NÉGOCIATIONS
informations sur l'état des différentes missions. Le Maduré n'eut pas le honneur de recevoir sa visite ; mais le P. Saint-Cyr, que Mgr Canoz envoya auprès de Son Excellence, alors en résidence à Bombay, lui donna tous les renseignements qu'elle pouvait désirer. Nous sommes heureux d'ajouter que la mission du Maduré trouva toujours dans Mgr Agliardi un zélé défenseur de ses intérêts. La santé du vénérable prélat, à la suite de la longue tournée qu'il fit dans le nord de l'Inde, laissa à désirer. A son retour dans le sud, après avoir consacré évêque Mgr Pagani S. J., Vicaire Apostolique de Mangalore (25 oct. 1885), il s'embarqua pour l'Europe, d'où nous le verrons revenir en décembre 1886.
Cependant nous attendions, avec une anxiété bien naturelle, le résultat des négociations qui se poursuivaient entre Rome et le Portugal. Mgr Canoz recevait de temps en temps des lettres, tantôt de Mgr Laouenan, tantôt de Mgr Bonjean ; ces lettres ne donnaient que de bonnes nouvelles. Entre autres choses, elles faisaient espérer que, nonobstant les concessions que le Saint-Père croirait devoir faire au Portugal, non seulement la Double Juridiction cesserait au Maduré, mais la Mission conserverait ses anciennes limites. C'était la période des douces espérances. Cela dura jusqu'au 27 juin 1886.
A cette date, Mgr Canoz reçut une communication qui lui apprit le résultat réel des négociations, bien différent de celui qu'on attendait. Les concessions que le secrétaire d'état de Sa Sainteté avait cru devoir faire au Portugal, avaient été faites surtout, sinon
entièrement, aux dépens du Maduré. Tandis que les autres Vicaires Apostoliques, en général, se déclaraient satisfaits des clauses du nouveau concordat en ce qui regardait leurs vicariats, Mgr Canoz ne put que courber la tête et adorer les desseins de la Providence. En effet, le concordat décrétait la formation de trois évêchés portugais, suffragants de Goa, savoir Cochin, Damaum et Maïlapour. Or, Mgr Canoz devait céder à l'évêque de Maïlapour les grandes chrétientés de Tanjaour, de Vallam, de Manarcoudy, de Pattoucottey, de Négapatam. De plus, à l'évêque de Maïlapour étaient adjugés tous les bourgs et villages du Maduré qui ne renfermaient que des chrétiens de la juridiction goanaise, c'est-à-dire pas moins de 189 villages épars sur toute l'étendue de la Mission. Quant aux autres villages, appelés dans le concordat piccoli villagi, où la population chrétienne était partagée entre les deux juridictions, il était dit que l'évêque de Maïlapour et l'évêque du Maduré s'entendraient pour un arrangement. Pour les villes qui étaient dans le même cas, savoir Trichinopoly, Dindigul, Maduré et Tuticorin, quatre en tout, tous les chrétiens y ayant domicile, passaient sous la juridiction du Vicaire Apostolique.
Par cet arrangement, non seulement la Mission perdait un sixième de son territoire et cédait beaucoup plus de chrétiens qu'elle n'en recevait, mais tous les inconvénients de la Double Juridiction subsistaient en plein, ou plutôt ils étaient encore aggravés. Au nord, au centre, au midi, en des centaines d'endroits, se trouveraient des chrétientés, celles-ci relevant uniquement de l'évêque de Maïlapour, celles-là, tout à