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LA DOUBLE JURIDICTION

En somme, la Mission avait-elle gagné à ce changement ?

Avant tout, il importe de se faire une juste idée de cette double juridiction. Prenons, comme exemple, la ville de Trichinopoly. Avant 1862, cette ville avait un prêtre, une église et environ 2,000 chrétiens en révolte contre le Vicaire Apostolique, leur Supérieur légitime: ils étaient, par conséquent, schismatiques. En cette même année, Rome leur donne pour Supérieur ecclésiastique l'archevêque de Goa ; ils reconnaissent l'autorité de ce dernier ; leur position est régularisée. Les fidèles de Trichinopoly formeront désormais deux chrétientés parfaitement distinctes et indépendantes, et cependant plus ou moins mêlées ; car la même rue, parfois la même maison, peuvent être habitées par des chrétiens qui ne sont pas de la même obédience. Voyons maintenant quelles seront les conséquences. — Le Supérieur de l'une des chrétientés est sur les lieux ; celui de l'autre est à plus de 400 milles de distance. C'est-à-dire, l'un a sous ses yeux ses prêtres, ses chrétiens; il donne des ordres, et il s'assure qu'ils sont exécutés; il signale des abus, et il veille à ce qu'ils cessent; il connaît les besoins de ceux qui lui sont confiés, et il prend les moyens qu'il juge les meilleurs pour y pourvoir. L'autre ne peut être instruit de l'état de sa chrétienté que par des rapports dont il lui est impossible de contrôler l'exactitude. Il pourra donner une direction, même un ordre; comment saura-t-il que cette direction a été suivie, que cet ordre a été exécuté ? Il entendra parler d'abus ; qui lui dira le moyen de les extirper ? Saurait-il trouver le moyen et le prescrire,,

comment en assurer l'emploi ? Il est évident que les chrétiens et les prêtres placés sous la juridiction extraordinaire, par le fait qu'ils sont soustraits à la surveillance de l'autorité ecclésiastique , seront dans une condition tout à fait défavorable au point de vue de leurs intérêts spirituels.

Ce n'est pas tout ; les conflits entre prêtres et chrétiens des deux juridictions seront inévitables. L'expérience montre assez qu'il en est ainsi partout où deux juridictions distinctes fonctionnent côte à côte ; il en serait ainsi dans n'importe quel diocèse du monde, si une partie du troupeau, une fraction de ville ou de village, était soustraite à l'ordinaire du lieu et placée sous la juridiction d'un évêque étranger. Ces sortes de conflits sont inhérents à la nature humaine. Mais ailleurs du moins ils pourraient n'être que des accidents ; la paix, la bonne entente seraient l'état ordinaire. Au Maduré il ne pouvait guère en être ainsi, à cause des dispositions de l'une des deux parties. Ou'étaient-ce, en effet, que ces prêtres et ces chrétiens qui relevaient désormais de l'archevêque de Goa? C'étaient d'anciens révoltés qui, pendant de longues années, avaient bravé l'autorité du Saint-Siège, qui auraient persévéré dans leur révolte, si le Saint-Siège ne les avait, en quelque sorte, mis dans l'impuissance d'y persévérer. Les prêtres goanais, en reconnaissant l'autorité de l'archevêque de Goa, n'avaient pas changé leurs dispositions à l'égard des Vicaires Apostoliques, ni, en un sens, à l'égard de l'autorité du Vicaire de Jésus-Christ. A leurs yeux, les Vicaires Apostoliques et leurs missionnaires étaient toujours des usurpateurs qui, au mépris de droits im-

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