LE P. FR. LA Y NEZ
l'apôtre de Jésus-Christ apportait la doctrine qui condamne les oppresseurs et console les opprimés. Mais, au lieu d'auditeurs dociles, il ne trouva que des persécuteurs qui se saisirent de sa personne, le chargèrent déchaînes et l'enfermèrent dans une étroite prison. Là il reçut la visite de quelques brames voués au service des idoles. Une discussion s'engagea entre le sanniassi chrétien et les adorateurs de Brahma, dans laquelle le premier obtint un aisé triomphe. « Trêve de discussion, s'écrièrent alors les brames exaspérés ; voici la figure d'une de nos divinités ; consens-tu à lui donner une marque de respect ?» Le Père se contenta de tourner le dos à l'idole. C'était un outrage qui ne pouvait être lavé que dans le sang de son auteur; les brames sortirent en proférant les plus terribles menaces.
Le Père comprit qu'elles ne resteraient pas sans effet. Il passa le reste de cette journée et le jour suivant en prière. Le soir du second jour, il vit entrer dans sa prison trois soldats musulmans de ceux qu'on appelle à grande gueule. C'étaient des hommes que les brames avaient payés pour être les ministres de leur vengeance. Ils commencèrent par demander au prisonnier une forte somme d'argent pour prix de sa rançon. Le Père répondit que n'ayant rien, il ne pouvait rien donner. Alors un de ces barbares se jette sur lui comme une bête féroce sur sa proie, lui déchire le visage avec ses ongles, enfonce ses dents dans ses chairs et lui fait aux bras, aux épaules, de profondes blessures. Laissé tout sanglant, le P. Laynez, que la privation de toute nourriture depuis trois jours avait déjà épuisé, tomba en défaillance. On l'aurait probablement laissé mourir
dans son cachot, si Dieu n'avait touché le cœur d'un officier musulman, qui prit en main la cause du captif et obtint sa mise en liberté.
Des courses sans fin, des fatigues qui semblent audessus des forces des corps les mieux constitués, des persécutions à peine interrompues, parfois sanglantes, tel est le prix que ce généreux apôtre payait avec joie pour gagner des milliers d'âmes à Jésus-Christ. Nous touchons aux années les plus fécondes de cette belle vie.
Jusqu'alors le P. Laynez n'avait pu secourir les chrétiens du Marava qu'en se tenant sur les frontières de ce royaume; mais en 1700, la persécution s'étant ralentie,il se hâta d'y pénétrer. Son premier soin fut de placer son apostolat sous la protection de Marie Immaculée à qui il dédia sa première église. Marie lui amena d'abord les chrétiens en foule,et bientôt après les païens. Pour satisfaire le désir des néophytes de recevoir les sacrements, il dut passer au saint tribunal plus de treize heures du jour ou de la nuit, et cela pendant deux ans. Le reste du temps était employé à instruire les catéchumènes. Il baptisa 5,ooopaïensdans le courant de l'année 1700, et 4,525 du mois de janvier au mois de septembre de l'année suivante. Telle fut la moisson qu'il fut donné au P. Laynez de recueillir sur cette terre arrosée du sang d'un martyr.
Il dut s'en éloigner pour porter secours aux chrétiens de Tanjaour, alors sous le coup de la persécution. Ce district était administré par le P. Joseph Carvalho, un ange de pureté dès son enfance. Il était venu aux Indes avec le P. Laynez et, durant dix-sept ans d'un laborieux apostolat, il avait arraché à l'enfer des milliers