Voir chap. II, 2e Partie
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coup par une attaque d'apoplexie foudroyante. Le P. Charles Rodriguez eut à peine le temps de lui donner l' Extrême-Onction. Mais si sa mort fut soudaine, elle ne fut pas imprévue. Deux heures auparavant il écrivait à son supérieur une lettre où tout en avouant son épuisement total, il ajoutait que l'état de son âme était celui d'un entier abandon à la très sainte volonté de Dieu.
P. Edmond Favreux. — Le P. Favreux naquit à Paris en 1811. S'il eut le malheur d'avoir des parents en qui les principes de la Révolution avaient amoindri les principes religieux, il eut l'avantage d'avoir pour tuteur et gardien de son enfance, un vénérable ecclésiastique du diocèse de Sens, son oncle, qui l'éleva pour le sanctuaire. La vie de prêtre séculier ne satisfaisant pas toutes ses aspirations, il entra dans la Compagnie en 1840, et eut pour maître des novices le vénéré P. Ambroise Rubillon, depuis Provincial de la province de France, Assistant, pendant plus de 30 ans, du Général de la Compagnie (').
Le P. Favreux arriva au Maduré le 24 septembre 1852. Sur les vingt-six années qu'il vécut dans la Mission, il en passa vingt au cœur même du Marava. Nous avons dit la part qu'il prit à la conquête de la vieille église de Souranam ; mais nous n'avons pas dit ce que le rappel à l'unité catholique de cette belle chrétienté lui coûta d'efforts persévérants. Trois ans furent employés à arrêter ses plans, à préparer ses batteries, à gagner à lui les catéchistes et les hommes
1. Le P. Rubillon mourut à Paris, le 10 décembre 1888, à l'âge de 84 ans.
influents du parti opposé, à organiser et en quelque sorte enrégimenter les chrétiens. Et lorsqu'enfin, le 27 juin 1858, il prit possession de la fameuse église, ce fut le commencement d'une série de procès qui ne lui laissèrent pas un moment de repos. Tantôt vainqueur, tantôt vaincu, il poursuivit la lutte, jusqu'au jour où la cour de Madras rendit un jugement définitif en sa faveur. C'est assez dire quelle était l'énergie de caractère, la force de volonté, l'ardeur du zèle dans cet intrépide missionnaire. Insulté, frappé même par de mauvais chrétiens, il faisait son profit spirituel de ces outrages, et allait son chemin. Cet homme si ferme n'avait pourtant d'autre volonté que celle de ses supérieurs, dont il suivait et consignait par écrit les moindres directions. Affligé, dans ses dernières années, d'un tremblement nerveux, le P. Favreux fut appelé à Trichinopoly, où il remplit deux ans les fonctions de Père Spirituel. A la fin ses membres se refusèrent à tout mouvement. Cloué sur un siège par la paralysie, le bon Père nous donna, durant quatre mois, l'exemple de la plus admirable résignation. « Veillez bien sur mon âme, disait-il souvent au directeur de sa conscience, afin que je ne sois pas pris à l'improviste ; et quand le moment suprême viendra, soyez là pour me donner une dernière absolution. » Ce moment arriva dans la matinée du 23 septembre 1858. Le Père, muni de l'absolution qu'il avait désirée, s'éteignit doucement, presque sans agonie.
P. Ambroise Bachelard. — Ce fut une maladie semblable à celle du P. Favreux, mais beaucoup plus longue et plus violente, qui nous ravit le P. Ambroise
Bachelard, encore dans la force de lage. Arrivé dans la Mission en 1870, il fut, après sept ans, envoyé à Bourbon pour rétablir sa santé. Peu après son retour au Maduré, vers le milieu de l'année 1880, il fut atteint d'un commencement de paralysie. Ses jambes se raidirent; il perdit l'usage de la main droite. En janvier 1882, la paralysie devint complète, à tel point qu'il ne pouvait articuler une parole. Les facultés intellectuelles exceptées, qu'il conserva toujours intactes, le pauvre Père était dans un état pire que celui de la première enfance, et cet état ne dura pas moins de deux ans. Il était alors à Tuticorin. Tous les soins que la Compagnie donne à ses enfants lui furent prodigués, par l'entremise du P. Laventure, jusqu'au jour où la mort vint mettre un terme à ses souffrances. Le P. Gallo, qui l'avait amené dans l'Inde à son retour de Rome, où il avait accompagné Mgr Canoz en 1870, se trouvait de passage à Tuticorin ; il lui administra les derniers sacrements et fit son éloge devant les chrétiens (!). Le P. Bachelard mourut le 28 janvier 1884, âgé de 49 ans, dont il avait passé 27 dans la vie religieuse et 11 dans la Mission. Il appartenait au Velay par sa naissance, et, soit en France, au collège de Bordeaux, où il remplit l'office de professeur et de surveillant, soit au Maduré, il se fit toujours aimer par son caractère franc, plein de gaieté et d'entrain. Un Père qui le connaissait bien, disait du cher défunt :
1. Le P. Thomas Gallo, dont nous avons plusieurs fois fait mention, fut cédé en 1874 à la Mission de Bombay, d'où il passa à celle de Mangalore. Epuisé de fatigue, il se rendait au Maduré pour y prendre un peu de repos. Mais il fut frappé d'apoplexie en route et mourut à Érode, à 90 milles N.-O. de Trichinopoly, le 20 mars 1889.
