‹ Le MaduréChapitre 130 sur 172 · CONFLITS INÉVITABLES · texte numérisé non relu

CONFLITS INÉVITABLES

prescriptibles, s'étaient emparé du champ dont les prêtres goanais étaient légitimes possesseurs. A leurs yeux, la suprême majesté était celle du roi Très-Fidèle, et ses décrets pesaient plus dans la balance que les décisions émanées de la cour romaine. Que ces dispositions ne fussent pas également prononcées chez tous, qu'il y eût même, surtout parmi les prêtres nouveaux venus, des exceptions, nous le voulons bien ; mais c'étaient les dispositions du clergé goanais considéré comme corps; et des prêtres elles passaient dans les chrétiens de leur obédience. Que pouvait-il en résulter, sinon un état d'hostilité entre les fidèles des deux juridictions, et une multitude d'embarras pour les missionnaires et pour le Vicaire Apostolique?

Les embarras et les conflits d'autorité auraient été bien amoindris, si les prêtres de la juridiction goanaise avaient été des hommes de science et de conscience. Mais l'ignorance sera le triste apanage du plus grand nombre ; et, avec l'ignorance, une telle élasticité, ou plutôt une telle absence de principes, qu'ils pourront permettre ou tolérer de flagrantes violations des lois ecclésiastiques ou divines ; permettre, par exemple, que des parents chrétiens envoient leurs enfants aux écoles où s'enseigne la religion protestante ; que les chrétiens des basses castes fassent de la musique aux solennités païennes ou travaillent pour le service des pagodes ; que des enfants contractent l'union matrimoniale avant d'avoir atteint l'âge canonique. Pour eux les limites de juridiction seront comme non avenues; ils marieront les chrétiens de l'autre obédience sans autorisation aucune, sans se préoccuper des empêchements.

Un abîme appelle un autre abîme. Tandis que les chrétiens de la juridiction goanaise sont administrés par des prêtres qui font assez bon marché du droit naturel et du droit canonique, ceux de l'autre juridiction devront obéir à des pasteurs qui ne connaissent pas de compromis avec les lois de l'Eglise et la voix de la conscience. Ce que les prêtres goanais autorisent, les missionnaires seront obligés de le défendre ; les chrétiens d'une juridiction se verront donc interdit ce que les chrétiens de l'autre juridiction peuvent pratiquer en toute liberté. De là des scènes comme celleci : « Père, je veux marier ma fille à un tel. — Mon ami, cela ne se peut pas : ta fille n'a pas l'âge; de plus il y a un empêchement du premier degré. — Mais mon voisin a marié la sienne qui est plus jeune, et il l'a mariée à un parent tout aussi rapproché. — Ton voisin appartient aux goanais ; je n'ai rien à y voir. — Mais le prêtre a béni le mariage. — Mon ami, encore une fois, je ne puis faire ce que l'Église me défend, etc. A quoi aboutira un tel dialogue, si le chrétien n'est pas de bonne trempe, s'il s'entête ? A une conclusion comme celle-ci : Puisque le souami refuse de faire le mariage, je m'adresserai au prêtre goanais.

Puisque Trichinopoly est le lieu que nous avons choisi pour montrer comment s'exerce la double juridiction, nous signalerons un fait qui s'est passé dans cette ville, il y a une douzaine d'années. Dans un quartier de la cité, les chrétiens, de leur propre mouvement et à leurs frais, s'étaient bâti une église. L'église bâtie, ils voulurent avoir un prêtre pour la desservir. Mgr Canoz leur fit observer qu'il n'avait

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