ÉDIFICES RELIGIEUX
herbes et les ronces ; qui, pour maison de prière, devaient se contenter d'un hangar fait de lattes de bambous et recouvert de feuilles de palmier, ou d'une masure en terre qu'une pluie un peu forte, un vent un peu violent, pouvaient jeter à bas. C'était un grand déficit ; car l'église est comme le cœur d'une chrétienté ; si l'une manque ou se trouve dans un état misérable, l'autre végète plus ou moins. Cela est vrai partout ; c'est encore plus vrai pour des chrétientés nées au milieu du paganisme et exposées à tomber dans les pièges de l'hérésie. Dans l'Inde, le paganisme montre avec orgueil ses pagodes et leurs immenses richesses, auxquelles la politique anglaise n'a pas osé toucher. A l'époque dont nous parlons, le protestantisme avait déjà élevé à grands frais des temples somptueux. Pour relever la religion catholique aux yeux des païens et leur inspirer le désir de l'embrasser, il fallait lui donner des sanctuaires dignes d'elle ; il le fallait encore pour détourner les fidèles des temples hérétiques.
Les missionnaires le comprirent et mirent la main à l'œuvre. Autant que leurs ressources le permirent, ils construisirent églises et chapelles. Quelques-uns de ces sanctuaires méritent une mention spéciale.
Dans le district du nord, nous signalerons la charmante petite église de Manarcoudy et la grande église de Pattoucottey. Au centre de la première s'élève un dôme gracieux, auquel viennent aboutir quatre bras de croix d'égale longueur. La seconde est remarquable par la largeur de sa nef et sa majestueuse coupole qui s'élève à une hauteur de soixante-quinze pieds.
Nous mentionnerons aussi l'église de Tanjaour, élégant sanctuaire à trois nefs, dédié au Sacré Cœur de Jésus, et capable de contenir 2,000 personnes. Commencé en 1866, il ne fut achevé qu'en 1873. Il doit son existence, en partie, aux riches offrandes d'un chrétien du Maduré.
Dans la mission du centre, nommons en premier lieu l'église Saint-Joseph de Dindigul, bâtie à l'aide des aumônes recueillies par le P. Saint-Cyr. La première pierre en fut posée le 24 octobre 1866, et six ans après, presque jour pour jour, eut lieu l'inauguration de l'édifice. Ce sanctuaire est tout dans le style gothique; la façade est flanquée de deux grandes tours terminées en flèche ; les contreforts sont surmontés de tourelles élancées ou d'élégants clochetons que l'œil aperçoit de loin, semblables à une forêt aérienne.
L'ancienne église de Souranam, conquise sur le schisme au prix de tant de luttes et de procès, n'était qu'un édifice ruineux qu'il fallait reconstruire à neuf; gros travail que le P. Edmond Favreux entreprit sur les fonds de la Providence. « Ma pauvre église de saint Jacques va bien lentement, écrivait-il en 1863; elle sera grande ; c'est tout ce que je puis en dire. Je m'accuserais d'avoir été trop entreprenant, si ce n'était se défier de la Providence, qui ne saurait manquer à une œuvre dont le but est la plus grande gloire de Dieu. » La Providence, en effet, lui vint en aide. En 1869 l'église Saint-Jacques de Souranam était terminée, et Mgr Canoz, en personne, en faisait solennellement la dédicace.
Vers la même époque s'achevait, dans une autre