‹ Le MaduréChapitre 23 sur 172 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

instrument. Des instances si touchantes, accompagnées d'une telle confiance, parurent au P. Provincial un signe de la volonté de Dieu : le P. Balthasar fut adjoint aux autres missionnaires. Il arriva aux Indes en parfaite santé ; le P. de Nobili le trouva à Cochin et, à son retour de cette ville, il l'amena avec lui et le choisit pour inaugurer le ministère des Pandara-Souamis (1639).

Les deux classes de missionnaires reçurent chacune de nouvelles recrues dans les années suivantes. Tandis que les PP. Sébastien de Maya, François Arcolini, etc. vaquaient aux ministères des brames sanniassis, les PP. de Proenza, Emmanuel Alvarez ('), plus tard le Bx Jean de Britto remplissaient les modestes fonctions des pandara-souamis. Unis par les liens de la plus étroite charité, travaillant dans un même but, quoique dans des milieux et sous des noms différents, les uns et les autres donnèrent des enfants de plus en plus nombreux à l'Église de Jésus-Christ. Egalement accessibles à toutes les conditions de personnes, exerçant leur ministère tantôt auprès des brames, tantôt auprès des parias, les pandara-souamis servaient comme de traits-d'union entre les uns et les autres, et rapprochaient ainsi les immenses distances que l'orgueil païen avait mises entre les hautes et les basses classes. Tout en gardant les privilèges de son rang, le brame chrétien, malgré ses préjugés innés et ses antipathies naturelles, malgré le cri de la chair et du sang, ne pouvait plus s'enivrer de sa propre excellence et

1. Voir dans l'Appendice, 2e vol., la notice sur le P. Emmanuel Alvarez, et celle sur le P. Séb. de Maya.

LES PANDARA-S0UAM1S.

accabler de son mépris le chrétien paria, régénéré comme lui en Jésus-Christ, dont l'âme était estimée des missionnaires à l'égal de la sienne. C'est ainsi que nous nous expliquons la considération et l'heureuse influence qu'obtinrent certains parias même auprès des castes élevées. C'est d'un chrétien paria que Dieu se servit pour jeter les fondements de la chrétienté de Sattiamangalam ('), plus tard une des plus belles de la Mission. Le P. Balth. da Costa va nous raconter le fait.

«Un paria chrétien eut occasion de s'arrêter quelques jours dans un bourg de Vellages. Il leur parla de notre religion avec tant d'éloquence qu'il leur inspira à tous le désir de l'embrasser. Il vint ensuite, avec une députation des principaux d'entre eux, me prier d'aller les instruire et les baptiser. Je leur envoyai d'abord mon catéchiste, le chargeant de sonder leurs dispositions et de m'apporter le résultat de ses observations. Son arrivée remplit ces bons Vellages d'une joie inexprimable. La religion qui leur avait plu sur la parole d'un paria, leur parut plus belle encore maintenant qu'elle leur était annoncée par une personne de leur condition. Je me rendis moi-même au milieu d'eux ; ou plutôt ils vinrent eux-mêmes à ma rencontre, plus de cent catéchumènes déjà bien instruits, et une foule de païens désireux de s'instruire. Je ne puis exprimer la joie que j'éprouvai à la vue de tant d'Indiens, tous de castes honorables, que la grâce attirait si puissamment à la connaissance de notre bon Maître ; et ce qui me causait le plus d'admiration, c'est que ces païens

1. Sattiamangalam fait partie aujourd'hui du diocèse de Coïmbatour.

orgueilleux avaient été convertis par le moyen d'un pauvre paria. »

Le trait suivant raconté par le même Père, n'est pas moins touchant. « Nous employons plusieurs chrétiens, nobles ou parias, qui sans porter le nom de catéchiste, en remplissent les fonctions. Un de ces derniers vient de prendre, d'un seul coup de filet, trente païens de haute condition ; et, après les avoir instruits, il est venu me les présenter pour recevoir le baptême. Rien déplus édifiant que les sentiments qu'il a fait paraître en cette occasion. Arrivé en présence du missionnaire, avec ses trente convertis, il se prosterne la face contre terre, et le conjure de lui pardonnerlahardiesse qu'il a eue d'instruire ces catéchumènes, lui qui n'est qu'un paria ignorant. Il prononçait ces paroles avec un accent de conviction et une expression de modestie dont il n'était pas possible de n'être point touché. »

Par l'établissement des pandara-souamis, le P. de Nobili avait complété son œuvre. Plus que septuagénaire et presque aveugle,le vénérable apôtre travaillait toujours, lorsque ses supérieurs jugèrent le repos indispensable. En 1648 le P. da Costa écrivait : « Le P. de Nobili, fondateur et soutien de cette mission, vient de la quitter, par les ordres des supérieurs, pour se rendre à Jaffna, dans l'île de Ceylan, où l'on espère que le climat et le repos pourront soulager sa vue presque éteinte et rétablir sa santé. Dieu veuille nous le rendre bientôt ! »

Ce vœu ne devait pas être exaucé. Le P. de Nobili vécut huit ans encore ; mais il ne revit plus cette mis-

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