« Il a été toujours un vaillant soldat dans la Compagnie. On pouvait le mettre hardiment dans un poste délicat et périlleux. Dur à lui-même, jamais il n'apprécia une chose au point de vue gênant et pénible. Comme religieux, il eut toujours la réputation d'un homme d'une vertu solide. »
P. Jean cf Erceville. — Si le P. Bachelard, en mourant, nous laissa de vifs regrets, que dirons-nous des regrets que nous causa la mort du P. Jean d' Erceville ? Jamais peut-être jeune missionnaire ne donna de plus belles espérances, et jamais aussi, s'il nous est permis de parler un moment le langage de la nature, ces espérances ne furent plus cruellement déçues. Comme ces trois jeunes saints qui brillent d'un si pur éclat dans le calendrier de la Compagnie de Jésus, Louis, Stanislas et Berchmans, Dieu s'était plu à orner le P. Jean de tous les dons de la nature et de la grâce. Il avait sucé la piété avec le lait maternel. Sa sainte mère ne l'avait demandé à Dieu que pour le lui consacrer, et, en lui donnant le nom du disciple vierge et apôtre, elle n'avait fait qu'exprimer ce qu'elle entendait faire de cet enfant béni. Son père vint lui-même l'offrir au noviciat, paré encore de la robe d'innocence qu'il avait revêtue au jour de son baptême, et qu'il devait porter immaculée jusqu'au tombeau. Ordonné prêtre bien avant le temps ordinaire dans la Compagnie, comme si Dieu avait voulu hâter le commencement d'un apostolat qu'il savait devoir être si court, il arriva au Maduré, avec trois autres Pères, le 21 octobre 1881. Quelque temps après, il faisait l'apprentissage de
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là vie de missionnaire auprès des chrétiens de Tuticorin. En 1883, il fut chargé seul de la chrétienté de Tanjaour. Que ne pouvait-on attendre d'un missionnaire brûlant du zèle des âmes, d'un dévouement et d'une charité qui ne trouvaient leur aliment que dans le sacrifice, d'une candeur et d'une ouverture de cœur qui permettaient à ses supérieurs de lire dans le plus intime de son âme ; qui ne savait rien refuser à la grâce, en qui la prudence et la sagesse n'avaient pas attendu le nombre des années ; car il avait à peine dépassé 30 ans ? Ses débuts n'avaient fait que confirmer et accroître nos espérances. Mais les voies de Dieu ne sont pas les nôtres, et il sait mieux que nous ce qui peut contribuer davantage à sa gloire. Il lui plut de nous montrer ce jeune apôtre et, tout aussitôt, de le couronner : que son saint Nom soit béni ! Le P. Jean d'Erceville ne pouvait d'ailleurs terminer une sainte vie par une plus sainte mort. Appelé auprès de quelques chrétiens éloignés, qui se trouvaient atteints du choléra, il s'était empressé de leur porter les secours de la religion. Nous eûmes le bonheur de le rencontrer au moment où il revenait de cette pieuse expédition ; nous étions de passage à Tanjaour ; c'était le 4 février 1885. Il était joyeux et content, de cette joie qu'éprouve un missionnaire qui vient de donner à des âmes leur passe-port pour le Ciel. Pouvions-nous alors soupçonner qu'il portait en lui le germe de la maladie qui allait nous le ravir? C'était le choléra qu'il avait pris auprès des malades. Il allait donc mourir dans l'exercice, et victime de la charité. Cette mort précieuse devant Dieu arriva dans la matinée du 7 février.
Sa sainte mère l'avait précédé au Ciel ; son père bien-aimé devait le suivre bientôt ; sa sœur, qui vécut aussi de longues années au Maduré, lui a survécu un peu plus d'un an. Un frère reste encore, digne représentant de cette noble famille. Que Dieu le console de tant de pertes et daigne le combler de ses meilleures bénédictions !
