LE BREF STUDIO ET VIGILANTIA
que, par conséquent, à dater du Ier octobre, tous les catholiques, ayant leur domicile dans les limites de ces vicariats, seraient placés sous la juridiction des Vicaires Apostoliques. A l'égard du Maduré, de Madras, de Bombay, de Mangalore, de Verapoly, le Bref ne marquait aucune date ; mais la mesure était générale, et Son Excellence Mgr Agliardi, archevêque de Césarée, était envoyé aux Indes, avec le titre de Délégué du Saint-Siège, pour en assurer l'exécution.
Il était facile de prévoir l'accueil qui serait fait au décret pontifical. Autant il comblait les vœux des Vicaires Apostoliques, autant il rencontra d'opposition dans le parti goanais qui, fidèle à ses vieilles habitudes, chercha appui et protection auprès du gouvernement portugais. Meetings bruyants, pétitions sur pétitions, articles de journaux, menaces de schisme, le parti mit tout en usage pour donner du poids à ses réclamations. Le cabinet de Lisbonne vit dans ces manifestations des témoignages de loyauté, et en félicita leurs auteurs. En même temps, le ministre Barbosa adressait à l'ambassadeur portugais à Rome une note où il parlait de l'acte pontifical comme d'un décret subrepticement arraché au Saint-Père ; décret qui, s'il était fondé, n'infligerait pas seulement au royaume le plus chrétien du monde une humiliation sans nom, mais forcerait le gouvernement de Sa Majesté Très-Fidèle à rompre avec la Cour Romaine, et entraînerait pour la religion des maux incalculables.
Que pouvait faire le Saint-Père ? S'inspirant des habitudes de douceur et de conciliation qui conviennent si bien au Père de tous les fidèles, il consentit
à suspendre l'exécution de son Bref. La juridiction de Goa, qui devait expirer le 30 septembre, fut d'abord prorogée jusqu'au 30 novembre, puis jusqu'au 30 mars. En mars il y eut une autre prorogation de deux mois qui, dans la pensée du Saint-Père, devait être la dernière, pro ultima vice. Mais elle fut suivie d'une quatrième prorogation en mai, d'une cinquième en septembre ; et enfin, le 24 novembre, la juridiction extraordinaire de l'archevêque de Goa fut encore prorogée sans indication de limite. Mgr Agliardi, qui avait débarqué aux Indes le 24 novembre 1884, ne put accomplir sa mission.
Le Souverain Pontife consentit à entamer avec le Portugal de nouvelles négociations. Un télégramme du cardinal Jacobini appela à Rome Mgr Laouenan, Vicaire Apostolique de Pondichéry, qui s'embarqua le 11 décembre 1884. Le Vicaire Apostolique de Colombo, Mgr Bonjean, fut mandé pareillement quelque temps après. Le Saint-Père désirait s'éclairer de leurs conseils. L'un et l'autre promirent à Mgr Canoz qu'ils feraient tout ce qui était en leur pouvoir pour sauvegarder les intérêts de la mission du Maduré. Ils tinrent leur promesse. Mais leur pouvoir était restreint ; dans les délibérations ils avaient purement voix consultative. D'ailleurs, pour satisfaire les exigences du Portugal, des sacrifices étaient nécessaires ; Dieu voulut qu'ils fussent faits aux dépens du Maduré : que son saint Nom soit béni !
Mgr Agliardi, dont la destination première n'avait plus déraison d'être, profita de son arrivée aux Indes pour visiter une partie des vicariats, et recueillir des