TRAITS ÉDIFIANTS
sans fin, durant le jour et durant la nuit, le Pater, Y Ave, le Credo tamoul.
Pour éprouver encore davantage les néophytes, les pluies vinrent à manquer d'abord ; puis elles tombèrent en telle abondance qu'elles causèrent une sorte d'inondation. Les récoltes périrent, la misère fut extrême. Le démon ne manqua pas de profiter de l'occasion pour tenter la constance des nouveaux convertis. Dans un village, les habitants, récemment baptisés, n'avaient rien pour ensemencer leurs terres. Un riche païen vint à eux ; il s'offrit à leur donner gratis les grains nécessaires s'ils consentaient à retourner au paganisme; les néophytes repoussèrent avec horreur une pareille proposition.
Un néophyte s'était endetté auprès d'un païen. Celui-ci le mit dans l'alternative, ou de lui payer sans délai l'argent qu'il lui devait, ou d'abjurer la foi chrétienne. Le nouveau converti ne balança pas; il vendit son champ, ses bœufs et paya son créancier. « J'aime mieux, dit-il, laisser à mes enfants la foi de Jésus- Christ que les terres de mes ancêtres. »
Durant ce temps d'épreuve, le P. Caussanel écrivait au successeur de Mgr Canoz : « Au milieu des souffrances qui nous affligent, la grâce de Notre-Seigneur suscite un mouvement extraordinaire de conversions. Des villages entiers sollicitent la faveur de venir à nous et de recevoir le baptême. Si j'avais des ressources, je pourrais fonder en quelques mois plus de vingt nouvelles chrétientés. » La lettre d'où nous tirons ces paroles est du mois de novembre 1891.
La Providence envoya quelques secours. Mgr La-
dislas Zaleski, le second assistant de Mgr Agliardi au concile de Bangalore, aujourd'hui Délégué Apostolique de Sa Sainteté en remplacement de Mgr Ajuti, daigna faire une généreuse aumône à la mission du Maduré ; cette aumône fut affectée aux nouvelles chrétientés de Tuticorin. « Avec ce secours providentiel, écrit le P. Verdier, j'ai pu dire, au nom du divin Maître : laxate relia. Douze chapelles, dont le besoin était plus urgent, ont été construites dans douze villages. »
Le dernier recensement assigne 76,000 catholiques au seul district du Sud. Concluons.
Les missionnaires du Maduré continueront à planter, à arroser leurs plants de leur sueur ; et Dieu, qui est toujours libéral de sa grâce, continuant à donner l'accroissement, le troupeau de Jésus-Christ grandira de plus en plus, nous en avons la ferme espérance. On serait d'ailleurs loin de la vérité si on envisageait le progrès de la population catholique comme représentant le profit net réalisé par les missionnaires. Outre des multitudes d'enfants et d'adultes païens auxquels ils ont ouvert l'entrée du ciel au moment de la mort ; outre des milliers d'âmes régénérées par le baptême, ils ont opéré un autre bien non moins réel, que nous croyons pouvoir appeler une transformation de l'état de la Mission. Oui, nous osons bien le dire, à la gloire de Celui sans le secours duquel les hommes travaillent en vain : si ces vaillants apôtres, choisis de Dieu pour défricher à nouveau la vigne du Maduré il y a plus d'un demi-siècle ; qui trouvèrent les pauvres chrétiens sans pasteurs ou livrés à des pasteurs merce-