature du concordat ! Les conquêtes, dont l'éminent cardinal félicitait les missionnaires, étaient toutes récentes, postérieures, pour la plupart, de deux ans à la date de ce même concordat, dont les Pères n'avaient pas encore entendu parler. Elles se résumaient dans le retour à l'unité catholique de douze à quinze mille chrétiens.
Or, ces douze ou quinze mille chrétiens, conquis à l'unité dans les conditions que nous venons de signaler, devaient, en vertu du dernier article du concordat, être soustraits à l'obédience du Vicaire Apostolique, et passer, avec leurs églises, sous la juridiction de l'archevêque de Goa. Pour montrer combien cette rétrocession eût été déplorable, nous n'avons rien de mieux à faire que de laisser parler Mgr Canoz. Voici comment il s'en exprimait dans une lettre adressée au commissaire envoyé de Rome pour régler, de concert avec le commissaire de Portugal, les questions relatives au concordat. La lettre est du 28 janvier 1863.
« Nous sommes entrés en possession de ces églises, disait Mgr Canoz, non seulement avec la permission, mais avec l'approbation solennelle de la Sacrée-Congrégation de la Propagande. Pourrait-on supposer que le Saint-Père, après nous avoir exhortés à faire tous nos efforts pour soumettre ces églises à notre obéissance, même après la signature du concordat, veuille
maintenant nous en déposséder ? Il est sûr que si les missionnaires avaient pu supposer une pareille intention, ils se seraient bien gardés de travailler, avec tant de peines et de fatigues, à une œuvre qui devait plus tard tourner à la ruine des missions et des âmes, plutôt qu'à leur profit. Car, si on nous force à rendre ce que nous avons pris, ou plutôt ce que les chrétiens nous ont donné, de deux choses l'une : ou bien notre conduite sera taxée de brigandage et d'imposture, pour avoir trompé les populations et agi de notre propre chef; ou bien, ce qui est plus grave encore, l'honneur du Saint-Siège serait publiquement compromis, puisqu'on ne manquerait pas de l'accuser de se mettre en désaccord et en contradiction avec lui-même. »
Le Commissaire Apostolique à qui cette lettre était adressée, était Mgr Salvador Saba, de l'ordre des Capucins, archevêque de Carthage. Il était arrivé dans l'Inde le j 6 décembre 1862, en compagnie de Mgr Jean-Chrysostome d'Amorim Pessoa, le premier archevêque de Goa investi de la juridiction extraordinaire.
Il va sans dire que l'archevêque de Goa et le commissaire de Sa Majesté Très-Fidèle tenaient pour l'exécution de l'article concordataire; Mgr Saba lui aussi penchait dans le même sens. Le cardinal Barnabo, auquel Mgr Canoz en avait référé, ne pouvait guère répondre autre chose, sinon que le commissaire du Saint-Siège ayant été investi de pleins pouvoirs, c'était à lui de tout régler. Il y eut alors pour Mgr Canoz une heure de terrible angoisse, sous la pression de laquelle il écrivait au cardinal Barnabo : « Je viens