‹ Le MaduréChapitre 139 sur 172 · UNE AME D ELITE · texte numérisé non relu

UNE AME D ELITE

linat, que leur père arriva plus furieux que jamais. Mais il eut beau crier, pleurer, menacer et promettre, ses filles montrèrent tant d'énergie qu'il n'osa pas user de violence. Il me dit alors : « J'ai le cœur déchiré; mais enfin je suis père; je ne veux pas rendre mes filles malheureuses en les emmenant; je les laisse libres de rester ou de revenir quand elles voudront. »

« Ainsi s'acheva l'année 1876. Depuis, la plus jeune des sœurs a reçu le baptême et s'est mariée à un honnête chrétien. Quant au père, il est encore protestant. Dans ses longues et fréquentes visites à Adeikalabouram, il est resté sourd à mes exhortations, comme à celles de Maria. Il vient d'assister, la mort dans l'âme, à l'enterrement de sa fille qu'il aimait beaucoup; mais son cœur n'en reste pas moins fermé à la grâce. Je compte cependant sur sa conversion; car j'espère que sa sainte enfant est au Ciel et prie pour lui.

«Jusqu'en 1883, Maria avait mené la vie commune des orphelines. Vaillante au travail, très aimée des religieuses, elle était vénérée de ses compagnes. Vers le mois de septembre 1884, sa piété, sans être moins intérieure, sembla devenir plus apostolique. Elle sentit s'allumer dans son cœur un zèle dévorant, qui la poussait à parcourir les villes et les villages, pour aller donner le baptême aux petits enfants païens en danger de mort.

« Elle partit, accompagnée d'une autre femme d'un âge respectable et d'une vertu solide. Dans ses courses apostoliques, en quelques mois, Maria Regina a bien donné 200 baptêmes.

« Maria n'avait pas une forte santé. Quand je la

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voyais revenir pâle, fatiguée, j'aurais bien voulu lui imposer un long repos. « Père, me répondait-elle, laissez-moi aller donner des baptêmes et je guérirai ; si vous me forcez à rester icije deviendrai plus malade, à la pensée de tant d'enfants qui meurent sans baptême. » — Si j'insistais encore, elle reprenait : « Oh ! ce n'est pas la fatigue des voyages qui me rend malade; c'est un feu qui me brûle là. » Et elle montrait sa poitrine.

« Vers le Ier décembre 1884, la faiblesse de Regina devint si grande que je crus devoir lui défendre absolument de continuer ses courses apostoliques. J'espérais encore que le repos lui rendrait ses forces ; mais sa santé alla déclinant de plus en plus. Elle vient de mourir d'épuisement, après de cruelles souffrances supportées avec une admirable résignation. » — Maria Regina mourut le 25 février 1885, à l'âge de 25 ans. Le 15 janvier de l'année précédente Adeikalabouram avait célébré le trentième anniversaire de sa fondation. A cette date le P. Buisson écrivait à Mgr Canoz : « Quand on repasse en sa mémoire l'histoire d'Adeikalabouram ; quand on compte tous les petits anges qu'il a envoyés au Ciel pendant les trente années de son existence, le nombre de ceux qui ont survécu, les villages qu'ils ont formés ; lorsqu'on voit l'édification qu'ils donnent autour d'eux, l'heureuse influence qu'ils exercent sur les païens du milieu desquels ils sont venus, on ne peut pas ne pas s'écrier : Gloire à Jésus dont le nom est béni, au ciel et sur la terre, par les enfants d'Adeikalabouram (x). »

1. Le P. Buisson n'est plus de ce monde : mais son œuvre subsiste et

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Une autre œuvre d'une importance capitale, plus encore pour l'avenir que pour le présent, est celle du collège Saint-Joseph qui, depuis son transfert de Négapatam à Trichinopoly en 1883, s'est développé, par le seul fait de son déplacement, comme une plante qui, de frêle arbrisseau, deviendrait tout à coup un arbre majestueux. Nous ferons à part l'histoire de cet établissement. Mais Saint-Joseph est aussi une maison de formation religieuse ; quelques détails, à ce point de vue, trouvent ici leur place.

C'est dans cette maison que se forment à la science et à la vie religieuse, au sortir du noviciat, les jeunes gens que la Mission recrute parmi les meilleurs élèves du collège, ou qui lui arrivent de la province de Toulouse, des Ecoles Apostoliques de Bordeaux, de Poitiers, d'Avignon, de Turnhout, etc.; famille chérie que le Ciel grossit chaque année de quelques nouveaux membres. En même temps qu'ils s'exercent à la pratique des vertus solides sous la conduite de guides expérimentés, ils apprennent les langues du pays, quelques-uns le sanscrit, tous le tamoul et l'anglais, surtout l'anglais, qui doit remplacer leur langue maternelle. Plusieurs ont subi les examens auxquels sont attachés les titres ou grades universitaires; d'autres se préparent à les subir. Huit viennent de commencer leur cours de philosophie; sept en sont à leur troisième année de théologie et voient déjà poindre le jour où il leur sera donné de monter au saint Autel (1892). Saint-Joseph est donc une maison d'études littéraires

grandit toujours. On trouvera, à la fin du 2e volume, une notice sur cet excellent missionnaire.

et scientifiques, où les progrès des étudiants sont certifiés par les diplômes de l'Université de Madras; c'est aussi, pour les études de la philosophie et de la théologie, une sorte de Vais ou d'Uclès en petit. Les jeunes religieux attachés à cette maison, reçoivent non seulement la formation générale que la Compagnie donne à ses Scolastiques, mais, de plus, une formation spéciale qui les prépare en vue des ministères qu'ils auront à remplir dans la Mission.

Saint-Joseph est encore une sorte de séminaire pour le clergé séculier indigène. Sept jeunes Indiens y complétèrent en 1885, leurs études de théologie. Ils sont maintenant d'utiles auxiliaires.

Mais Saint-Joseph n'est pas un noviciat. Aussi, les jeunes gens qui arrivent d'Europe sans avoir terminé leur seconde probation, et c'est le cas du plus grand nombre, ne sont-ils pas d'abord admis au Collège. Ils ont leur maison, ou du moins leur quartier de maison à eux, où ils forment une communauté séparée, sous la direction d'un Père Maître. Là ils vaquent aux exercices du noviciat. Il est vrai que tous les expériments en usage dans les maisons de probation de France, ne sont pas de mise dans l'Inde. Mais, en revanche, ils ont celui de la chaleur, qui en vaut bien un autre. Il serait même trop fort peut-être pour la plupart, si la providence des supérieurs n'y avait mis bon ordre. Chaque année les Novices du Maduré vont passer deux mois sur la montagne.

Les exercices de la troisième Probation se font aussi au Maduré ; mais la communauté des Pères tertiaires est intermittente ; le troisième an terminé, elle se dis-

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