UN EXEMPLE
pas de prêtre dont il pût disposer, que leglise commune n'était qu'à quelques pas de leurs maisons. Cette réponse ne les satisfit pas. En pareil cas il se trouve toujours quelques mauvaises têtes qui ne reculent pas devant les moyens extrêmes : « Si Sa Grandeur ne veut pas nous donner un prêtre, nous en trouverons un dans l'autre juridiction. » Ils disaient vrai; un prêtre goanais trouva moyen de s'arranger avec sa propre conscience de manière à répondre à leur appel ; grand scandale, dont tout Trichinopoly peut rendre témoignage, et qui ne cessa que lorsque le Vicaire Apostolique consentit à satisfaire, en partie, les exigences de ces chrétiens insoumis. Nous ne sachons pas que l'auteur du scandale ait été puni par ses Supérieurs.
Ce fait, pris entre beaucoup d'autres, peut donner une idée du genre d'ennuis et de difficultés suscités aux missionnaires par le contact ou le mélange des deux juridictions. Qu'avaient-ils gagné au nouvel état des choses ? Ce n'était plus la guerre ; ce n'était pas la paix ; à plusieurs même la guerre ouverte eût paru préférable. Longtemps ils avaient prié le Seigneur de les délivrer du schisme qui paralysait leurs efforts ; la double juridiction étant un obstacle à peine moindre à l'extension du royaume de Dieu, ils soupiraient maintenant après leur délivrance de la double juridiction. Elle pesait d'ailleurs au Saint-Siège autant qu'aux missionnaires, et si elle n'a pas été entièrement abolie, nous verrons que ce n'a pas été la faute du Vicaire de Jésus-Christ ('). Mais assez sur cette matière.
1. Nous devons à la vérité d'ajouter que la guerre sourde qui survécut à l'établissement de la double juridiction, ne commença pas tout
III. Les efforts des missionnaires, durant les années qui suivirent l'établissement de la double juridiction, tendirent surtout à doter la Mission de sanctuaires convenables, à consolider et à développer les œuvres précédemment établies, à améliorer la condition des ouvriers évangéliques. Les deux périodes précédentes, envisagées dans leur ensemble et leurs résultats, avaient été surtout des périodes de luttes et de conquêtes ; celle-ci fut plutôt une période de développement et de consolidation.
Ce qu'il fallait avant tout aux chrétiens du Maduré, c'étaient des églises. Celles que les missionnaires avaient conquises sur les anciens schismatiques, quelque chères qu'elles fussent aux fidèles, étaient pour la plupart, si on n'envisage que le gain matériel, de bien pauvres acquisitions : vieux édifices, mal éclairés, mal entretenus, dont les murailles et les voûtes lézardées menaçaient ruine. Il y avait d'ailleurs des chrétientés qui n'avaient jamais eu d'église, ou qui pouvaient à peine en retrouver les restes sous les
d'abord. Une lettre de Mgr Canoz au T. R. P. Beckx prouve même qu'il crut un moment à une paix définitive. « Le résultat de la paix avec les prêtres de Goa, disait Sa Grandeur, est d'avoir mis fin aux tracasseries, aux disputes et aux procès. Maintenant chacun reste avec le prêtre auquel il était uni à l'arrivée de l'archevêque de Goa. » Cette lettre était du mois de septembre 1864. — Mais en 1865, écrivant au cardinal Barnabo, il était beaucoup moins explicite. « Les prêtres de Goa, disait-il, s'observent davantage et sont plus réservés, sauf quelques exceptions... ». Au mois de février 1866, tout était changé. Il écrivait au même Cardinal: « Les embarras qu'entraîne la double juridiction ne font qu'augmenter de jour en jour, au détriment de la paix et au risque de troubler la conscience des missionnaires. Pour les prêtres de Goa, en général, ils ne se font pas scrupule de bénir les mariages qui se présentent à eux, même lorsqu'ils appartiennent à notre juridiction. »