P. Louis Saint-Cyr. — La mort semble se plaire aux contrastes. Après un missionnaire moissonné à la fleur de l'âge et au début de sa vie apostolique, voici le P. Louis Saint-Cyr qui meurt après 46 ans de Mission. C'est de beaucoup la plus longue carrière de missionnaire que nous ayons rencontrée jusqu'ici; elle a été du reste admirablement remplie. Le P. Saint- Cyr vint au Maduré en 1 841 , avec les PP. Clifford et de Saint-Sardos, auxquels il survécut plus de 40 ans. C'est lui qui doit être regardé comme le vrai fondateur du collège Saint-Joseph. Non seulement il fit partie de son personnel dès le commencement, le gouverna comme Recteur de 1846 à 1850, fit construire l'édifice principal ; mais on peut dire que c'est lui qui assura la vie de cet établissement, en recueillant des aumônes pour son entretien dans plusieurs pays de l'Europe. Le Collège garda toujours une large part des affections du P. Saint-Cyr; il en parle longuement dans ses écrits ; il aimait à le revoir, et il acceptait volontiers les fréquentes invitations qui lui étaient faites, de venir y diriger les Pères ou les enfants dans les retraites spirituelles. Un autre lieu où le souvenir du P. Saint-Cyr vivra longtemps, c'est Dindigul, dont la chrétienté lui fut confiée dès son arrivée dans la
Mission, puis encore en 1852, et encore, pendant bien des années, après son retour d'Europe, en 1864. Ce fut durant cette dernière administration qu'il construisit la belle église gothique dédiée à saint Joseph. Enfin, la mémoire du P. Saint-Cyr restera toujours associée avec le Sanitarium de Kodikanel, l'église et le pèlerinage de N.-D. de la Salette. C'est auprès de ce sanctuaire que le Père passa ses dernières années, veillant sur les chrétiens de la montagne, sur les plantations de quinquina qui lui doivent leur existence, et avant tout sur les missionnaires, lorsqu'ils venaient sur les hauteurs se guérir de leurs maladies ou se reposer de leurs fatigues. Les professeurs du Collège retrouvaient en lui tous les ans, durant leurs vacances d'été, un père plein d'attentions et d'amabilités ; et ils furent heureux de lui témoigner leur reconnaissance en célébrant solennellement sa cinquantième année de vie religieuse, le jour de l'Ascension 1884. C'est à Kodikanel, à l'entrée du sanctuaire de Marie, que reposent les restes de son zélé serviteur. Il mourut le 1 1 janvier 1887; le P. Georges Boutelant, aujourd'hui Procureur à Paris pour la Mission du Maduré, eut le bonheur de l'assister dans ses derniers moments.
Le P. Saint-Cyr fut l'homme sur lequel la Mission pouvait toujours compter dans les circonstances difficiles. Il avait des aptitudes pour tout. Il fut supérieur, visiteur* architecte, missionnaire, écrivain. Vénérable vétéran, sa mémoire fidèle avait gardé tous les souvenirs des anciens temps, et il y avait vraiment plaisir à les lui entendre rappeler (1).
1. La vie du P. Saint-Cyr a été écrite par un missionnaire du Maduré.
P. Victor Delpech. — Le 16 janvier 1887, cinq jours seulement après la mort du P. Saint-Cyr, la Mission eut à déplorer la perte d'un autre excellent ouvrier, le P. Victor Delpech. Premier-né d'une nombreuse famille, dont le chef fut longtemps le doyen vénéré de la Faculté de Droit de Toulouse, le P. Victor fut un fils de bénédiction. Il n'avait que sept ans, lorsque Mgr de Forbin-Janson, le pieux fondateur de l'œuvre de la Sainte-Enfance, l'offrit à Marie dans l'église de Saint-Exupère. Le souvenir de cette première consécration fut toujours vivant dans la mémoire de ce nouveau Samuel. Tonsuré et revêtu de l'habit ecclésiastique dès l'âge de 15 ans, déjà il n'aspirait pas seulement à servir Dieu comme membre de la tribu sacerdotale ; il ne rêvait pas seulement les missions dans les pays lointains ; il soupirait après le martyre. Promu au sacerdoce en 1859, il entrait peu après au noviciat de la Compagnie. « Nous n'oublierons jamais, écrit un de ses connovices, la suprême édification que nous donna ce jeune prêtre, si fervent, si humble, si généreux. Quelle âme de feu ! quel soldat ! quel apôtre ! » Cette sainte ardeur ne fit que croître en lui toute sa vie. Après un ou deux ans de surveillance dans les collèges, il partit pour le Maduré où il arriva la veille de Noël 1863. U fut successivement l'apôtre de Vallam, de Négapatam, de Palamcottah, de Callikoulam. Au lieu du martyre qu'il désirait, Dieu lui envoya des maladies presque continuelles. Ce fut, d'abord, une maladie des yeux, que les médecins parurent attribuer aux ardeurs du soleil de l'Inde. On espéra que le climat de Maurice lui serait plus favo-
