MISSION DU R. T. WELD
qu'à dire : Que le Portugal gouverne, comme il lui plaît, Goa et les petits territoires qu'il possède sur la côte occidentale ; mais nous ne consentirons pas à ce qu'il s'ingère dans nos affaires et fasse acte de souveraineté chez nous. C'est ainsi que parlerait le Portugal, si un autre gouvernement, fût-il muni d'anciens brefs pontificaux, s'avisait de nommer un évêque, ou d'exercer un patronage, là où le Portugal se considère comme souverain. On ne conçoit guère, en effet, qu'il puisse y avoir de patronage là où il n'y a plus de souveraineté.
Le Saint-Père conçut l'idée d'un arrangement avec le gouvernement anglais. L'occasion semblait propice. L'Inde était alors gouvernée par Lord Ripon, le viceroi catholique. Le cabinet qui l'avait désigné pour remplir un office si important, avait montré à la fois et ses vues libérales et ses dispositions favorables aux catholiques. Le P. Alfred Weld, anglais, fut envoyé dans l'Inde pour préparer les voies. C'était en 1883. Le Père s'acquitta parfaitement de sa délicate mission. Il conféra avec les Vicaires Apostoliques, avec les gouverneurs de Bombay et de Madras ; à Calcutta, il s'entretint longuement avec Lord Ripon, qui lui promit tout son concours. Cependant rien n'aboutit. Le gouvernement anglais, même lorsqu'il est libéral, est avant tout soucieux de ses intérêts matériels. Il ne tenait pas à mécontenter le Portugal. Tandis que les choses traînaient en longueur, la vice-royauté de Lord Ripon prit fin ; le ministère Gladstone fit place au ministère Salisbury, et l'on sait que les sympathies de ce dernier ne sont pas pour les catholiques.
L'espoir, de ce côté, s'il y a encore quelque espoir, est dans une association de laïques influents qui s'est formée à Bombay d'abord, puis à Madras ; dont les membres sont affiliés à l'association catholique de Londres. Leur but est, au moyen de meetings, de mémoires adressés au parlement, d'articles insérés dans les journaux, d'agir sur l'opinion publique, et par suite, d'amener le gouvernement anglais à déclarer qu'il ne peut plus tolérer qu'un pouvoir étranger s'arroge des droits sur les sujets de Sa Majesté britannique. Réussiront-ils ? Dieu le veuille! Quoi qu'il en soit du résultat, la mission confiée au P. Weld ne laisse aucun doute sur la pensée et les désirs du Saint-Siège par rapport à la Double Juridiction.
Ce n'est pas tout. Au mois d'avril 1884, le cardinal Jacobini, secrétaire d'état, adressait au cabinet de Lisbonne une longue note diplomatique où, après avoir exposé, d'après « des relations très authentiques », les abus énormes dont s'étaient rendus coupables certains prêtres goanais, il terminait en disant que le Saint- Père était décidé à abolir la Double Juridiction. Et, en effet, nonobstant les remontrances fort peu respectueuses du premier ministre de Sa Majesté Très-Fidèle, le 26 août 1884, paraissait le Bref Studio et vigilantia, où Sa Sainteté Léon XIII déclarait sa volonté formelle de mettre un terme à la juridiction extraordinaire de l'archevêque de Goa, et spécifiait, en ce qui touchait les sept vicariats, d'Hyderabad, de Pondichéry, de Calcutta, de Dacca, de Colombo, de Jaffna et de la presqu'île de Malacca, que la juridiction de l'archevêque était prorogée seulement jusqu'au 30 septembre;