‹ Le MaduréChapitre 20 sur 172 · TROGRÈS DE LA MISSION · texte numérisé non relu

TROGRÈS DE LA MISSION

Souami ! — Eh ! bien quoi ? — J'ai vu mon père offrir un sacrifice aux idoles », dit-il en sanglotant. Le Père leconsola de son mieux, l'exhorta à redoublerses prières pour la conversion d'une personne si chère. Les quatre nobles catéchumènes furent baptisés ; le prince hésitait toujours. Enfin une guérison miraculeuse opérée par le P. de Nobili triompha de ses résistances. Il jette ses idoles au fond d'un puits et vient, accompagné de ses enfants, se prosterner aux pieds du missionnaire. Quelque temps après, le jour même où le Roi des cieux voulut bien naître sur la terre, ce prince de la terre renaissait à la vie du ciel. C'était la plus belle conquête que le P. de Nobili eut faite jusqu'à ce jour. Les nouveaux convertis se firent apôtres, moins toutefois par la parole que par l'exemple. La mère et l'épouse du prince, admirant les actes de vertu qu'ils lui voyaient pratiquer, en conclurent que la religion qu'il avait embrassée était divine, et l'embrassèrent elles-mêmes. Douze autres membres de cette noble famille crurent en Jésus-Christ. Ces conversions éclatantes en déterminèrent d'autres encore. En vain les démons se mirent à la traverse ; une maladie contagieuse désolait le pays ; les prêtres des idoles déclarèrent que c'était un châtiment de leurs divinités offensées, que le P. de Nobili était cause de tout, qu'il fallait expulser ce Sanniassi de la contrée ; ils ameutèrent ainsi la populace. Les néophytes, effrayés du danger que courait leur père en Jésus-Christ, l'exhortèrent à s'y soustraire par la fuite. « Non, dit le Père ; je resterai ici pour vous protéger ; confions-nous en Dieu. » Cette confiance ne fut pas trompée ; bientôt

l'orage se dissipa. Une église s'éleva au centre de Moramangalam,et l'étendard de la croix fut arboré dans cette ville. Ce travail terminé, le P. de Nobili appela de Maduré son nouveau compagnon, le P. Em. Martinz, et lui confia la charge de cette nouvelle chrétienté.

Fidèle imitateur de S. François-Xavier, le P. de Nobili n'avait pas plus tôt fondé quelque part une chrétienté, qu'il courait à de nouvelles conquêtes. Trichinopoly était maintenant en paix ; il y revint, se procura une maison au centre de la ville et y installa une chapelle. Bientôt il se vit entouré de païens, attirés la plupart par la curiosité, quelques-uns par un désir sincère de leur salut. Seize d'entre eux, animés des meilleures dispositions, reçurent la grâce du baptême. Ceci se passait en 1627.

Des lettres écrites par les missionnaires durant les dix années qui suivirent, une seule est venue jusqu'à nous ; elle est datée de 1632 et porte la signature du P. Vico, qui était alors chargé de la chrétienté de Trichinopoly. Cette portion du troupeau de Jésus- Christ avait pris de grands développements, en dépit des persécutions qui ne lui furent pas épargnées.

« La tempête, écrivait le P. Vico au P. Vittelleschi, n'a fait que fortifier nos néophytes; On peut bien leur appliquer ces paroles de l'Apôtre : Non multi sapientes secundum came m, non multi nobiles. La plupart d'entre eux sont pauvres et de castes peu distinguées, vivant du travail de leurs mains, ou au service des grands de ce monde. Mais leur générosité, leur ferveur, leur foi sont admirables. Après un travail pénible, qui dure toute la journée, nous les voyons le soir, épuisés de

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