LE P. M.-X. BORGHESE
Païamcottah, fut le principal théâtre des travaux du P. Marie-Xavier. Le P. Louis de Mello, écrivant au P. Charles de Noyelle (1686), donne quelques détails sur cette chrétienté et sur le Père qui en avait la charge.
« Le projet que le P. Jean de Britto avait conçu, de fonder une résidence à Camanayakenpatty, a été mis à exécution par le P. Borghese. Cet excellent Père, non content de renoncer aux jouissances et aux honneurs que lui promettait sa haute naissance, est venu partager au Maduré nos fatigues et nos souffrances. Il nous édifie par le courage avec lequel il se livre aux travaux des missionnaires, plus encore que par la générosité qui lui a fait fouler aux pieds les grandeurs humaines. Sous la protection du petit roi d'Etiabouram, dont il a gagné la faveur, il exerce librement son ministère ; il vient de baptiser 354 païens. Les excès de son zèle et les fatigues des voyages qu'il fait souvent pieds nus, lui ont causé une maladie grave. Tel est l'apprentissage du missionnaire. »
Le P. Marie-Xavier avait été durant six ans le compagnon des voyages et des souffrances du Martyr du Marava. Ils se vénéraient mutuellement autant qu'ils s'aimaient. Le désir de revoir ce Frère chéri et de passer quelques jours en sa compagnie fut, sans doute, une des raisons qui déterminèrent le P. de Britto, après son retour d'Europe, à commencer la visite de la Mission par celle de la résidence de Camanayakenpatty. Il s'y arrêta quinze jours, et pendant ce temps il eut la joie de donner le baptême à 400 personnes préparées par le P. Borghese (1691).
Le Maduré. — I.
La chrétienté fondée par le P. Borghese reçut quelques années après la visite de la persécution ; c'était en 1700. Le P. Marie-Xavier avait alors pour collaborateur le P. Bernard de Saa. Tant que les deux missionnaires s'étaient contentés de faire des prosélytes parmi les gens de basse caste, on les avait laissés en paix. Mais il advint qu'un païen de haute caste fut touché de la grâce, se présenta au P. de Saa et demanda à être instruit pour recevoir le baptême. Le missionnaire, n'écoutant que son devoir, sans s'inquiéter des conséquences, l'instruisit et le baptisa. Cet acte de zèle fut l'occasion d'une persécution. Le Père fut arrêté et traîné devant le juge du lieu qui le fit frapper sur les mâchoires jusqu'à lui faire sauter les dents. Le P. Borghese ne put alors qu'envier le sort de son compagnon ; mais son tour de souffrir pour Jésus-Christ ne tarda pas à arriver.
Un païen conçut une telle haine du missionnaire et de la religion chrétienne qu'il alla trouver le gouverneur du district, et s'engagea à verser dans son trésor une somme de 2,000 écus s'il faisait arrêter le P. Borghese. Cet homme cupide ne put résister à un tel appât ; le Père fut arrêté et mis en prison.
Sur ces entrefaites, le gouverneur apprit qu'une cabale s'était formée contre lui auprès du prince qui gouvernait alors le royaume de Maduré en qualité de régent. La nécessité de se défendre le fit partir pour la capitale. En partant il confia la garde de son prisonnier à un de ses lieutenants. Celui-ci, plus cupide encore que son supérieur, crut avoir trouvé une occasion de s'enrichir. Il fait comparaître le missionnaire et lui offre