LE T. ANTOINE DE PROENZA
l'objet de certaines critiques ; le P. de Proenza, qui les connaissait bien, va nous dire ce qu'il en pensait.
Dans son rapport de 1665, adressé au P. Paul Oliva, parlant de la chrétienté de Sattiamangalam, un moment dispersée par les guerres, reconstituée ensuite et plus que jamais florissante, il disait :
« La tranquillité dont cette chrétienté jouit est due, en partie, au nombre toujours croissant des néophytes qui forment dans chaque caste un corps respectable et sont en état de réprimer les insolences des païens. Mais il faut l'attribuer surtout à l'autorité et à la vénération que se sont conciliées les missionnaires brames chargés de cette chrétienté. Je suis bien aise d'opposer ce fait aux préjugés et aux critiques de certaines personnes. A les en croire, nos sanniassis brames seraient autant de hauts personnages environnés d'honneurs, dont l'occupation se réduirait à protéger, à l'ombre de leur autorité, les œuvres et les personnes des missionnaires pandarams ; tous leurs éloges sont pour ces derniers qu'elles exaltent aux dépens des premiers. Je ne puis que me féliciter de ma profession de pandaram ; mais je suis loin de partager l'opinion que je viens de signaler. Sans doute, quand nos Pères brames ne feraient que nous protéger et nous soutenir, ils seraient déjà très utiles ; mais là ne se bornent pas leurs services ; eux aussi sont missionnaires avant tout. Un seul brame, le P. Arcolini, cultive à Sattiamangalam des milliers de chrétiens disséminés dans toute la province. Ses succès répondent à ses fatigues, et pour cette année il présente un contingent de plus de mille païens baptisés, tous de hautes castes. Il s'est
acquis une telle estime auprès des seigneurs du pays qu'ils s'empressent de lui offrir des emplacements poulies nouvelles chrétientés qu'il veut établir. »
Le P. François Arcolini, dont le P. de Proenza vient de faire l'éloge, fut plus de vingt ans missionnaire au Maduré. Donné pour compagnon au P. Em. Martinz en 1653, il partagea avec lui les tribulations dont les chrétiens de Sattiamangalam furent affligés, lorsque toute la contrée fut envahie par les hordes du roi du Maïssour. Mais plus heureux que le P. Martinz, il vit la fin de ces tribulations. Les néophytes dispersés retrouvèrent leurs foyers, et, sous la direction du P. Arcolini, la chrétienté de Sattiamangalam, avec ses 1 30 villages groupés autour de 23 églises, devint la plus florissante de la Mission.
Le P. André Freire nous a laissé un détail intéressant sur le P. Arcolini. Ce Père avait reçu de la nature un estomac tout délabré, et les médecins avaient déclaré qu'il ne pouvait se passer de viande. Ne tenant aucun compte de la décision des docteurs et plaçant sa confiance en Dieu, il se mit à faire ses voyages à pied ; il affronta les travaux et embrassa toutes les austérités des sanniassis, et' néanmoins il fournit une carrière de plus de vingt ans. Le P. Freire cite d'autres faits semblables : des missionnaires qui, tout chargés qu'ils étaient d'infirmités, né craignirent pas de s'assujettir à la vie pénitente et laborieuse du P. de Nobili, et vérifièrent ainsi l'assurance jadis donnée par ce dernier. A ceux qui condamnaient son genre de vie comme étant au-dessus des forces de la nature, il avait répondu qu'il se trouverait