CHAPITRE II
ans durant, le Marava resta fermé aux prédicateurs de l'Evangile : il était réservé au Bx de Britto d'en forcer l'entrée.
En 1682 le P. d'Abreu donnait lui-même ce modeste compte-rendu de ses travaux : « Je n'ai baptisé, dans ces deux dernières années, que 650 personnes; on m'annonce que, dans le sud de mon district, plus de 500 catéchumènes m'attendent pour recevoir la même grâce. Les armées qui ravagent ces contrées m'ont forcé à me retirer dans les montagnes; j'y ai contracté une fièvre opiniâtre qui, depuis un an, me réduit à une extrême faiblesse. »
Le compte-rendu de 1686, envoyé par le P. Louis de Mello au R. P. Charles de Noyelle, est le dernier qui parle du P. d'Abreu. Les paroles sont courtes, mais significatives. « Le P. d'Abreu, qui travaille au Maduré depuis dix-sept ans, avec un zèle et un courage dont les lettres précédentes ont donné assez de preuves, vient de conférer le baptême à 478 catéchumènes. »
Ces i lettres précédentes » contiennent la relation, écrite par le P. d'Abreu lui-même, d'une de ses excursions évangéliques. Elle est de 1682, et mérite d'être insérée ici, parce qu'elle peint bien une des phases de la vie apostolique, et parce qu'elle amène bien les récits qui vont suivre. La relation est adressée au P. Freire.
«Vous savez par expérience combien le voyage depuis Maduré jusqu'au sud de notre Mission est pénible. Voulant gagner du temps, je passai par Outtamapaleam. Je consacrai vingt jours à l'administration de cette chrétienté, donnant la nuit aux parias. La cabane qui abritait ce ministère nocturne, me faisait son-
LE P. RODERIC D ABREU.
ger aux catacombes des premiers chrétiens ; il m'était difficile de m'y retourner, impossible de m'y tenir debout. Je poursuivis ensuite mon voyage vers le Sud. Mes guides me firent gravir une montagne escarpée, bordée d'affreux précipices. Après avoir marché tout le jour, nous fîmes halte sur un petit plateau que dominaient d'autres montagnes, aussi élevées que la précédente. Nous étions encore à jeun ; nous nous arrêtâmes sur le bord d'un ruisseau pour faire cuire un peu de riz. Le lendemain, avant l'aube, nous étions en route, avançant d'abord sur la pente des rochers, puis à travers d'antiques forêts habitées par les bêtes féroces, dont nous rencontrions les traces toutes fraîches. Nous atteignîmes le sommet ; mais alors nouvelles difficultés et nouveaux dangers. Nous avions à descendre le versant opposé, sans autre chemin que des sentiers suspendus sur des abîmes dont la profondeur donnait le vertige. Souvent ma seule ressource était de m'asseoir et de me laisser glisser le long des rochers. Arrivés dans la plaine, le manque d'eau pour faire bouillir notre riz, nous força à continuer notre route sans prendre aucune nourriture. Nous nous arrêtâmes le soir dans un gros village, où un brave païen, que nous avions connu à Trichinopoly, nous reçut dans sa maison et nous servit un bon souper. Après quelques heures de repos, le désir de célébrer la Nativité de S. Jean-Baptiste au milieu de nos chrétiens pressa notre marche. Nous atteignîmes enfin cette chrétienté qui était le but de notre voyage. La ferveur de ces chers néophytes, qui depuis longtemps n'avaient pas vu de missionnaire, me fit bien vite oublier mes fatigues et me
prouva que Dieu est le grand Pasteurdes âmes, et qu'il sait suppléer par sa grâce à l'absence de ses ministres ».
Qu'ils sont beaux, dit le Prophète, les pieds des envoyés du Seigneur qui vont à travers les montagnes, portant aux hommes des messages de paix et la bonne nouvelle du salut !
C'est à la suite de cette excursion, que le P. d' Abreu fît une visite au Père Provincial Gaspar Alfonse, alors en tournée dans le Travancore. Il trouva auprès de lui un jeune Père dont le nom mérite d'être placé à côté de ceux des PP. de Nobili et de Britto.
II. Le P. François Laynez naquit à Lisbonne, l'année où le fondateur de la Mission de Maduré mourut à Maïlapour ( 1 656). Elève des Jésuites, il revêtit à l'âge de 16 ans l'habit de ses maîtres. Dès cette époque il demanda instamment les missions de l'Inde. Sa conviction que Dieu l'appelait à travailler dans cette contrée, était telle qu'il osait bien dire à ses supérieurs, qu'ils iraient contre la volonté divine s'ils n'exauçaient sa demande. Il plaida si bien sa cause qu'il triompha de toutes les résistances. Il partit pour les Indes en 1681, en compagnie de 14 missionnaires. Après avoir complété ses études à Goa et subi ses derniers examens, il s'était rendu auprès du P. Provincial pour recevoir de lui sa destination. A sa grande joie, le P. Gaspar Alfonse lui assigna la Mission de Maduré et le donna pour compagnon au P. d' Abreu. Les débuts du nouveau missionnaire rappelleront au lecteur ceux du Bx de Britto ; laissons encore la parole au P. d'Abreu.
« Après avoir terminé mes affaires avec le P. Provincial et reçu sa bénédiction, je revins accompagné