rable. Il y passa quelques mois dans l'exercice d'un zèle plus admirable qu'imitable. Il se fit, dans toute la force du terme, chasseur d'âmes, allant à la poursuite des pauvres Indiens, partageant leur nourriture, dormant auprès d'eux dans leurs misérables cabanes. La fièvre le força de rentrer en France en 1874. Il y resta une année, toujours occupé de ses chers Indiens, pour lesquels il composa une série de tableaux pleins de goût et d'originalité, qui montrent aux yeux les vérités de la foi. Le P. Delpech avait son genre de prédication à lui. Avec une simple statue, une marionnette dont il faisait mouvoir, à l'aide de ressorts secrets, 'la tête, le buste ou les bras, il faisait des merveilles. Même de vieux missionnaires se laissaient captiver par cette prédication originale. Mais, où il paraissait surtout embrasé de séraphiques ardeurs, c'était lorsqu'il prêchait à ses Frères eux-mêmes, dans les exhortations domestiques. Ce feu sacré, le Père le puisait au foyer de l'Amour, le Cœur adorable de Jésus. Il tenait son cœur uni à celui du divin Maître; aucune barrière n'arrêtait leurs mutuels épanchements. Le P. Victor Delpech devait enfin succomber aux fièvres qui n'avaient cessé de miner sa santé. Il mourut dans les bras du P. Pouget, à Vadakenkoulam, un samedi, sous les auspices de Marie sa bonne mère, la veille de la fête du très saint Nom de Jésus.
P. Pierre Mecatti. — Au P. Pierre Mecatti, mort à Négapatam, le 14 avril 1887, H ne manquait que trois jours pour compléter sa quarantième année de Mission. Né à Florence, le Ier juillet 1814, il fut gagné à la Compagnie par le célèbre P.Rillo, pendant une retraite
Le Maduré. — I. 3)
qu'il suivit avec quelques autres jeunes gens. Il commença son noviciat le 30 octobre 1836. Onze ans plus tard, son supérieur lui proposa la mission du Maduré. Une voix intérieure, à laquelle celle de son directeur spirituel fit écho, lui dit qu'il devait accepter ; il n'hésita pas. Le P. Mecatti eut ses épreuves ; elles lui vinrent, en partie, de son tempérament naturellement très vif, que surexcitait encore l'influence du climat. Tous les Européens qui ont vécu aux Indes, savent par expérience à quel point l'atmosphère de cette contrée agit sur les nerfs. D'autre part, les efforts que fit le bon Père pour vaincre ses vivacités de caractère furent pour lui la source de grands mérites. Au fond, très bon religieux et portant en lui un vrai cœur d'apôtre, le P. Mecatti se dévoua tout entier aux ministères qui lui furent confiés. A Manapade, à Dindigul, à Trichinopoly, à Tanjaour, à Tuticorin, à Négapatam, soit comme missionnaire, soit comme directeur de congrégations laïques ou religieuses, il se montra toujours plein de zèle pour les personnes et les œuvres commises à sa charge. Le zèle, telle fut, en effet, la vertu caractéristique du P. Mecatti. Il ne lui suffisait pas de faire des chrétiens ; il les voulait excellents, et il s'efforçait de les rendre tels en les enrôlant dans différentes confréries, qu'il réunissait souvent et animait à la pratique du bien par de ferventes exhortations. Il aimait surtout Négapatam où il passa les dernières années de sa vie, et qu'il dota de sa belle église de N.-D. de Lourdes, pour la construction de laquelle il avait recueilli 6000 roupies parmi ses chrétiens. Son vœu était de reposer, après sa mort, aux pieds de sa chère
Madone, et ce vœu fut exaucé. Dieu l'avait préparé à une sainte mort par de longues souffrances, entre autres, celles d'un asthme très violent qui lui laissait à peine chaque nuit une ou deux heures de repos. Sentant le poids de ses infirmités s'aggraver de jour en jour, le P. Mecatti en conclut que son heure était proche, et dès lors il s'abandonna entièrement à la Providence. Sa mort arriva pendant les fêtes de Pâques, et nous avons tout lieu d'espérer qu'elle fut vraiment pour lui le passage à une vie meilleure.
