BULLE DE GRÉGOIRE XV
avait rempli toutes les conditions que la Bulle recommande ou ordonne. D'autres accusations seront élevées plus tard contre les missionnaires, non seulement du Maduré, mais du Maïssour, du Carnate et du nord de l'Inde et Rome, cette fois, réprouvera certaines pratiques que ces missionnaires avaient cru, avec les meilleures intentions, devoir tolérer. Mais rien ne sera retiré de ce qui fut autorisé par la Bulle de Grégoire XV. Aujourd'hui encore les brames chrétiens portent le cordon, un des insignes de leur caste ; presque tous les chrétiens portent lekoudoumi ; nul ne songe à leur défendre l'usage de la poudre de sandal comme ornement, pas plus que l'usage des bains qui sont d'une absolue nécessité dans ce pays.
III. La décision venue de Rome était un triomphe pour le P. de Nobili ; mais la querelle qu'elle terminait n'en était pas moins déplorable. Outre qu'elle avait ravi au P. Robert les plus belles années de son ministère, elle avait arrêté le mouvement qui paraissait devoir entraîner la population de Maduré vers le catholicisme. En vérité, quand on considère les résultats que le P. de Nobili avait obtenus dans l'espace de deux ou trois ans, lorsqu'il était seul à l'œuvre et avait contre lui toutes sortes d'obstacles, on se demande quels fruits aurait recueillis cet apôtre, assisté du P. Ant. Vico, en qui il avait trouvé un aide selon son cœur, maintenant que les obstacles étaient aplanis et que son œuvre reposait sur de solides bases, s'il avait pu travailler en paix; si, au lieu de l'opposition qui s'éleva contre lui, il avait rencontré l'appui et les encouragements auxquels il devait s'attendre.
Il put enfin revenir au milieu de ses néophytes qui l'accueillirent avec des transports d'allégresse ; et, comme si les épreuves qu'il avait subies n'avaient fait que stimuler son zèle, il se remit avec une ardeur nouvelle à ses travaux apostoliques. Laissant au P. Vico le soin delà chrétienté de Maduré, il s'achemina vers le nord, à la poursuite de nouvelles conquêtes. Dans le cours de l'année 1624, il fit une apparition à Trichinopoly. Son intention était d'établir une nouvelle chrétienté dans cette grande ville ; mais les temps n'étaient pas favorables ; on ne parlait que de guerre ; la population surexcitée n'avait pas d'oreilles pour ouïr le message du Prince de la paix. Néanmoins une première semence fut jetée qui devait fleurir plus tard et rapporter une belle moisson.
De Trichinopoly il passa à Sandamangalam (T), où régnait alors un seigneur tributaire du roi de Maduré. Dans la visite qu'il fit à ce prince, le Père crut devoir déployer l'appareil et la pompe dont s'entouraient, en pareille occasion, les grands sanniassis. Le P. Vico décrit dans une lettre le cérémonial de cette visite. Le P. de Nobili, accompagné d'une suite nombreuse, fait son entrée au palais ; il marche en tête, grave et majestueux. Les personnes qui forment son cortège sont en grand costume, et ont chacune leur fonction : l'un déploie sur la tête du Père un riche parasol ; un autre tient sur sa poitrine un livre de prières ; celui-ci étale la magnifique peau de tigre qui doit servir de siège au sanniassi ; celui-là porte sur sa tête un vase d'eau de senteur. Les gens du palais vont et viennent,