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LE CENTRE

Kamoudy, administré par le P. Etienne Laporte. Les protestants d'Amérique étendent leur activité jusque dans ces parages, et le missionnaire catholique a besoin detre toujours sur ses gardes. Un fait que nous signalerons ici, bien qu'il se rapporte au temps de la grande famine, montre que l'apôtre de la vérité, avec le seul secours de la grâce qui accompagne sa prédication, est plus puissant auprès des païens que les prédicants hérétiques, avec toutes leurs offres d'avantages matériels. Il s'agissait de convertir les idolâtres de Moudimanarcottey, tous gens de basse caste, et de plus réduits, par suite de la famine, à la plus extrême misère. Les protestants vinrent à eux. « Soyez des nôtres, leur dirent-ils ; vous aurez du riz en abondance ; nous élèverons vos enfants ; vous serez tous dans l'aisance.» Le P. Laporte vint à son tour et dit : « Je n'ai ni or ni argent à vous donner; mais si vous acceptez la foi que je vous prêche, vous aurez la vie éternelle.» Les pauvres parias repoussèrent les offres des protestants, et demandèrent au Père de les instruire et de les baptiser. Ils forment aujourd'hui une bonne petite chrétienté et ont une église fort convenable.

La reconnaissance nous fait un devoir d'ajouter que le P. Fabre et le P. Laporte ont été puissamment soutenus, dans leurs luttes contre le protestantisme, par un anglais catholique converti lui-même de l'hérésie, ami de tous les missionnaires du Maduré, et particulièrement des missionnaires de Ramnad et de Kamoudy. On ne saurait dire tous les services qu'il leur a rendus. Qu'il suffise de mentionner, outre certaines petites brochures, de nombreux articles pleins de verve,

insérés dans XIndo European Correspondence, où l'auteur dévoile les agissements des sectaires, et flétrit certains moyens qu'ils emploient pour enfler le nombre de leurs adeptes.

Si, partant de Kamoudy, nous avançons encore vers l'ouest, nous entrons sur le territoire du doyen des missionnaires du Maduré, de celui qu'on peut appeler le lutteur par excellence ; car il fait la guerre, et quelle guerre ! non seulement contre les prédicants Yankees, mais encore contre vingt ou trente seigneurs païens qui, sous le nom de Zémindars, exercent un pouvoir arbitraire sur les habitants d'un ou de plusieurs villages qu'ils s'efforcent de maintenir dans l'idolâtrie. Ces derniers sont, la plupart, de la caste des paliers, que les Zémindars emploient à la culture de leurs terres ; c'est surtout parmi eux que le P. Trincal a fait des prosélytes. Il y a déjà douze ou quatorze ans qu'il écrivait au R. P. Barbier: « J'ai de nouveaux chrétiens dans 27 villages où notre sainte religion était absolument inconnue. Depuis douze ans j'ai baptisé 2,534 païens. J'ai construit pour eux trois églises en maçonnerie et dix-huit chapelles couvertes en chaume. La principale de ces chrétientés compte 400 âmes, et trois autres 200 chacune. Les autres sont moins considérables, mais elles prennent de jour en jour de l'accroissement. Il est rare que j'en visite une sans que je trouve quelque nouveau catéchumène à baptiser. » Ce mouvement de conversions n'a pas discontinué dans ces dernières années, en dépit des efforts des Zémindars pour l'arrêter. Dans le courant de l'année dernière (1 891), le Père écrivait au Supérieur général de la Mission, qu'il

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