CHAPITRE II
maladie mortelle. Ce missionnaire si zélé, si avide de souffrances, tremblait à la pensée des jugements de Dieu ; il éprouvait parfois des désolations étranges, comme si le ciel eût été fermé pour lui et qu'il dût partager le sort des réprouvés. Mais au milieu de ces angoisses il suivaittoujours la voie sûre de l'obéissance. Dans sa dernière maladie toutes ses terreurs se calmèrent, et sa mort fut douce comme un sommeil (23 sept. 1671).
Le P. Emmanuel de Britto, comme plus tard son glorieux homonyme, appartenait à la classe des Pères pandarams, à la tête desquels marchait, depuis plus de trente ans, le P. Balthasar da Costa. Le lecteur se rappelle comment il fut incorporé à la mission du Malabar d'abord, ensuite à celle de Maduré. Dans la lettre placée en tête de ce chapitre, où il dépeint les tribulations des missionnaires, il s'est surtout dépeint luimême. Peu d'ouvriers apostoliques ont souffert autant et aussi longtemps que lui ; peu ont ouvert le ciel à un aussi grand nombre d'âmes. A l'époque où nous sommes arrivés, lui aussi touchait au terme de sa carrière.
Il fut envoyé à Rome en 1672, en qualité de procureur de la province du Malabar. Il ne devait plus revoir sa chère Mission. S'étant rendu de Rome en Portugal, il visita les collèges de Coïmbre, de Lisbonne, d'Evora. La vue de ce vénérable apôtre excita un enthousiasme général. Le 25 mars 1673, fête de l'Annonciation de la sainte Vierge, Lisbonne fut témoin d'un spectacle qui, pour être fréquent dans cette ville, n'en était pas moins émouvant. « Vingt-sept missionnaires, sortis ensemble du collège Saint-Antoine, se dirigeaient en ordre vers