‹ Le MaduréChapitre 50 sur 172 · LE P. FR. LA Y NEZ · texte numérisé non relu

LE P. FR. LA Y NEZ

de victimes. Le démon ayant allumé dans son district le feu de la persécution, il tomba entre les mains des satellites du roi de Tanjaour et fut enfermé dans une sorte de four où il serait mort suffoqué au bout de quelques heures, si ses geôliers, qui tenaient à le présenter vivant à leur maître, ne l'en eussent tiré la nuit pour le laisser respirer. Lorsqu'il parut devant le roi, celui-ci le fit charger de chaînes et jeter dans un cachot. Le P. Joseph baisa ses fers avec amour, déclarant qu'il les préférait à tous les trésors du monde. Après avoir langui quinze jours dans sa prison il rendit son âme à Dieu (14 nov. 1701).

Ce bon soldat avait déjà reçu sa récompense quand le P. Laynez arriva à Tanjaour. Ne pouvant plus rien pour un Frère qu'une mort glorieuse avait transféré au lieu de la béatitude.il s'occupa de panser les plaies de la chrétienté. Le roi de Tanjaour était alors tributaire des Mogols; le P. Laynez eut recours au général en chef des troupes musulmanes, qui donna ordre au roitelet Tanjaourien de laisser les chrétiens en paix.

Les sollicitudes du P. Laynez se portèrent ensuite vers le Marava où la persécution, un instant ralentie, venait de se rallumer. Voulant, dans l'intérêt des néophytes, dérober sa présence aux persécuteurs, il avait établi sa résidence dans un bois. Ces précautions ne le sauvèrent pas. Un gouverneur de province, informé de sa retraite, mit deux bandes de soldats à sa poursuite. Le Père ne savait pas fuir ; après avoir pris des mesures pour la sûreté des chrétiens, il se retira dans l'église pour prier. Quatre néophytes, résolus de partager son sort, restèrent auprès de lui. Les

soldats l'arrachèrent du pied des autels et le traînèrent, avec ses quatre compagnons, jusqu'à la ville où résidait le gouverneur. Durant le trajet on ne lui épargna ni les outrages ni les mauvais traitements. Il lui serait arrivé pire au tribunal du gouverneur, si la Providence, qui l'avait sauvé tant de fois, ne lui fût encore venue en aide. Il allait comparaître devant cet obscur despote, quand celui-ci reçut d'un puissant seigneur du voisinage une lettre conçue à peu près en ces termes: «J'apprends que tes gens, en poursuivant un sanniassi étranger, se sont permis d'envahir mes terres ; j'exige une prompte réparation, sinon... » Le pauvre homme, sommé d'avoir à régler ses comptes avec plus fort que lui, perdit l'envie de tourmenter son prisonnier. Le Père et ses compagnons furent relâchés.

En l'année 1704 la province du Malabar eut sa Congrégation provinciale. Le P. Fr. Laynez en fit partie et fut nommé Procureur, ce qui l'obligeait de se rendre à Rome. En conséquence, vers la fin de cette même année, il s'embarqua pour l'Europe.

III. Nous prendrons congé du P. Fr. Laynez pour un temps ; le moment est venu de parler des compagnons de son apostolat.

L'un d'eux avait connu le Bx de Britto auquel il était intimement lié. C'était le P. Marie-Xavier Borghese, de l'illustre maison qui donna à l'Eglise le pape Paul V, et à la Compagnie de Jésus les PP. Camille, Jean- Baptiste et Lélie Borghese, qui tous ont mérité par leurs vertus une place dans le Ménologe de cette Compagnie ('). Camanayakenpatty, entre Maduré et

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