LES COLLABORATEURS DU B. DE BRITTO
de raconter les travaux dans ce chapitre, arrosèrent cette terre de leurs sueurs et y moissonnèrent leurs plus belles gerbes.
Nous devons d'abord combler une lacune. L'Apôtre du Marava eut des collaborateurs distingués que nous avons à peine nommés dans nos récits précédents. Ils méritent cependant d'être connus.
I, Le lecteur se rappelle ce P. Louis de Mello, que le P. Emm. Rodriguez jugea digne de remplacer le P. de Britto, lorsque celui-ci fut envoyé en Europe. Le P. de Mello devait mourir le même jour que le Bienheureux, mais deux ans avant lui, et sa mort fut accompagnée de circonstances qui semblent lui donner le caractère du martyre.
Il n'avait que 23 ans lorsqu'il fut incorporé à la mission de Maduré, et $3 ans lorsqu'il termina sa vie apostolique. Sa carrière, pour être courte, n'en fut pas moins féconde. Après une année d'apostolat, il avait baptisé 600 néophytes. Dans un temps où trois fléaux à la fois, la famine, la sécheresse et la guerre, désolaient les provinces, il ouvrit l'entrée du Ciel à des multitudes d'enfants et d'adultes mourants. Deux fois il souffrit pour Jésus-Christ la prison et les tortures, et cela tandis qu'il continuait au Marava l'apostolat du P. de Britto, comme si le Bienheureux, en lui laissant ses néophytes, l'avait fait héritier de son privilège de boire à longs traits au calice de Jésus-Christ. Une première fois, — c'était vers la fin de 1687, — il tomba entre les mains des ennemis de la religion, qui le garrottèrent si fortement que les liens pénétrèrent dans ses chairs et lui causèrent de profondes blessures.
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Conduit en cet état devant le gouverneur du pays, il fut, en sa présence, frappé au visage, fouetté publiquement, condamné ensuite à être le spectateur des tortures infligées à ses chrétiens, et finalement à être empalé lui-même. Mais la tranquille assurance et la joie manifeste avec laquelle il accueillit cette dernière sentence, fit sur le gouverneur une telle impression qu'au lieu d'envoyer le Père à la mort, il le congédia en le comblant des témoignages de son estime.
Rendu à la liberté, le P. de Mello se livra, avec un redoublement de zèle, à ses travaux apostoliques, ce qui ralluma la fureur des chefs de l'idolâtrie. Pour épargner à ses néophytes les mauvais traitements dont sa présence était l'occasion, il alla établir sa résidence dans un bois, sur les confins des royaumes du Marava et de Maduré. Le grand concours de chrétiens et de catéchumènes qui se fit en ce lieu, découvrit bientôt sa retraite aux persécuteurs ; un officier fut envoyé, avec 400 hommes, pour s'emparer de sa personne. Le missionnaire vint à leur devant ; et, s'adressant à leur chef, « si c'est moi que vous cherchez, dit-il, me voici ». Livré à ses ennemis, l'apôtre de Jésus-Christ fut accablé par eux d'outrages et de coups. Ces mauvais traitements continuèrent pendant seize jours que le missionnaire passa au fond d'un cachot. Un ordre du général en chef des armées du roi le mit en liberté. Mais il avait contracté dans les fers une maladie à laquelle il succomba au bout de peu de jours, le 4 février 1 69 1.
Un nom qui s'est rencontré souvent sous notre plume, est celui du P. André Freire, l'initiateur du