ÉPREUVES ET CONSOLATIONS
avez à lutter contre les fourmis blanches qui dévorent tout, contre les rats et les chauves-souris, contre les serpents et mille insectes venimeux. Notre lit est une natte étendue par terre ou sur une planche. Une poignée de riz cuit à l'eau, assaisonné d'une décoction de poivre, parfois de quelques herbes amères, voilà notre ordinaire : si vous pouvez y ajouter quelques légumes, du lait, un peu de beurre fondu, vous aurez un dîner de première classe.
« Tout cela est encore peu de chose. C'est dur, si vous voulez, dans les commencements ; mais peu à peu le corps s'y fait, et l'on finit par n'y plus penser. Une chose plus pénible, à laquelle la nature s'habitue moins facilement, ce sont les persécutions, les insultes, les mépris auxquels nous sommes continuellement exposés. Vivre au milieu d'ennemis acharnés, sous un gouvernement qui n'est le plus souvent que tyrannie, n'avoir pas un instant de sûreté, c'est un genre de souffrances bien autrement crucifiant. Le corps peut se durcira la peine, l'âme ne se durcit pas à l'humiliation, à l'opprobre, jusqu'à devenir insensible.
« Le missionnaire en viendrait-il à ce point d'aimer ses humiliations, il n'aurait pas épuisé son calice d'amertume. Ce qui est plus pénible que tout le reste, ce qui est proprement la croix du missionnaire, c'est la sollicitude mêlée d'angoisses que lui causent ses chrétientés dispersées par la persécution, des milliers de néophytes dépouillés de leurs biens, livrés à tous les genres de vexations et de tortures, la chute de quelques-uns et les souffrances de tous ; c'est son impuissance à satisfaire les saints désirs de tant de chrétiens