UN ACCOMMODEMENT
de dire le Consummatum est avec le calme de la résignation. J'ai fait mes observations, comme il était de mon devoir. Il ne me reste plus qu'à baisser la tête et à me soumettre en paix, quoi qu'il arrive, puisque ma responsabilité se trouve entièrement dégagée. Je prévois bien qu'il faudra nous résigner à boire le calice jusqu'à la lie ; puisse l'amour de Jésus-Christ nous en adoucir l'amertume ! »
La solution de cette «rosse difficulté vint du côté d'où on devait le moins l'attendre. Dans le courant de l'année 1861, un an, par conséquent, avant l'arrivée de l'archevêque de Goa, mais quatre ans après la signature du concordat, vingt-huit églises de la côte Malabare s'étaient données à l'administrateur de Cochin et, en conséquence, étaient passées sous la juridiction goanaise. Aux termes du dernier article du concordat, ces églises devaient rentrer sous l'obédience du Vicaire Apostolique de Vérapoly. Mais l'archevêque de Goa ne l'entendait pas ainsi. Il fît observer que les chrétiens du Malabar s'étaient volontairement donnés à lui, qu'ils ne consentiraient jamais à se soumettre à l'archevêque de Vérapoly, mais se feraient plutôt protestants ou païens ; qu'il fallait prendre en pitié ces pauvres âmes : autant de raisons dont Mgr Canoz pouvait s'emparer, en les appliquant aux églises du Marava. Sa Grandeur fît remarquer l'inconséquence. Un accommodement s'en suivit. Il fut réglé que les chrétiens du Malabar resteraient attachés à l'archidiocèse de Goa, et que l'archevêque renoncerait à ses droits sur les chrétientés du Maduré qui, même après le 21 février 1857, étaient passées sous la juridiction du
Vicaire Apostolique. Le P. Bruni reçut la première assurance de cet arrangement de la bouche même du Commissaire du Saint-Siège, à Otacamund, où Mgr Saba avait établi sa résidence, et le prélat confirma lui-même cette décision à Mgr Canoz, auquel fut ainsi épargné le calice qu'il avait accepté avec tant de résignation.
Cette question des églises est à peu près la seule que Mgr Saba réussit à terminer. En arrivant aux Indes il avait espéré, un peu naïvement peut-être, que le Portugal ferait face à ses obligations ; les refus auxquels il se heurta firent vite évanouir cet espoir. Ne pouvant accorder ce qu'il prévoyait devoir entraîner la ruine des âmes, ni obtenir du commissaire portugais qu'il consentît à aucun sacrifice, il en conçut une immense douleur à laquelle il succomba, le 29 mai 1 863. Son assesseur, Mgr Howard, fut rappelé à Rome. M. Despommier, plus tard Vicaire Apostolique de Coïmbatour, qui les avait assistés l'un et l'autre, s'y rendit aussi ; il était porteur de lettres et de rapports adressés par les évêques au Saint-Père. Rome se contenta d'attendre; le Portugal persista dans son inaction, et le concordat de 1857 resta à l'état de lettre morte.
Néanmoins un résultat important s'était produit : les prêtres et les chrétiens qui, à l'arrivée aux Indes des deux commissaires et de l'archevêque de Goa, c'est-à-dire en 1862, étaient encore en rébellion contre les Vicaires Apostoliques, tombèrent sous la juridiction extraordinaire de l'archevêque. Le Maduré garda donc son statu quo, avec le schisme en moins et la Double Juridiction en plus.