‹ Le MaduréChapitre 19 sur 172 · PROGRÈS DE LA MISSION · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA MISSION

rent en grand nombre ; plusieurs guérisons miraculeuses déterminèrent de nouvelles conversions ; Salem eut bientôt une chrétienté florissante.

La lettre où le P. Vico nous donne ces détails se termine ainsi : « Nos supérieurs viennent d'appeler le P. de Nobili à Cochin, afin de combiner avec lui les mesures à prendre pour le bien général de notre Mission. Depuis que la bulle de Sa Sainteté a décidé en notre faveur la question des rites, un champ plus vaste nous est ouvert et nous promet une moisson des plus riches. Puissent les moissonneurs accourir en foule et recueillir dans l'allégresse le grain semé dans les larmes ! i>

Des ouvriers pour recueillir la moisson, des ressources pécuniaires pour faire vivre les ouvriers, voilà ce qui manquait à la Mission de Maduré ; ou plutôt, c'est parce que les ressources d'argent faisaient défaut que le nombre de moissonneurs était insuffisant. Malgré leur désir d'envoyer des collaborateurs au P. de Nobili, malgré les instances de tant de Pères qui sollicitaient la faveur de lui être associés, les supérieurs n'ayant pas de quoi pourvoir à leur subsistance, se trouvaient avoir les mains liées. C'est encore parce que la Mission de Maduré était dépourvue des secours nécessaires que le P. de Nobili ne put donner suite au beau projet qu'il avait, dès le début, formé de concert avec le P. Laertio, de fonder un séminaire de brames à Maduré. Ah ! si la mission du P. de Nobili avait eu les ressources que l'œuvre admirable de la Propagation de la Foi fournit de nos jours à tant démissions !... C'est de ce besoin d'hommes et d'argent que le P. Robert dut

s'entretenir avec ses supérieurs à Cochin. Il obtint, sans doute, que la province de Malabar, très pauvre elle-même, prélèverait quelque chose sur le strict nécessaire de ses résidences et de ses collèges pour subvenir à l'entretien d'un ou deux missionnaires. Ouand le Père repartit pour sa mission, il eut le bonheur d'amener avec lui le P. Emmanuel Martinz (1625).

Le P. Robert ne resta à Maduré que le temps nécessaire pour y installer le nouveau missionnaire ; il avait hâte de revoir ses chrétientés du nord. Il se dirigeait vers Salem, lorsque des événements imprévus l'obligèrent à s'arrêter à Moramangalam, à huit lieues de Salem. Là il reçut la visite d'un prince qui ne lui était pas inconnu ; c'était le frère de ce roi de Sandamangalam que le P. de Nobili avait visité avec tant de pompe l'année précédente. Grande fut la joie du P. de Nobili lorsqu'il l'entendit dire, en lui présentant ses quatre fils qu'il avait amenés avec lui : « Père, voilà mes enfants ; veuillez les instruire, et lorsqu'ils seront suffisamment préparés, donnez-leur le baptême. Je ne veux pas les priver d'un bonheur que je voudrais pouvoir moi-même partager. » Il accompagna ces dernières paroles d'un profond soupir. Le Père crut qu'il valait mieux laisser agir la grâce sur le cœur de cet homme ; il se contenta de le remercier et mit tous ses soins à instruire ses enfants. Les jeunes princes se montrèrent animés d'une ardeur merveilleuse ; l'aîné surtout, jeune homme de vingt ans, se distinguait par la vivacité de sa foi. Un jour il parut devant le Père les larmes aux yeux. — « Eh ! bien, mon enfant, que s'est-il donc passé de nouveau ? — Ah !

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