LE P. ANTOINE DE PROENZA
était pandara-souami), c'était à ces derniers surtout qu'il donnait ses soins de prédilection. La réserve imposée alors aux missionnaires par les préjugés indiens ne permettant pas d'admettre dans l'église de Tottiam les chrétiens des basses castes, parce que cette église avait été construite sur les terres des brames, il se rendait lui-même dans les villages habités par les paliers ou les parias. Là il se prodiguait à ces déshérités de la nature, les réunissait autour de lui, les catéchisait, les relevait dans leurs défaillances, les animait à supporter patiemment leur misère dans l'espérance des biens éternels : c'étaient des excursions continuelles qui l'obligeaient souvent à séjourner dans des lieux malsains. Il en contracta une grave maladie.
A peine en convalescence, il reprit ses courses apostoliques. Une rechute s'en suivit, et le Père pressentit qu'il allait mourir. Le P. Balth. da Costa, qui était accouru auprès de son bien-aimé supérieur, ne partageait pas ses pressentiments. « Mon Père, consentez seulement à vous reposer, lui disait-il, et vos forces reviendront. » Mais le malade répondait qu'il n'aurait désormais de repos qu'au ciel. En effet, il s'affaiblit de plus en plus et s'éteignit paisiblement après quatorze jours de souffrances. Son corps, d'abord enterré à la hâte sur les bords du fleuve, fut exhumé vingt-sept jours après et retrouvé intact, aussi flexible et exempt de corruption que s'il avait été plein de vie. « Son tombeau, dit le P. Freire, est aujourd'hui le plus bel ornement de l'église de Tottiam. » (1666)
Le P. Ant. de Proenza appartenait à une famille distinguée du Portugal. Le collège d'Evora, où il avait