ÉDIFICES RELIGIEUX
partie du Marava, la grande et belle église de Couttelour, dédiée à l'Immaculée Conception.
Dans le district du sud , l'intéressante colonie d'Adeikalabouram, que nous avons mentionnée au chapitre précédent et dont nous reparlerons bientôt, vit le pauvre hangar qui lui avait d'abord servi de maison de prière, remplacé par une belle église gothique. Vers le même temps, Palamcottah s'embellissait d'un sanctuaire aux proportions modestes, mais d'une élégance et d'un goût parfait. Son portique est surmonté d'une tour octogonale, légère et gracieuse, qui monte à une hauteur de quatre-vingts pieds, et domine glorieusement Palamcottah et Tinnevelly.
Après dix-sept années de labeur patient, le P. Joseph Grégoire dotait la grande chrétienté de Vadakenkoulam d'une église probablement sans pareille au monde. Cette chrétienté se compose de deux castes, les Vellages et les Sanars. Les premiers affirmant leur supériorité et les autres refusant de se reconnaître inférieurs, il était impossible de les accommoder dans le même vaisseau. Pour contenter ces grands enfants, qu'il est inutile de raisonner lorsqu'il s'agit de l'honneur de la caste, on prit le parti de bâtir une église en forme de compas ouvert ; savoir deux nefs séparées, écartées à leurs bases, se rapprochant de plus en plus, et aboutissant par leur sommet à un sanctuaire commun. L'une des deux nefs est occupée par les chrétiens de la caste des Vellages, l'autre par la caste des Sanars. Quand le prêtre à l'autel se tourne vers le peuple, il a ceux-ci à sa gauche, ceux-là à sa droite. L'espace compris entre les deux nefs est un lieu couvert, une sorte de terrain
neutre. C'est dans ce lieu que le missionnaire se place pour entendre les confessions. Sanars et Vellages se succèdent alternativement, venant et revenant par le passage qui mène à leurs nefs respectives.
Il en coûte partout, de bâtir. Mais, ailleurs du moins, pourvu que l'argent ne manque pas, on s'en tire du reste assez facilement. Il n'en est pas ainsi au Maduré, surtout dans le Marava. « Il faut, dans la rigueur du terme, créer les matériaux , c'est-à-dire, faire cuire les briques, brûler la chaux, charrier de loin le sable et le bois. Les ouvriers, en général, maçons et charpentiers, sont d'une inhabileté incroyable et d'une paresse désespérante. Ils reprennent, abandonnent les travaux à volonté. Il faut cependant, faute de mieux, s'en servir. C'est ce qui faisait dire à un missionnaire qu'il n'y a pour les constructeurs d'églises que deux beaux jours : celui où on pose la première pierre et celui où on fait la dédicace de l'édifice. » Ainsi parle le P. Saint-Cyr.
On avait espéré que l'érection de sanctuaires décents relèverait l'honneur de la vraie religion, ferait monter le niveau moral des chrétientés et donnerait un nouvel élan à la foi et à la piété ; les résultats répondirent à ces espérances. En plusieurs endroits il s'opéra comme une transformation. Des chrétiens qui étaient regardés, et qui se regardaient eux-mêmes comme la lie du peuple, apprirent à se respecter et à se faire respecter. La religion refleurit où elle avait été languissante. A Dindigul, par exemple, au lieu de cent ou cent cinquante personnes, un millier de fidèles se pressaient dans la nouvelle église pour assister aux offices du dimanche;