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district particulier, avec une sagesse et une charité vraiment admirables ; accepter avec joie, comme récompense de tant de fatigues, l'honneur d'être persécuté pour Jésus-Christ, d'avoir été une fois tourmenté jusqu'au sang, plusieurs fois emprisonné et plus souvent abreuvé d'outrages ; faire éclater, en toutes circonstances, une patience et un courage que rien ne peut lasser ; et cela avec une santé qui est loin d'être robuste, et à l'âge de 60 ans : voilà en peu de mots la vie du P. André Freire. »
Ce vaillant ouvrier travailla trente années dans la mission de Maduré. Il fut ensuite nommé Provincial du Malabar, et le Souverain-Pontife venait de le désigner pour l'évêché de Cranganore, lorsque Dieu l'appela à lui. Il mourut le 3 février 1692.
Un autre grand missionnaire, contemporain du B. de Britto, et longtemps son Supérieur, fut le P. Emmanuel Rodriguez, qui faillit cueillir la palme du martyre au début de sa carrière apostolique.
De Sattiamangalam, un de ses premiers postes, il devait, en 1665, se rendre à Moullipady. Pour arriver à sa nouvelle destination, il lui fallait traverser les terres d'un prince qui avait encouru la colère du roi de Maduré, son suzerain. Celui-ci s'avançait à la tête d'une armée pour châtier son vassal ; l'autre, résolu à se défendre, avait, comme mesure de précaution, donné l'ordre à ses gens de faire main basse sur tout étranger qui mettrait le pied sur ses terres. Le P. Emmanuel ignorait ces circonstances. Il avançait sans crainte, lorsqu'on vint lui apprendre qu'un païen se mourait dans le voisinage. « C'est une âme à sauver, »
LE r. EM. RODRIGUEZ.
dit-il. Il se détourne de son chemin, court auprès du moribond, l'instruit et le baptise. Pendant ce temps des soldats, qui avaient eu vent de son approche, passèrent sur le chemin que le Père suivait, mais sans le rencontrer. La Providence, en se servant de son ministère pour sauver une âme, l'avait sauvé lui-même.
Le P. Rodriguez ne tarda pas à être informé du danger qu'il avait couru. Réflexion faite, il crut que le mieux était de se présenter devant le seigneur de la contrée, de lui déclarer sa qualité de sanniassi et de lui demander un sauf-conduit. L'idée était bonne, s'il avait pu la mettre à exécution. Mais arrivé aux portes de la ville où résidait le prince, il fut arrêté par les gardes qui, sans ouïr ses déclarations, se hâtèrent d'annoncer à leur maître qu'ils venaient de faire une excellente capture. Le Père était accompagné de quatre chrétiens. « Qu'on les mette à mort, dit le barbare, et qu'on m'apporte leur argent. » Tout fut préparé pour l'exécution ; elle devait avoir lieu dans un bois voisin, à la tombée de la nuit. Un peloton de soldats reçut ordre de se tenir prêt.
Un soldat chrétien trouva moyen d'informer le Père et ses catéchistes du sort qui les attendait. Il n'y avait qu'à se préparer à la mort. Le Père entendit les confessions de ses disciples ; tous firent à Dieu le sacrifice de leur vie. A l'heure marquée on les conduit au lieu de l'exécution. Le commandant ordonne qu'on tranche la tête aux victimes. Le Père, à l'instant, tombe à genoux, étend les bras en forme de croix et présente le cou à ses bourreaux : les chrétiens imitent son exemple. Une sorte de stupeur s'empare des soldats ; la voix manque
au chef pour réitérer son ordre ; les héros chrétiens, toujours dans la même attitude, attendent le coup de la mort. Attendri par ce spectacle, le commandant s'approche du Père, l'invite à se relever, l'interroge sur sa qualité, prend sur lui-même de le mettre en liberté et lui donne une escorte pour l'accompagner jusqu'au delà du Cavery où il sera à l'abri de tout danger.
Dix ans plus tard, en 1676, le P. Em. Rodriguez était supérieur de la Mission et chargé, en même temps, du district de Vadouguerpatty. En 1682, il administrait la chrétienté de Candelour, dont le P. Freire écrivait : « L'histoire de cette chrétienté n'est qu'une suite d'alarmes et de souffrances, auxquelles la faible santé du P. Em. Rodriguez et de son compagnon, le P. Jos. da Sylva, n'a pu résister que par une espèce de miracle. Dieu a récompensé leurs peines par la consolation de soutenir la foi des néophytes et de conférer le baptême à 1,169 idolâtres. »
Enfin, l'année suivante, le Bx de Britto, parlant de la chrétienté de Caloupatty, disait : « Cette chrétienté pleure le départ du P. Em. Rodriguez, qui pendant vingt-deux ans s'est consacré au service de cette Mission. Il l'a gouvernée longtemps en qualité de supérieur, et deux fois il en a été nommé Visiteur. Après avoir épuisé ses forces par tous les genres de sacrifices et de fatigues, il a reçu l'ordre d'aller prendre du repos sur la côte de la Pêcherie. »
Le P. Em. Rodriguez vécut et travailla dix ans encore. Provincial du Malabar en 1687, il gouvernait cette province pour la seconde fois en 1694, l'année de sa mort. L'obéissance en le séparant des chrétientés
LE 1". KODKRIC 1) AHREU.
du Maduré, lui avait imposé un grand sacrifice dont il se dédommagea, étant supérieur, en leur envoyant des ouvriers de choix. L'intérêt qu'il porta toujours à la mission du P. de Nobili, faisait dire qu'il y avait laissé son cœur. Il mena jusqu'à la fin la vie pénitente des sanniassis, et mourut le 28 août (1694) en répétant cette douce invocation : Jésus, soyez- moi Jésus !
C'est vers la même époque que le P. Roderic d'Abreu, autrement Roger d'Abreo, dut finir sa carrière. Il a droit à une courte notice, et parce qu'il fut un grand missionnaire, et parce que son nom se rattache à celui d'un missionnaire plus grand encore, dont nous aurons bientôt à parler.
Le P. d'Abreu avait déjà cultivé les chrétientés de Trichinopoly, de Candelour, de Cavanakarey, quand il fut transféré à Moullipady, où il recueillit l'héritage du P. Em. Rodriguez. Là, «chargé à lui seul d'un travail qui eût demandé plusieurs ouvriers, et continuellement entravé par les intrigues et les violences des persécuteurs de la foi, il voyait ses fatigues et ses tribulations bénies de Dieu, ce qui lui faisait oublier ses peines et ranimait son courage ». Ainsi parle du P. d'Abreu une relation de l'année 1678.
Son district s'étendait, au sud-ouest, jusqu'à Outtamapaleam, à trois journées de distance de Moullipady; à l'est, il confinait au Marava où sévissait la persécution. Tous les jours des foules de chrétiens Maravers venaient chercher auprès de lui les consolations de la religion que le Père, malgré son vif désir, ne pouvait leur porter t car la présence d'un missionnaire n'aurait servi qu'à rendre la persécution plus violente. Dix-sept
Le Maduré. — I.
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