‹ Le MaduréChapitre 154 sur 172 · UNE RUDE ÉPREUVE · texte numérisé non relu

UNE RUDE ÉPREUVE

côté, divisées entre les deux juridictions, d'autres ne dépendant que du Vicaire Apostolique. Les animosités, les querelles du passé, allaient se perpétuer et s'envenimer encore. Mgr Canoz et ses missionnaires, tout résignés qu'ils étaient à la volonté divine, n'en étaient pas moins profondément humiliés. Impossible de se faire illusion ; dans l'espoir d'établir ailleurs le règne de la paix et de diminuer le mal causé par le système de la Double Juridiction, Rome avait jugé nécessaire de faire un sacrifice, et elle demandait ce sacrifice à la mission du Maduré.

Le premier devoir des missionnaires et de leur digne évêque était de se soumettre et de s'abandonner à la Providence. Ils savaient que les nouveaux arrangements avaient reçu la sanction du Vicaire de Jésus- Christ ; que leur fallait-il de plus ? Si leur soumission fut douloureuse, pouvait-il en être autrement ? elle fut pleine et entière. Aussi, plus tard, quand le ciel parut s'éclaircir et l'avenir se montrer sous des couleurs moins sombres, le T. R. P. Anderledy, Général de la Compagnie de Jésus, pouvait écrire à ses fils du Maduré : « Vous avez passé par une rude épreuve, mes chers Pères; mais le Saint-Siège a trouvé en vous les vrais enfants de la Compagnie, fidèles et obéissants toujours. Cette épreuve appellera sur vos œuvres des grâces spéciales. Je vous bénis de grand cœur. » Ces derniers mots étaient une sorte de prédiction ; nous en verrons l'accomplissement.

Mais n'y avait-il qu'à se résigner ? Savait-on au juste à Rome la condition dans laquelle la mission du Maduré allait se trouver ? Si un moyen s'offrait à

Mgr Canoz, de mettre sous les yeux du Cardinal, préfet de la Propagande, et du Saint-Père lui-même, l'exacte position qui lui était faite, ne pouvait-il pas, ne devait-il pas user de ce moyen ? Il était temps encore ; les négociations entre le Portugal et le Saint-Siège n'étaient point terminées. Les goanais, si bien partagés au Maduré, mais mécontents du lot qui leur avait été assigné ailleurs, n'avaient pas manqué d'adresser au chargé d'affaires du Portugal auprès du Saint-Siège, leurs bruyantes réclamations. Mgr Canoz, de son côté, n'avait-il pas droit de présenter ses humbles représentations? Au bienveillant accueil que reçut son envoyé à Rome, il put bientôt s'assurer que sa démarche avait été pleinement approuvée.

L'envoyé du Vicaire Apostolique fut le P. Louis Verdier. Personne n'était plus apte que lui à remplir une mission de cette importance. Quarante ans passés au Maduré, pendant lesquels il avait exercé presque sans interruption la charge de supérieur, étaient un sûr garant de son expérience. De plus, son tact, sa haute vertu, lui assuraient d'avance l'estime et la faveur des augustes personnages avec lesquels il aurait à traiter. Muni de tous les documents nécessaires, entre autres choses, de cartes à grande échelle qui montraient, jusque dans les plus petits détails, les trois grands districts dont la Mission se compose, leurs subdivisions, les villages et les hameaux où se trouvent des chrétiens, le P. Louis Verdier s'embarqua à Colombo le 31 juillet 1886, en la fête de saint Ignace. Il s'arrêta d'abord à Fiesole, près Florence, où réside le Général de la Compagnie depuis son expulsion du Gesù. Ayant pris

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