CHAPITRE II
de leur cruauté. Un aimable caractère, une douceur singulière qu'il savait allier à une rare fermeté, une âme capable de concevoir et d'accomplir de grands desseins, voilà ce qui frappait surtout dans le P. Lentecoski. La Mission croyait posséder en lui un trésor ; « mais il plut à Dieu, dit le P. de Proenza, de nous demander le sacrifice de nos plus chères espérances ». A la suite des privations qu'il avait endurées, le Père tomba malade, et, après deux mois de grandes souffrances, il rendit son âme au Dieu qui couronne les bons désirs comme les bonnes œuvres (3 août 1659). Il y avait à peine quatre mois qu'il avait revêtu l'habit des sanniassis. Ses restes furent déposés à côté de ceux du P. Em. Martinz, dans l'église de St-François-Xavier à Trichinopoly.
Le P. Antoine de Proenza, que nous avons souvent cité dans le cours de ce chapitre, fut chargé du gouvernement de la Mission après le P. Etienne d'Arèse. Nous avons de lui cinq longues lettres ; ce sont les plus précieux documents que nous possédions sur les années qui suivirent la mort du P. de Nobili. Il y raconte les travaux et les souffrances de ses Frères, et ne dit rien de lui-même ; mais un autre missionnaire, que nous citerons souvent dans la suite, le P. André Freire, le dépeint comme un ouvrier d'un zèle infatigable, doué de toutes les qualités qui peuvent gagner les cœurs. Même au temps où sa charge de supérieur général lui imposait le fardeau de toute la Mission, il administrait, comme un simple missionnaire, le district de Tottiam, sur la rive gauche du Cavery, à l'ouest de Trichinopoly. Apôtre des grands et des petits (il