FF. Jos. Berghental et Louis Gonon. — Aux treize missionnaires dont nous venons de résumer la vie apostolique, il nous est doux d'adjoindre deux bons Frères Coadjuteurs, le F. Joseph Berghental et le F. Louis Gonon, dont la mission du Maduré conserve un précieux souvenir.
Le F. Joseph Berghental, né en Westphalie en 181 7, embrassa d'abord la carrière militaire, et ne la quitta que pour s'attacher à une milice plus noble, celle dont la Croix est l'étendard et Jésus-Christ le chef. Il fut reçu dans la Compagnie de Jésus, à Rome même, par le T. R. P. Jean Roothaan, et fit son noviciat à St-André (1844-45). Sa vocation aux missions fut assez extraordinaire. Accompagnant un jour le le P. Philippe de Villefort, de douce et sainte mémoire, dans une de ces excursions de charité qui lui étaient familières, celui-ci lui demanda s'il était capable de faire le plan d'un édifice, ajoutant que les missionnaires du Maduré demandaient avec instance un Frère Coadjuteur qui pût leur venir en aide dans leurs constructions. Le Frère, qui avait étudié l'architecture et
visité jadis les principaux monuments de l'Allemagne et de la France, répondit qu'il pouvait faire le plan demandé, mais qu'il ne se sentait pas appelé aux missions. Le P. de Villefort n'insista pas. Seulement, peu de jours après, le P. Général appela le F. Joseph, et d'un air plein de bonté, mais sans aucune circonlocution, il lui dit : « Préparez-vous à partir pour le Maduré. » Qu'on juge de l'étonnement du Frère ! D'abord il se sentit attristé, presque consterné; mais un quart d'heure passé devant le Saint-Sacrement et une courte entrevue qu'il eut avec son Père Spirituel, changèrent complètement ses dispositions. Il revint chez le R. P. Roothaan et lui déclara qu'il était prêt à partir. Il arriva au Maduré en 1847. Élever des temples au Seigneur fut sa grande occupation, durant les 26 ans qu'il vécut dans la Mission. Pendant qu'il élevait des édifices matériels pour le culte divin, il travaillait au dedans de lui-même à embellir le temple du Saint-Esprit. Il n'oublia jamais la parole que lui avait dite le T. R. P. Roothaan, à son départ pour le Maduré : « Montrez-vous digne enfant de St Ignace et faites toujours bien vos exercices spirituels. » Le F. Berghental fut fidèle à cette double recommandation. En lui brilla toujours la vertu que St Ignace a désignée comme caractéristique de ses enfants : l'obéissance. On sait combien il est difficile aux artistes de pratiquer cette vertu en ce qui regarde la soumission du jugement ; le F. Joseph surmonta même cette difficulté. « Quand le supérieur se tromperait en commandant, disait-il, j'obéirais sans hésiter, certain que Dieu saurait en tirer sa gloire. » Et lorsqu' on s'éton-
naît qu'il eût pu triompher d'obstacles qui paraissaient insurmontables : « J'étais sûr de réussir, répondait-il, parce que j'obéissais. » — « Heureux, disait-il encore, ceux qui vivent sous l'obéissance; ils n'ont qu'à se laisser conduire, et ils sont assurés que Dieu est content d'eux. » Uni de la sorte à ses supérieurs par une entière soumission, il ne l'était pas moins avec Dieu par la prière. Toute sa vie, il se fit un point de ne jamais rien omettre de ses exercices de piété ; et il savait prendre ses précautions pour n'être pas troublé dans ses communications avec le Seigneur. Le traité de la Perfection chrétienne de Rodriguez était son livre favori. Il le portait avec lui dans ses voyages, le lisait et relisait sans cesse. Sa mort fut une grande perte pour la Mission. C'est à Négapatam que le F. Berghental finit ses jours, le 28 mai 1873, à l'âge de 56 ans.
L'existence du F. Louis Gonon, comme celle du F. Berghental, s'est dépensée au Maduré à construire toute sorte d'édifices : églises, couvents, presbytères, etc. Il fut, lui aussi, un bon et solide religieux, qui travailla pour la gloire de Dieu et l'intérêt de la Mission, avec un dévouement infatigable, jusqu'au jour où, accablé d'infirmités, il lui devint impossible de sortir de sa cellule. Atteint d'une maladie de nerfs qui dégénéra en une sorte de paralysie, il endura d'atroces douleurs qui se prolongèrent durant plusieurs années. Dieu semble avoir voulu qu'il fît son purgatoire en ce monde. Le bon Frère faisait vraiment pitié lorsqu'il venait à être saisi d'un de ces vertiges qui lui étaient si fréquents. Alors, accroupi dans un