Voir Vie du P. Cl. Bedin, par le P. Saint-Cyr
NtfCROLOGE. 455
est en bénédiction dans les districts d' Ideikatour et de Rasakembiram, qu'il évangélisa pendant 30 ans.
Avant lui les pauvres chrétiens étaient les serfs des païens, qui les traitaient comme de vils animaux. Le P. Hurlin leur fit acquérir des terres, et les affranchit ainsi de leur servage. Il travailla encore plus à les délivrer de l'esclavage du démon. Il leur enseigna la doctrine chrétienne, leur apprit à se confesser souvent et bien, fît fleurir parmi eux la piété, particulièrement la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, établit des retraites pour les hommes et pour les femmes, et fit de son district, dit quelque part le P. Saint-Cyr « la meilleure chrétienté de toute la Mission ». Plus heureux que ses Frères, il réussit à faire tomber parmi ses chrétiens le préjugé, source de tant de désordres, qui interdit aux veuves un second mariage. Le Père Hurlin était un religieux d'une charité et d'une complaisance sans bornes, toujours occupé à faire le bien et le faisant sans arrière-pensée. Sa sainteté n'en était pas moins d'une originalité parfaite, ou plutôt le Père Hurlin était lui-même un homme à part. Son régime habituel, son habitation, son vêtement, son ameublement, sa façon de voyager, tout lui était particulier. Mais certes, la singularité chez lui ne tendait pas au luxe. Il n'avait pas même un enfant pour lui préparer ses repas ; il voyageait à pied et sans chaussure ; son chapeau était un vieux meuble qui avait servi plus de trente ans ; il n'est personne qui n'eût préféré dormir sur la terre nue que sur le misérable châssis où il s'étendait, vers minuit ou deux heures du matin, après avoir passé la première partie de la nuit en compagnie
des théologiens ou des SS. Pères. Comme tant d'autres missionnaires, il mourut victime de la charité, ayant été atteint du choléra pendant qu'il administrait ses malades. Il était âgé de 68 ans et comptait plus de 31 ans de mission.
P. Sylvain Laurent. — Deux mois après la mort du P. Hurlin, la mission du sud eut la douleur de perdre un de ses plus anciens et de ses plus vaillants ouvriers. Franc-Comtois de naissance, prêtre à 26 ans, Jésuite à 29 ans, le P. Sylvain Laurent faisait partie, seulement depuis dix mois, du noviciat de Dole, lorsqu'il fut associé à une bande de huit missionnaires qui arriva au Maduré le 29 novembre 1847. Son premier poste fut Dindigul, d'où il fut retiré, en 1849, pour être envoyé, avec trois autres Pères (') dans l'île de Ceylan, à la demande de Mgr Bettacchini, Vicaire Apostolique de Jaffna. Rentré au Maduré en 1852, il fut encore employé quelque temps dans le district de Dindigul, puis dans le sud, à Obary, et, à partir de 1855 jusqu'à sa mort, c'est-à-dire, pendant 22 ans, à Manapade. Le P. Sylvain fut un des grands défenseurs de l'unité contre le schisme. Des journées comme celle du 2 mai 1854 (2), que nous avons racontée ailleurs, lui étaient familières. Après vingt-deux ans de lutte, le corps épuisé, mais l'âme toujours vaillante, ne pouvant ni dormir ni prendre de nourriture, il continuait cependant à s'occuper des affaires de sa chrétienté, et menait toutes choses avec sa vigueur ordinaire, lorsqu'il fut, dans l'après-midi du 27 mars 1877, terrassé tout à